DE LA PROFESSION
L'exercice d'une profession libérale ennoblit la démarche et l'expression du visage. Les professions serviles produisent un effet diamétralement opposé : elles déforment souvent l'ensemble du corps, par le développement excessif donné à certaines parties, en atrophiant les autres.
Il est bon d'avoir la figure de son emploi et les moyens de le remplir convenablement. Tel, à l'exemple de Jacques III (fig. 470), a voulu prendre le métier de roi, qui aurait mieux fait de ne pas s'en attirer les déboires et de s'en tenir à solliciter les fonctions de marguillier de sa paroisse : c'était le lot de ce monarque en expectative. Le hasard de la naissance met souvent un trône sous les pieds d'un prince imbécile. Le choix de l'outil placé dans les mains de l'ouvrier doit dépendre de sa vocation personnelle, et non de circonstances étrangères au but.
DE LÀ. POSITION SOCIALE
Tout changement dans la position sociale amène une modification corrélative dans les habitudes, l'extériorité et le caractère. La différence du point de vue fait apprécier autrement l'objet. Cette observation s'applique à toutes les conditions. Un héritage advient à un pauvre : il est d'abord embarrassé de ses richesses. Quel emploi leur donnera-t-il ? 11 est à la gêne dans les habits neufs dont il s'affuble gauchement. Il veut enrichir ses locutions familières, il s'embrouille dans des phrases sans issue. Il était humble, il devient arrogant. Il a caché modestement sa misère, il s'attache à éblouir par un faste de mauvais goût.
L'abaissement du superbe n'a pas des conséquences moins visibles. Sa morgue l'abandonne ; son existence s'amoindrit ; ses traits se flétrissent ; à un teint vif succède la pâleur ; ses habits se râpent ; à peine conserve-t-il un reste de manières aristocratiques, si la philosophie ne vient à son aide.
Comparez le citoyen ayant vécu libre et depuis comprimé par le despotisme, à l'esclave rendu subitement à la liberté, ce droit imprescriptible : tous deux portent les signes de leur état respectif présent.
Rappelons un grand exemple historique.
Fig. 471. Ce long regard sonde l'espace. Ces lèvres fines et serrées retiennent la parole. De grandes pensées se condensent sous ce vaste crâne, destiné à porter une couronne. Ce nez aquilin fait songer à l'instinct dominateur du roi des airs. Ces joues pâles et amaigries attestent des veilles prolongées et la prépondérance de l'esprit sur la matière. Ce menton sert de base solide au visage
DE LA POSITION SOCIALE
imposant, d'où la volonté fait rayonner la puissance. Cette coiffure est la seule concession accordée à la mode par celui qui vise à s'approprier le monde. C'est une personnalité absorbante. Il dira plus tard, comme Louis X!V : « L'État c'est moi. u II se nomme encore Bonaparte, bientôt il sera Napoléon.
rig. 571.
Voici l'effigie de l'Empereur (fig*. 472). lia dompté l'opposition et conquis le trône. Ses joues ne montrent plus une ossature anguleuse. L'œil a conservé sa vivacité. Le front s'agite. 11 s'impressionne des préoccupations du maître absolu. La bouche n'a plus de réticence : elle commande maintenant; elle n'a pas à se tenir en garde contre une indiscrétion intempestive. L'ambitieux s'est manifesté. La lutte est finie. L'assurance du succès a remplacé l'inquiétude du prétendant au rang suprême. Les traits de l'em-
pereur et roi sont exubérants de vie, quand il est saturé de pouvoir.
Mais toute gloire oppressive a son expiation fatale. Sainte-Hélène initie à la postérité le conquérant déchu, en atténuant ses fautes aux yeux de l'histoire. Voici (%. 473) le masque moulé par le docteur Antomarchi sur la face du captif immobilisé par la mort. Le prisonnier de la Sainte-Alliance a été réduit à vivre de lui-même, dans un milieu restreint. Les chairs ont perdu leur ampleur. L'aplatis-
Fi2 47
sement des tempes laisse saillir les os. L'insomnie a creusé les orbites. Le nez s'est aminci. Les narines se sont resserrées, en cessant de respirer l'encens des grandeurs et la poudre des batailles. Une imprécation est sortie, avec le dernier soupir, de ces lèvres, demeurées entr'ouvertes et imprégnées d'amertume. C'est la formule expiatoire des tortures éprouvées par la victime de sir Hudson Lowe. C'est la circonstance atténuante la moins discutable à insérer dans le jugement solennel de l'avenir. Que de souffran-
DE LA POSITION SOCIALE
ces et de déceptions survivent dans cette empreinte disputée au tombeau !
