DE LA PROFESSION
La profession apporte un changement notable dans les habitudes corporelles. Son cachet devient indélébile sur l'ouvrier, vieilli dans l'exercice d'une spécialité restreinte, si des dangers constants et des émanations délétères n'accélèrent pas le terme fatal de sa pénible existence.
Un atelier offre sur les machines humaines qui le composent un signe commun, facile à reconnaître ; il est produit par l'usage des mêmes instruments.
Les différences d'action professionnelle se font mutuellement ressortir dans une cérémonie publique, où plusieurs corporations se trouvent groupées par état. Voyez-les défiler devant vous.
Les hommes marchant au pas régulier, le corps droit, la poitrine ouverte, la tète haute, sortent des rangs de l'infanterie. Les cavaliers ont le pied en dedans, les jambes contournées par leur application ordinaire sur les flancs du cheval, la démarche peu dégagée. Les marins se tiennent avec une certaine hésitation sur leurs pieds écartés parallèlement, dans l'attitude de la résistance aux secousses du tangage d'un navire en mer ; leurs bras se déplacent, comme pour maintenir leur équilibre sur un plancher mobile.
De larges épaules tendant à s'élever, un col court et solide, des reins forts et puissants, une carrure herculéenne font remarquer les porteurs de sacs de farine.
Une poitrine étroite, le dos voûté, des jambes grêles signalent les cordonniers et les tailleurs, dont la pointe du pied se tourne en dehors, par leur manière de se tenir assis sur la table de travail .
Les métiers occupant davantage les bras que les autres parties du corps donnent une allure prédominante aux membres supérieurs. Le contraire a lieu chez les danseurs et les coureurs : leurs extrémités inférieures acquièrent une grande mobilité et une prestesse particulière.
Les travailleurs exposés aux ardeurs du soleil ou à l'éclat trop vif d'une lumière artificielle ont un clignotement de paupières, provenant du besoin de diminuer l'action trop vive des rayons lumineux.
Fia. 470.
Depuis le teint, jaune jusqu'au livide, on peut établir une série ascendante de professions insalubres.
Nous avons fait abstraction du costume distinctif, admis dans un grand nombre de catégories ouvrières. C'est seulement un accessoire. 11 ne faut pas s'y fier complètement ; il est souvent emprunté. Otez au prêtre sa soutane et au militaire son uniforme ; échangez la blouse du journalier contre le brillant costume de l'homme de loisir, vous retrouverez dans les habitudes corporelles la profession vainement déguisée.