DES ARTICULATIONS
11 y a deux sortes d'articulations :
1° Les immobiles, par soudure des os contigus ;
2° Les mobiles, servant à la flexion et à la rotation des surfaces osseuses, juxtaposées, agissant les unes sur les autres.
Les premières sont combinées pour former un tout solide et résistant, comme l'ensemble des os fixes de la tête.
Les secondes sont disposées pour favoriser les mouvements multiples du corps humain. Elles sont lubrifiées par la synovie, sécrétée entre les facettes mises en contact et les rendant glissantes.
Les articulations sont simples ou complexes : simples, quand il s'agit de flexion dans un seul sens ; complexes, lorsqu'un mouvement se décompose en plusieurs et le rend plus étendu. Le genou fournit un exemple du premier genre ; le poignet donne une idée du second.
Des ligaments robustes maintiennent les os en rapport, sans nuire à leur jeu.
Les articulations des membres ont un volume proportionnel plus grand dans l'enfance. Elles sont fines et souples chez l'adulte. Le genou de la femme est relativement engorgé et son axe se tourne plus en dedans. L'auteur de la Vénus de Médicis n'a pas négligé cette disposition, qui ajoute le sentiment de la pudeur à la grâce.
Des articulations fines sont l'attribut d'une complexion délicate. La grossièreté les alourdit.
Les professions assises paralysent les articulations du bassin et des jambes. Le laboureur conserve la demi-flexion favorable au
maniement de la charrue. La prestesse mise à se lever d'un siège est le fait d'un homme habitué à se tenir debout. La lenteur déployée en quittant le fauteuil indique une existence sédentaire.
Les articulations se rouillent dans le repos ; l'exercice leur donne un ressort puissant. L'élasticité de l'articulation du pied supplée les ailes absentes des blanches épaules de nos célèbres sylphides. Taglioni, Essler et d'autres muses de la danse ont laissé des souvevenirs ravissants à leurs admirateurs enthousiastes.
Les articulations ont un jeu normal, limité par la conformation des surfaces glissant les unes sur les autres. Au delà de ces mouvements naturels, il y a luxation. Des tentatives multipliées permettent aux saltimbanques de dépasser ces bornes et de façonner leur corps et leurs membres à exécuter des tours de force et d'adresse, bien capables d'émerveiller la foule empressée autour de leur théâtre en plein vent. Malheureusement, pour préparer des sujets, ils opèrent cette transgression des lois de la construction humaine sur de pauvres petits êtres, voués au sortir du berceau à cette profession, où la vie est un enjeu offert aux émotions de la curiosité publique. On applaudit au courage et à la grâce de l'enfant sur la corde, sans songer à sa chute probable, ni aux intempéries des saisons et aux tortures de la faim qui l'assiègent à son retour dans sa demeure ambulante. On ne le sent pas lutter contre la douleur et l'effroi, sous le regard menaçant de l'imprésario qui l'exploite comme sa chose et souvent après l'avoir volé à des parents désespérés de l'avoir perdu.