Comparez cette conclusion avec le point de départ et le milieu de cette existence si remplie ; c'est un poëme dramatique en trois
ïïg. 473.
chants, résumés dans ces trois images de l'homme : la première est due au crayon de Gros, la seconde au pinceau de David, et la dernière à quelques poignées de plâtre grossier, délayé par la main d'un ami, sur la terre d'exil.
L'écriture est le jet matérialisé de la pensée. Ecrire, c'est fixer l'image du geste intellectuel ; c'est rendre visible et durable l'inspiration morne ntanée. Chacun tient et conduit sa plume d'une façon harmonique avec ses impulsions particulières et reconnaissable, comme l'allure et la physionomie personnelles.
On distingue, au premier coup d'œil, dans un paquet de lettres, celle d'un correspondant avec lequel on a des relations suivies. Sans se rendre compte exactement des nuances délicates de deux formes de caractères presque identiques, on ne se trompera pas sur leur origine réelle.
La simple suscription d'un billet de la personne affectionnée, fait tressaillir le cœur. Les lèvres se pressent sur la page attendue ; elles recueillent avec amour ce que l'absent y a laissé de luimême .
Plusieurs points essentiels sont à considérer dans l'écriture : la grosseur, la finesse, l'écartement, le rapprochement, la régularité, le désordonné, l'inclinaison des caractères. La rectitude des lignes, leur disposition à monter ou à descendre de gauche à droite, leur flexuosité, leur solution brusque et saccadée, leur distance entre elles, sont à noter également.
La forme des lettres et leur disposition sont surtout l'expression de l'âme, au moment où la main a servi de conducteur à la pensée.
Chacun a une écriture normale et une écriture occasionnelle, selon l'état passionnel dirigeant; mais, dans ce dernier cas, le fond subsiste et sert de base aux modifications accidentelles.
Nous classons les différents modes d'écriture en trois catégories, correspondant à celles de notre système des passions.
1° Caractères réguliers, en lignes droites équidistantes. — Esprit calme.
2° Caractères heurtés, manquant d'ordre, inégaux, sans alignement. — Violence, surexcitation.
3° Caractères mous, sans accent, monotones, timidement et languissamment tracés. — Sous-excitation.
Pour juger sainement l'individu moral sur sa manière calligraphique , il faut avoir sous les yeux des pages sorties de sa plume , en diverses circonstances et à plusieurs époques de son existence.
L'habitude de voir des tableaux et des dessins apprenti à distinguer les écoles et à désigner les maîtres d'après leurs œuvres : pourquoi ne pourrait-on pas se familiariser avec la connaissance du caractère, par l'inspection de l'écriture ? La signature d'un homme est son affirmation.
On peut admettre, en principe, les données suivantes :
Un homme rangé ne supporte pas le désordre des lettres et des mets.
Le désaccord des idées ne permet pas de régulariser l'écriture. Celle de l'homme de génie et celle de l'écervelé sont distinctes. La main du premier ne peut suivre l'inspiration, il fait enjamber les phrases les unes sur les autres ou les tronque, pour aller plus vite ; le second écrit à l'aventure, à tort et à travers, sans suite et sans souci de son incartade.
Une écriture désordonnée indique un grand trouble de l'intelligence. La plume prend le mors aux dents, s'il est permis de lui appliquer cette locution, pour rendre l'effet produit par des mots s'élevant et s'abaissant au hasard à travers lignes et se choquant entre eux.
L'homme sage et prudent ne fait pas usage de majuscules à tout propos ; il laisse aux tôtes vides les fioritures de mauvais goût et les terminaisons en spirales : elles naissent sous les doigts de sots toujours contents d'eux-mêmes. La sobriété d'exécution marque la réserve et la tenue.
L'égalité de caractère espace également ses lettres et ses lignes. *
En général, l'énergie et la hardiesse font défaut à l'écriture de la femme. L'homme fort fait passer sa vigueur dans son écriture. La grâce et la finesse accusent une main délicate. Celle de l'homme, moins dégagée, pèse davantage sur la plume.
