DU SYSTÈME PILEUX EN GÉNÉRAL
Les cheveux, les sourcils et les cils existent au moment de la naissance, au moins à l'état rudimentaire ; le complément du système pileux apparaît à l'époque de la puberté ; aussi cette dernière pousse subit plus tard que les cheveux la dégradation de teinte amenée par l'âge au dernier terme de sa blancheur, dans l'extrême vieillesse.
Les poils répandus sur le corps sont presque toujours de la couleur des cheveux, avec lesquels ils offrent d'autres analogies de souplesse, de raideur, d'abondance et de rareté, ces qualités étant normalement communes.
L'excès de pilosité est un indice de force, et, comme elle est souvent brutale, il y a disposition à la rudesse. L'homme très-velu tient de l'ours : l'un et l'autre ont le poil rugueux. Cette complexion rend entreprenant près des femmes, en intéressant les sens plus que les besoins affectueux du cœur.
L'imberbe est timide : il a conscience de sa faiblesse. Il manque des qualités indispensables pour réussir auprès des belles : la hardiesse et l'éloquence recommandées par Ovide. L'affection l'emporte sur la sensualité dans cette organisation.
Il n'est pas nécessaire de voir le corps humain dans sa nudité pour juger du degré de pilosité. L'inspection de la face dorsale de la main de l'homme et de la nuque de la femme suffit pour révéler l'état de l'ensemble, constamment d'accord avec la végétation de ces endroits visibles.
Chez l'homme mûr, la presque totalité de la peau est envahie par l'extension normale du système pileux. C'est par exception que la face et la poitrine de la femme en présentent de notables
échantillons. Dans ce cas, son caractère est empreint d'une virilité excluant la grâce et la douceur, apanage d'un sexe faible et craintif.
Nous avons connu une grande dame dont la moustache noire aurait fait honneur à un jeune conscrit. Cette contrefaçon masculine était énergique : elle considérait comme puérilité indigne ce qui n'affectait pas vivement son âme ; elle préférait la tragédie ensanglantée à toute autre œuvre théâtrale; la comédie langoureuse lui était insupportable ; le drame où l'on faisait une consommation exorbitante de victimes avait ses plus chères sympathies : elle se sentait vivre alors. Elle s'impatientait d'une périphrase; il fallait aborder franchement la question posée, sinon elle interrompait brusquement l'orateur et formulait elle-même les conclusions probables du discours, sans le laisser achever. Riche et occupant un rang élevé dans le monde, elle ne portait ni bijoux, ni dentelles : ces ornements eussent été un contre-sens sur sa personne, elle ne l'ignorait pas. C'était, au fond, un excellent homme.
Dans la maison d'accouchement, nous avons dessiné, de grandeur naturelle, un nouveau-né, qui avait le corps entier tout couvert de longs poils; ses mainsse terminaient par des doigts armés de griffes. Nous ne savons ce qu'il est devenu.