‹ De la physiognomonie;Chapitre 32 sur 87 · AIT · texte numérisé non relu

AIT

La question se trouve résolue par les soins mis à le composer et à l'écrire. Ne souriez pas, ma jeune correspondante. Aidez-moi. Un peu de poudre de riz n'est-il pas tombé sur l'encre encore fraîche ?

fo-cZ7è3*iS ésj^-z* \

rl'~ f^'T7^~7 '*^~ r^^ <^*<3

Cïh'

Zc*s ~*>-

Fh 502,

Par le fait d'une cohabitation prolongée, il s'établit un échange mutuel de manières. On s'abandonne à la propension de s'assimiler les gestes et les locutions de ses amis. L'écriture subit ces modifications. La vie en commun contribue à donner un air de famille

aux écrits dictés par des sentiments sympathiques. Il n'est pas rare de trouver une analogie prononcée dans l'écriture de deux époux, en bonne intelligence depuis longtemps, bien que, au début de leur association conjugale, il y eût une différence remarquable dans leur façon d'écrire.

La même phrase a été retranscrite (fîg. 502) par chacune des trois sœurs dont nous avons parlé pages 140, 141 et 142.

L'institutrice a pris d'abord la plume; elle l'a cédée à sa jumelle, qui, par un ancien sentiment de déférence, a copié, ligne par ligne, la dictée placée sous ses yeux. La plus jeune a terminé cet ensemble avec plus de liberté dans l'exécution, mais en conservant le type de la petite communauté.

On croirait ce triplicata tracé par la même main, si un examen attentif ne signalait quelques nuances bien faibles.

Dans les établissements où l'éducation et l'instruction sont communes, il existe une sorte de concordance générale dans l'écriture personnelle des élèves placés sous une direction unique.

Ces remarques sont plus sensibles dans les institutions de jeunes filles, plus impressionnables et plus disposées à se conformer aux principes de l'enseignement et à la discipline en usage, sans toutefois niveler les personnalités.

L'analogie classique se retrouve dans les trois transcriptions suivantes de la même maxime (fîg. 503, 504, 505) : elles sont de la main délicate déjeunes personnes distinguées par une instruction supérieure. Cependant la couleur locale n'efface pas les particularités personnelles résumées ainsi :

Fig. 503.

Grande rapidité de eonreplion. Impressions mobiles, pas d'esprit d'ordre.

DE I/KGRITURE. 419

Pie. r, 0 ',

Propre à prendre foutes les empreintes.

•/&— ^2^> <£?f^lx ^&y~œ <*<•' tfC- *&*>+

Fig 505.

Caractère très-résolu, très-forme, se possédant toujours.

Nous devons ces notes à la bienveillance d'une habile institutrice, appliquée au soin maternel de lire dans le cœur de ses élèves, et sachant se l'attacher pour mieux le former et le conduire.

Nous pourrions multiplier les exemples. Ils sont concluants quand il s'agit de personnages tout d'une pièce et signant leurs œuvres d'un cachet franc et distinct. Mais, nous ne saurions trop le répéter, on ne doit pas prendre au hasard un lambeau de correspondance; il faut en extraire une moyenne d'observations, et ne pas s'arrêter exclusivement à peu de mots, sans connaître sous quelle impression ils ont été fixés par le maître.

Il est une considération générale : l'état de la vue influe sur la dimension des caractères. Les myopes ont généralement une écriture rapetissée. Les presbytes écrivent plus en gros. La forme augmente à l'âge où la vision s'affaiblit.

Les débats des tribunaux ont révélé l'aptitude étonnante de eer-

/»20 PHYSI0GN0M0N1E.

tains escrocs à contrefaire les divers genres d'écritures, comme on exécute des pastiches, d'après les œuvres magistrales de la grande peinture.

Il y a pourtant cette différence à noter : le pasticheur a besoin de s'identifier avec le style et l'esprit du modèle à imiter, s'il s'agit, non pas de copier textuellement une œuvre connue, mais bien d'en produire une qui puisse passer pour un original du chef d'école. Le contrefacteur d'un écrit se borne au fait matériel de se conformer aux mouvements de la main, auteur des lignes à rendre en fac simile. La moindre défaillance, un rien suffît à l'expert pour établir la culpabilité sur un signe incontestable , comme , par exemple, une déviation de direction homogène, sous des doigts serviles et sans inspiration naturelle. Par-dessus tout, il y a le style littéraire à comparer. C'est le côté décisif de l'appréciation.

Il reste une dernière question à résoudre. Peut-on changer son écriture à son gré? H y a des gestes étudiés. L'écriture est donc également modifiable en raison de l'empire de l'écrivain sur ses passions. On veille sur ses mouvements dans un milieu où la dissimulation est un moyen de parvenir; mais, dans le silence du cabinet, en l'absence de témoins intéressés, la plume agit librement; elle reproduit les vibrations de la pensée sans restriction, comme lorsque l'on se parle à soi-même. Dans ce cas, l'écriture a toute sa signification. Il faut la mettre à côté de celle dont on se méfie.

On s'aperçoit du mensonge de la plume à son manque d'assurance, comme on reconnaît, au timbre de la voix, la parole en dehors de la vérité. La phrase banale insérée à la fin d'une missive et le sentiment sincère exprimé par une main affectueuse n'ont pas la même physionomie calligraphique. Il y a raideur dans le premier tracé, abandon caressant dans le second.

Tout dépend du cerveau ; l'instrument est à ses ordres.

Nous avons parlé (p. 342) du talent de Ducornet pour les arts du dessin, bien qu'il fût né sans bras. Son pied maniait la plume avec autant de facilité que le crayon et le pinceau. Nous donnons cette terminaison de lettre (fig. 506) avec sa signature et son paraphe, dans lequel est inscrite la mention de son infirmité. Ce fut d'abord un appel à l'indulgence et plus tard un titre de gloire.

DE L'ÉCKlïURE.

L'on a vu dans Paris, sur la place publique, un homme, privé de bras, écrire avec son ventre. 11 se servait d'une plume introduite dans un fourreau fixé dans une ceinture entourant le corps. Il suppléait aux mouvements de la main absente par ceux des mus-

Page 1