Certaines professions ont un genre spécial d'écriture. L'employé, le commis alignent des phrases, sans efforts d'imagination. L'in-
itiiuni iB3&
Fig. 414.
venteur actif est impatient ; il projette des étincelles sur le papier. Il écrit pour se remémorer des idées fugitives. Il fait de sa feuille une succursale de son cerveau trop plein.
Si des groupes partiels nous remontons aux masses, nous constaterons une écriture nationale dans le fond. Les peuples flegmatiques ont une écriture méthodique. L'effervescence du sang fait courir et sauter la plume des Méridionaux.
La versatilité française fait varier l'écriture selon le caractère propre individuel.
L'écriture anglaise est presque naturalisée chez nous. Elle a les allures sérieuses du positivisme. Le spleen s'y fait pressentir souvent. Elle imite rarement la fougue italienne.
Paër est né à Parme. On lui doit, entre autres compositions : la Clemenza di Tito, Cinna, la Griselda.
Il a signé ce post-scriptum (fig. 474) dans notre langue, un an
Fig. 75.
avant sa mort. A quatorze ans, Paër avait fait représenter avec succès, à Venise, sou opéra de Circé.
Ces quelques mots du maestro Rossini (fig. 475), placés à côté de ceux de Beethoven (fig. 470), ne rappellent-ils pas l'origine cl le génie de ces deux grands compositeurs, nés, l'un sous le ciel de l'Italie et le second à Bonn, dans l'Électorat de Cologne ?
L'influence du sexe est sensible dès les premiers essais. Un professeur consciencieux donnera les mêmes leçons au frère et à
la sœur ; on distinguera bientôt le sentiment de la virilité dans la manière du petit homme. La femme poindra sur la page de la petite fille, douée d'une précocité native.
Fig. A76.
Une enfant de quatre ans a répété ici (fig. 477) son premier bégayement :
Fig. Ml.
A quatre ans et demi, une autre débutante a écrit (fig. i 7 8) :
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Fig. .',78
On remarquera la tendance à descendre des lignes de la plus jeune, faiblissant sous la difficulté. L'effet contraire se produit dans
le travail de la seconde, soutenue par le désir de surmonter son embarras et de montrer son savoir-faire.
A ce procédé (fig. 479), l'on reconnaît la main inhabile d'un garçon. Il est intelligent, résolu, plus affectueux que fort en orthographe. Il a près de sept ans. Disons, à sa justification, qu'un strabisme chronique, récemment et heureusement guéri, ne lui a pas permis de commencer plus tôt.
C'est une facture masculine. Elle est évidemment moins souple et moins fine que dans les deux figures précédentes.
Un caractère moral bien prononcé détermine le mode d'écrire dès les premières années d'étude.
Nous avons fait copier cette phrase par trois enfants de neuf, dix et onze ans, élevées ensemble sous les yeux clairvoyants d'une maîtresse de pension.
400 PHYSIOGNOMON1E.
La plus jeune est lente à concevoir et à exécuter : son écriture (fig-. 480) est traînante et sans accent.
Fig. 480.
L'écriture de la seconde (fig1. 481) a des ressauts : ils attestent l'inégalité d'un esprit irascible, enclin à la méchanceté. L'éducation en sera le correctif.
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Fig. 481.
Il y a de la vivacité, sarts l'accentuation précédente, dans la figure 482. Elle donne l'idée d'une intelligence prompte à se manifester. Cette qualité ressort surtout en comparant cette troisième copie à la première.
L'étude en commun explique l'air de famille de ces trois échantillons.
La graduation des changements opérés chez l'homme a sa contreépreuve dans la série des phases de son écriture. On y verra l'incertitude et le tâtonnement de l'enfant, s'essayant à reproduire des signes, dont l'habitude seule lui apprendra les combinaisons et la valeur.
L'adolescence, débarrassée du souci d'arriver à diriger une plume, n'a pas encore de parti pris. Il y a fluctuation dans l'écriture cherchant à s'ouvrir une voie moins longue. Ce spécimen (fig. 483) est d'une fillette de quatorze ans.
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Fipc. 48:t.
i L'adulte ne varie presque plus la forme de son écriture. Elle subit seulement la pression de la cause perturbatrice momentanée et le poids de l'âge, sans altérer le type normal. M L'énergique conventionnel Grégoire traçait, à l'âge de quatrevingts ans, ces caractères encore fermes (fig. 484), mais où le poids du temps se fait sentir.
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Fig. Wi.
