DU COSTUME EN GENERAL
En considérant le costume au point de vue philosophique de l'histoire, on est frappé de ses rapports intimes avec les mœurs et l'esprit dominant de l'époque.
Nous le voyons persister dans les régions longtemps paisibles : il prend alors de l'ampleur. Il se rétrécit dans les temps de lutte. Le combat est la principale affaire; on ne peut s'empêtrer dans les longs plis d'une étoffe à ménager; le soldat doit offrir le moins de prise à l'ennemi et conserver toute la liberté de mouvement nécessaire .
L'Église . toujours soumise aux mômes lois, n'a pas apporté de changements notables dans son costume : il n'a pas varié dans son principe. Les mouvements du prêtre sont compassés et non rapides. La magistrature a conservé la robe et les manches larges, parfaitement adaptées à la dignité du maintien et du geste.
La décadence de la moralité publique se montre avec le décolleté de la toilette des femmes et dans son exagération. Dans les pays où le sens moral ou le caractère religieux sont en honneur, les lois de la décence régissent la coupe des vêtements et leur simplicité.
La forme du gouvernement influe sur le costume ; il esl modeste et sévère dans les Etats républicains. Sous âne monarchie, il varie avec les goûts du monarque. On retrouve les modifications du caractère du souverain dans la série des habits dont il ;i fait usage. Pour votre édification, étalez la friperie du roi-soleil, depuis le Louis XIV enrubanné de la Vallière, jusqu'au Louis XI V— Maintenon, l'amant édenté de la veuve d'un époux difforme : le faste
ouvre la série; il s'atténue avec la bigoterie des derniers jours du règne.
Au temps où Louis XV taillait son pavillon royal dans le cotillon de la Dubarry, le dévergondage des passions dirige les ciseaux des faiseuses d'atours. Le costumier de la favorite donne le ton à la noblesse , dont les modes passent à la bourgeoisie opulente. Ainsi la corruption s'infiltre; on copie la manière de s'attifer des excentriques, et l'on s'associe insensiblement à leurs principes dissolus.
La moindre fissure au corsage de la jeune fille est une brèche à sa pudeur.