DE LA MANIÈRE DE SE YÈT1R
La manière de se vêtir, prise dans son acception simple et large, est une question de température ; le vêtement est un préservatif contre l'excès du froid et de la chaleur. 11 devient costume national, quand son type est généralisé dans la même région. La façon individuelle de le porter le rend accessoire du caractère de la personne, lia donc sa raison d'être considéré comme signe extérieur. Dans ce cas, il indique ce que l'on veut paraître, puisqu'il est facultatif. Il dit la profession, s'il est d'uniforme. Les peuples amis des progrès tendent à s'affranchir de ces distinctions. Les gouvernants y tiennent d'autant plus qu'ils sont plus despotes. Ils ont besoin d'offrir un appât à la vanité ; c'est un point d'appui excellent pour eux. On étouffe le patriotisme en faisant surgir les passions égoïstes de la jalousie et de l'envie. L'uniforme hiérarchisé divise les masses, en les distribuant en classes. L'habit national réunit. Le premier rappelle le servage ; le second est l'emblème de l'égalité, sous la liberté.
L'uniforme a une action remarquable sur le soldat : c'est l'égalité dans la servitude. On conçoit l'importance attachée par un roi de Prusse quelconque à ne pas tolérer la moindre infraction à la tenue réglementaire. Occuper le soldat à conserver son fourniment dans un état irréprochable de lustre est un procédé facile pour le distraire de toute préoccupation politique. Il n'a rien à voir au delà de sa consigne. Plus l'uniforme est strict, plus la discipline est sévère sous la main compressive du pouvoir. Le jour où les armées permanentes ne seront plus de mise, la liberté aura fait un grand pas.
L'habit militaire plaît aux femmes. A leurs yeux, il signifie
force et courage. C'est l'histoire de Mars et Vénus au petit pied. Tout est relatif. Les épaulettes de colonel ont fait fureur dans les hauts salons, pendant les douze premières années de ce siècle. Etre au bras d'un sous-officier est le rêve de la grisette ; la bonne d'enfant se contente d'un sapeur et au besoin d'un conscrit.
La magnificence du costume produit sur les esprits faibles l'effet de la flamme de la bougie sur les petits insectes. L'espèce humaine est un peu moucheronne : elle se laisse piper par de faux brillants. Le catholicisme tire un grand parti de ses ornements pontificaux, pour impressionner et attirer les simples. L'apparat déployé dans les costumes de la cour a pour but de fasciner les regards du peuple : il paye ; les courtisans posent ; jusqu'au jour où, fatigué de voir constamment les mêmes parades, le parterre ne se contente plus de siffler les acteurs, et les chasse, sauf à les voir revenir, plus tard, sous d'autres déguisements.
Peu de personnes savent porter convenablement leurs habits. Certaines femmes ont le rare talent de faire valoir les robes les plus simples. Un grand nombre se mettent l'esprit à la torture pour aboutir à entraver les mouvements du corps ; le manque de naturel atteste alors des prétentions irréalisables, ou le défaut d'habitude. On s'aperçoit de l'emprunt fait par la cuisinière à sa maîtresse. Le valet grossier se trahit, par sa gaucherie, sous la coupe élégante du frac du chef de la maison. On sourit de la gêne éprouvée par le porteur d'un habit neuf exceptionnel.
La femme pudique et modeste s'abrite naïvement sous les étoffes sans éclat dont elle se couvre.
L'impudeur calcule la négligence de son costume : son désordre correspond à celui de la moralité.
La bonne tenue, des vêtements toujours propres, annoncent une existence rangée. L'inconduite se lit dans le débraillé de l'habillement.
Des habits étriqués révèlent une position restreinte. La misère et l'avarice portent cette livrée.
L'ampleur dans la manière de se vêtir convient aux caractères expansifs.
Le prêtre, serré dans sa soutane, est sec et froid.