L'écriture du vieillard tend à redevenir hésitante et tremblée comme celle de l'enfant. L'impuissance arrête le premier. Le second ignore et cherche. Dans la vieillesse, l'écriture est chevrotante comme la parole. Elle est tumultueuse dans la vie agitée.
Je reçus un jour une lettre dont voici le début : « J'aurai tout votre sang ou vous aurez le mien. » La plume avait bondi sous l'aiguillon de la fureur. Les syllabes informes se heurtaient, en se précipitant par soubresauts, sur un papier froissé. Les lignes se soulevaient ou s'abaissaient, comme les flots d'une mer en courroux. En certains endroits, un mot manquait à la phrase, comme l'haleine au coureur. Dans d'autres, il y avait empêtrement de lettres illisibles, tracées pêle-mêle avec l'aveuglement de la passion en délire. De distance en distance, la plume s'était écachée en frappant la feuille.
Une erreur avait causé cette tempête. Elle tomba d'elle-même.
DE L'ÉCRITURE. 4oa
En comparant l'écriture habituelle du signataire avec colle de la provocation, on jugeait des tortures H de la rage d'un honnête homme bouleversé par une déplorable mépris,..
L'écriture du distrait peut présenter une régularité automatique mais elle est semée de négligences réparables seulement par des grattages difficiles.
Un ancien expéditionnaire vient demander un emploi de teneur de livres dans une maison de commerce. « Savez-vous manier un grattoir? lui demande le négociant, - Parfaitement, », répond le solliciteur. Il fut éconduit. Une rature atteste un manque d'attention et par conséquent un esprit léger, peu propre à la conduite des affaires contentieuses du commerce.
On suit l'élaboration de la pensée dans la copie remise à l'imprimeur. 11 lit couramment la page éclose sous une inspiration facile. Il se heurte aux biffures multipliées, produites par l'indécision d'une imagination laborieuse. L'encre coule de source avec l'expression heureuse et limpide. Les mots et les lignes s'embrouillent avec le chaos de l'intelligence obscurcie.
C'est une bonne fortune pour le compositeur d'avoir sous les yeux l'œuvre d'un écrivain calme, méthodique et maître de son sujet. Il faut du temps pour se familiariser avec un texte hérissé de pattes de mouches, couvrant de ténèbres un morceau de papier, au grand désespoir du typographe chargé du composteur.
La difficulté de trouver le terme propre apparaît dans les surcharges nombreuses du manuscrit. Elles témoignent aussi de la ténacité de l'auteur, jaloux de livrer un travail aussi parfait que possible. Un ancien doyen de la Faculté de droit de Paris, Blondeau, doué d'une érudition profonde, recommençait quatre ou cinq fois un livre sur épreuves ; il cherchait toujours à jeter de la clarté dans ses savantes et consciencieuses dissertations.
La pensée s'écrit comme elle se conçoit : lisible si elle est claire, indéchiffrable si elle est confuse ou si rapide que la main ne puisse la suivre. Il en résulte alors une sorte de sténographie où l'auteur peut se reconnaître, mais où le lecteur se perd le plus souvent.
Faites subir quelques variantes k V Art poétique de Boileau, el vous aurez la loi calligraphique.
PHYSIOGNOMON1E.
S'il n'y a pas d'hésitation, la pensée s'épanche et se fige sur la feuille sans tache. Le poëte au vers facile a une écriture cou-
tc-J8M
Fig. 485.
lante. La main piaffe sur le papier, en y incrustant une poésie ardente et colorée. La phrase chaleureuse ne s'aligne que sous les
doigts d'un copiste, incapable d'en sentir la verve et la puissance.
La personnalité déteint sur ses moindres produits.
Ceux qui ont étudié dans Arago l'homme, le savant et l'orateur, retrouveront son caractère distinctif dans la grande lisibilité, la rectitude et la forme de son écriture (fig\ 485).
Napoléon écrivait d'autant moins lisiblement qu'il était plus pressé par les événements ou par la nécessité d'être immédiatement obéi. 11 ne daignait pas perdre un temps précieux à dessiner des traits ou bien à s'épargner une faute d'orthographe.
Ces mots (fig. 486) serrés et hâtifs ont l'accent bref du com-
Fie. 486.
mandement souvent obscur à force de concision. La phrase peint l'homme. En voici la teneur : « S'il est hors d'état de servir, lui accorder la retraite. » Cette annotation est de 1807. Le maître absolu ne laisse aller l'esclave qu'après en avoir épuisé les forces vitales.
