‹ De la physiognomonie;Chapitre 19 sur 87 · DU PIED · texte numérisé non relu

DU PIED

à cette démarche, l'attente de l'heure d'un rendez-vous fixé cause Souvent celte irritation nerveuse.

Les savants, dont l'intelligence est toujours éveillée, marchent précipitamment, comme si la solution du problème cherché devait se trouver au terme de leur course.

La lenteur du pas , avec la vacillation monotone de la tête, annonce la lourdeur d'esprit et le défaut d'action des facultés perceptives sur l'organisme.

Celui qui sautille est d'un caractère frivole.

Le marcheur au pas net et ferme, semblant prendre possession du sol, a de la ténacité, de la vigueur et de la suite dans ses idées.

Le balancier d'une horloge ne se meut pas plus régulièrement que le pied du méthodiste, divisant l'espace et le temps en degrés égaux.

Ne comptez pas beaucoup sur l'exactitude ou sur l'attention du freluquet pirouettant sur le talon, à l'instant même où vous croyez avoir captivé sa mobile insouciance.

Ne vous laissez pas arrêter dans votre route par un de ces êtres dont le pied paraît prendre racine sur le terrain oii leur monomanie et votre mauvaise étoile vous appellent. L'ennui aux jambes de plomb le soude à cette place; il vous y retiendrait malgré vos efforts pour échapper à cette chloroformisation.

JNe prenez pas à votre service le pied sensible au plus léger choc : il a trop peu l'habitude de la marche pour ne pas être un paresseux, s'il habite la campagne.

Sans avoir besoin de consulter ses yeux sans regard, on est averti du malheur de l'aveugle, à l'hésitation de son pied; elle est intelligente et diffère du tâtonnement de la personne explorant de la vue un terrain où s'aventurer, sans trop de péril pour la propreté de ses souliers vernis.

La crainte instinctive de tomber arrête les premiers pas du petit enfant. Toute mère se souvient du jour où elle a risqué de placer son nourrisson debout. Elle s'est éloignée en lui tendanl une main amie, afin de l'encourager à rejoindre le sein maternel. Elle a suivi d'un œil obséquieux les moindres oscillations du corps sans appui, ayant peine à conserver l'équilibre. Elle a ressenti et par-

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tagé l'incertitude ingénue du pauvre isolé, n'osant pas s'abandonner à l'élan de son cœur.

Le pas de l'ivrogne, prêt à trébucher au moindre temps d'arrêt, montre aussi l'absence de forces musculaires ; mais c'est l'effet de la congestion cérébrale, par excès de liqueurs spiritueuses. Si le pas du vieillard manque de fermeté, il est encore guidé par l'intelligence : elle fait défaut au buveur.

Le pied a un langage. Il échange de douces confidences entre la femme aimée et l'amant. Une pression électrique éveille le désir, affirme un sentiment, transmet un avis, impose le silence. Le pied est alors le confident intime, compris par les seuls intéressés, entre lesquels s'établit une conférence muette, à l'abri de regards étran-

Fig. U7.

Le pied joue un grand rôle dans l'existence de la femme, par l'importance qu'elle attache à le montrer sous un aspect avantageux. 11 est très-rare de trouver dans nos villes un pied de femme,beau dans sa nudité, ayant des orteils arrondis, souples et présentant dans l'ensemble une cambrure gracieuse.

Voici (fig. 447) le profil externe et (fi g. 448) le profil interne d'un pied déjeune fille. Il aies qualités normales requises.

Pour les femmes du monde des salons, comme pour les habituées des bals publics, le mérite du pied consiste dans sa petitesse étroite : ainsi l'ont décidé les prétendus connaisseurs. La coquette tient essentiellement à se rapprocher de ce programme, au prix des plus cruelles tortures et des plus ingénieux artifices. L'histoire de la pantoufle de Cendrillon a conservé sa maligne influence.

DU PIliD.

Parcourez du regard les pieds féminins artistement exposés sur un tapis, vous serez émerveillé du tact avec lequel chaque belle personne laisse apercevoir tout ce qui ne peut pas compromettre des prétentions illusoires ou légitimes. Elles couvrent, du bord officieux de la robe, la partie scabreuse. Le pied se produit résolument, s'il se juge irréprochable. Il avance avec précaution la pointe jusqu'à l'endroit équivoque. 11 se tient coi sous "une étoffe complaisante, s'il craint de trahir sa grosseur. La femme adulée depuis longtemps a écrit le dernier mot de son abdication de reine, quand elle cesse de veiller sur son pied. A quel prix a-t-clle persisté jusqu'à cette limite extrême ? Le pédicure en sait quelque chose. « Il faut savoir souffrir pour être belle, » dit un ancien adage. Une Chinoise ne se plaint pas de la mutilation de son pied

Fig. 148

réduit à l'état de moignon, elle s'en fait honneur : les pieds normaux sont bons pour les créatures de bas étage ; les hautes dames ont le moyen de se faire servir et transporter en palanquin. Ces maximes sont propagées par des maris jaloux ; cet usage inhumain est devenu national. Si les femmes se doutaient de ce qu'elles perdent en grâce par la compression barbare et absurde des articulations du pied, elles n'hésiteraient pas à s'affranchir d'un tel sacrifice à la mode. Le pied a des proportions assignées par la nature : hors d'elles, il ne peut se rencontrer ni beauté ni démarche naïve. La multiplicité des os du pied indique assez combien il lui faut de liberté pour remplir ses fonctions. Mettre ces leviers dans un étau, c'est en paralyser l'office.

Cependant le pied, par sa conformation souple el déliée, peul

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s'utiliser de plus d'une façon. Un homme doué de véritables dispositions pour la peinture était né sans bras; poussé par cette vocation, il a remplacé la main absente par son pied. Il s'en est fait un instrument manuel. Réduit à cette unique ressource, il s'est livré bravement à l'étude. Encouragé par ses succès dans le dessin, il a réussi comme portraitiste; ensuite il a peint des toiles d'histoire, avec un talent remarquable, sans la circonstance atténuante de sa position exceptionnelle. Cet artiste, nommé Ducornet, a prouvé, par ses œuvres, la puissance de la volonté secondée par l'intelligence. La sève ne pouvait se porter aux extrémités supérieures, elle s'est dirigée vers les seuls membres disponibles, pour arriver à ses fins.

Ducornet nous a permis de copier sa jambe-bras. Nous n'avons pas à le remercier ici de son obligeance. La mort l'a enlevé jeune et plein d'avenir. Ses lettres familières montrent un esprit naturel. On jugera le calligraphe à un fac-similé inséré plus loin dans le chapitre de l'écriture. Plus d'une main, y compris la nôtre, écrit moins lisiblement que n'écrivait le pied de notre étonnant artiste, si maltraité par la nature. Cependant, la conformation des extrémités inférieures de Ducornet se ressentait du vice de développement normal des parties supérieures. Il y avait torsion dans l'ensemble osseux et, par conséquent, difficulté d'action musculaire. C'était merveille de voir Ducornet, la palette d'un pied et le pinceau de l'autre, travaillant à une grande toile, au devant de laquelle il se hissait ou se faisait descendre, selon le point à cou- vrir, à l'aide d'un mécanisme ingénieux. En dehors de son atelier, il ménageait soigneusement ses pieds. Son père le transportait, à dos, d'un lieu dans un autre et suppléait, avec cette association de moyens, ceux dont était privé son fils, chargé de subvenir, par son talent, à la subsistance commune. Le pied de Ducornet avait quatre doigts seulement. Le pouce était largement détaché, comme chez les quadrumanes. Toutes les phalanges jouissaient d'une grande mobilité.

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