La même main ne conservera pas la même allure en formulant la prière et la menace. Une correspondance d'affaires n'offre pus l'abandon d'un sentiment franchement affectueux.
Une timidité respectueuse se lit dans une supplique à un protecteur influent. La déclaration, adressée à une femme élevée à la plus haute puissance par un adorateur aveugle, se ressent de l'agitation du cœur et de l'embarras du choix des expressions.
406 PHYSIOGNOMON1E.
Un accoucheur distingué, le docteur Girardin, reconnaissait à la suscription d'une lettre l'urgence de l'ouvrir : il commençait par elle la lecture de sa nombreuse correspondance. 11 se trompait rarement : la rapidité de la plume appelait à grands cris l'habile praticien .
Les cahiers d'une jeune pensionnaire sont des miroirs où se reflète, à chaque page, l'impression présente : l'ennui, l'attrait, la difficulté, la spontanéité du travail, le désir de bien faire, l'insouciance du résultat s'y manifestent clairement aux yeux exercés de l'institutrice. Les traits sont languissants et inachevés avec le dégoût, coordonnés avec l'application; ils sont imparfaits et timides dans l'hésitation de l'ignorance ; ils s'épanchent naturellement avec un esprit lucide.
Comparez entre eux les feuillets de plusieurs élèves, vous pourrez désigner le degré de tenue et d'aptitude de chacune d'elles. C'est là que devrait se porter l'attention des inspecteurs chargés de surveiller l'instruction et l'éducation publiques.
Moins l'art de la calligraphie a été cultivé, plus on retire des renseignements utiles de récriture. Il en est du disciple, assujetti aux règles magistrales, comme du soldat soumis à des mouvements de précision et d'attitude : le caractère propre s'efface un peu sous l'aspect commun imposé.
En général, celui qui sacrifie tout à 1a perfection du tracé n'est pas sous le fouet d'une imagination féconde : elle procède par bonds et par élans, le joug lui pèse, elle le rejette.
Opposez l'une à l'autre des catégories tranchées, il en résultera des contrastes frappants et de curieuses remarques.
Mettez en parallèle le talent du peintre et son genre d'écriture, vous trouverez une conformité incontestable de procédé. Bien plus, lorsque l'artiste change sa manière avec l'âge, il modifie son écriture dans un sens analogue : la plume se met au diapason du pinceau.
Le soin de l'exécution pittoresque réapparaît en lignes correctes sur le papier. L'auteur à'Enée racontant ses aventures à Didon, Guérin, avait une écriture fine, serrée et régulière. Il était luimême d'une stature grêle et moyenne, avec de petites mains et des doigts délicats.
Gros, enfant, ne pouvait s'astreindre à écrire soigneusement. Son écriture devient régulière avec finesse, à l'époque où il s'occupe de miniatures à l'huile. Le peintre de Jaffa, d'Abouldr et d'Eylau laisse rejaillir la fougue de sa palette dans l'ensemble de son écriture.
L'un des plus habiles sectateurs de l'école ingriste, H. Flandrin, rappelle clans son écriture (fig. 487) la correction de son pinceau.
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Fig. 487.
C'est un contraste frappant avec le maniement de plume d'Eugène Delacroix (fig. 488), analogue à la touche rapide et colorée du maître.
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408 PHYSIOGNOMONJE.
Voyez si la main de Rubens ne courait pas sur le papier (fig. 489) comme sur la toile.
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On sent le coloriste enthousiaste dans ces simples mots de Paul Véronèse (%. 490) :
Fig. 490.
Le talent de Préault ne relève d'aucune école. 11 a des allures propres, un cachet particulier. On connaît la soudaineté de Préault dans sa manière de voir et de rendre ses impressions, avec l'ébau-
choir ou la parole. C'est un libre artiste, ayant son franc parler, en tout et partout. Vous savez de quelle façon il manie l'argile ou le marbre; voici comment il fait galoper une plume (fig. 491) :
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Fig. h%{.
On n'est pas excentrique à demi dans la positive Angleterre. INos Cham et nos Daumier ont un émule anglais, dont le crayon railleur se plaît à pousser aux dernières limites l'exagération des côtés faibles de ses compatriotes. Ce célèbre caricaturiste, Cruikshank, écrit et signe de cette façon (fig. 492).
La stimulation du génie accélère la prestesse de la main et lui fait négliger une ponctualité qui retarderait son élan.
On retrouve une évidente analogie de facture entre les vers et les manuscrits du vigoureux Corneille et ceux du correct et tendre Racine. La plume de l'auteur du Cid a la fermeté du burin; l'écriture du second a la pureté et la douceur des vers qu'elle a recueillis pour la postérité.
Le génie éclôt à son heure. L'on a souvent été lancé dans une
PHYSI0GN0M0N1E.
direction contraire à ses prédispositions. L'écriture d'Alexandre Dumas est maintenant cursive, mais l'entrain de la plume du grand improvisateur ne va pas jusqu'à l'illisibilité. Loin de là. Avant d'être lui, Alexandre Dumas, exercé dès l'enfance à la calligraphie, avait été employé comme expéditionnaire chez le duc d'Orléans. Nous constaterons des résultats semblables chez nos grands poètes contemporains.
Fig. 492.
L'encre coule de la plume de Lamartine comme le miel de ses lèvres. On dirait une écriture de femme ; il y a beaucoup de la femme dans ses œuvres poétiques. Ce fragment de lettre (fig. 493) est du chantre des Méditations.
Une plume habituée à suivre une imagination fougueuse et poétique a effleuré cette page, comme le pied de la Muse glisse sur la terre en prenant son vol. Le nom mis au bas de cet extrait (fig. 494) est celui de l'une des plus grandes gloires de la France.
Nous avons eu la bonne fortune de pouvoir détacher le paragraphe suivant (fig. 495) d'une lettre de Béranger; nous ne saurions lui donner une meilleure place.
L'esprit fin du poète revêt une écriture déliée; on y rencontre certaines fioritures, arrivant, comme un refrain, à des intervalles
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Fig. $93.
cadencés. Sa lisibilité tient à la netteté de conception du chansonnier, maître de sa pensée, môme sous l'inspiration d'un vin généreux et d'une table bien servie.
Vienne maintenant le cortège des écrivains employant la raison philosophique de préférence aux inspirations de l'art, vous verrez l'écriture se mettre d'accord avec l'allure de l'idée asservie. La-
mennais nous en fournit un exemple (%. 496) d'autant plus frappant, que l'imagination est complètement étrangère à cette simple demande, adressée par l'auteur à son libraire.
Les œuvres de Lamennais ont eu un grand retentissement. On
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Fig. 494.
en connaît l'esprit logique et la concision. Lamennais était d'une petite stature et sobre de gestes.
Examinez la précision des notes prises par un savant, doué d'un esprit d'analyse applicable à la classification d'éléments scientifiques. Heureux les travailleurs de la bibliothèque possédant un tel homme-répertoire. Modeste et laborieux, il sacrifie sa vie à rendre
celle des autres plus longue de tout le temps qu'il leur épargne, en les exonérant de recherches difficiles et indispensables.
Dussions-nous blesser un sentiment de réserve, nous nous pla-
1% lUow jtf%<\-.
Fig, 598.
çons sous l'invocation de la justice en publiant celte réponse à une demande de renseignements (fig-. 197); c'est aussi, de notre part,
un remercîment, adressé, dans la- personne, aux bibliothécaires de Sainte-Geneviève, auxquels nous sommes redevables de nombreux documents.
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Fig. 497.
Un savant helléniste a consacré la plus grande partie de son existence professorale à faire un dictionnaire grec, avec le soin patient d'un érudit, comprenant la plus stricte probité parmi ses devoirs.
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Fig. 498.
Il s'est point dans cette maxime, tracée de sa main, en employant sa langue adoptive et la sienne propre dans la traduction française mise en regard (fig. 498).
Ses plus anciens amis le savent, il n'a pas plus dévié de la ligne droite en politique que sa plume sur ce papier.
L'écriture de la femme s'accentue de l'énergie de son intelligence et des qualités de sa constitution organique.
L'auteur de tant d'ouvrages pleins de grâce ou de puissance, et s'imposant toujours par la vérité du fond et la beauté de la forme, une femme célèbre a formulé, écrit et signé cette appréciation d'un génie un peu parent du sien (fig. 499) :
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^ScmJS)
Fig. 199.
La signataire de ces lignes (fig. 500) a illustré le pseudonyme Daniel Stern, placé en tête de l'un des meilleurs aperçus histo—
riques de la révolution de 1848; elles contiennent une allusion à la seconde édition de cet important travail :
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^1 U^£~»/Aj^' cs/~ eA* —
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Fig.r500.
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Nous avons reçu le billet suivant (fig. 501) :
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Fig. 501.