VIEILLE FILLE
Laide, vieille et fille : ces trois circonstances aggravantes se rencontrent ici. La demoiselle prétend que sa piété l'éloigné du
inonde. Cet isolement peut provenir aussi du vide l'ait autour d'elle par un caractère revêche et l'aspect très-peu sympathique d'un visage anguleux et compassé. Les sentiments véritablement
pieux sont essentiellement modestes dans leur extériorité. Ils ne s'affichent pas; ils s'épanchent naïvement, sans ostentation et sans bruit. Notre modèle n'y met pas cette humilité : elle tient à être vue, pratiquant sa religion et confessant sa foi. Elle ne se contente pas d'être, elle veut surtout paraître dévouée à son culte. Elle est passée dame de charité ; elle fait partie de la confrérie de la Vierge, dont elle a l'insigne honneur de porter le guidon, dans les grandes solennités de l'Église. Elle doit ce privilège à son Age respectable ; elle n'a pas de concurrence possible à ce titre.
Elle entend chaque matin la messe à sa paroisse. Elle ne manque pas deux dimanches de suite de communier en présence des fidèles, auxquels elle est offerte en exemple par M. le curé et ses auxiliaires. Le bedeau la salue. Le donneur d'eau bénite se lève pour apporter le goupillon sous les doigts osseux de la dévote.
11 faut la voir entrer à la sacristie ou bien en sortir, avec la conviction de son importance et la certitude d'exciter la jalousie des moins favorisées.
Elle s'arrête complaisamment dans la rue, pour faire de saintes exhortations aux pauvres confiés à ses soins. Elle réchauffe leur tiédeur, en les menaçant de leur retirer les secours du bureau de bienfaisance s'ils négligent leurs devoirs religieux. Dieu lui a fait ces loisirs; elle oublie que la misère ne les a pas. Elle règne en despote sur ses clients. Les paresseux deviennent hypocrites. Elle va quêter pour les pauvres. Son nom seul apparaît dans la distribution des aumônes de plusieurs. Elle se constitue l'être collectif des donateurs associés dans la bonne œuvre.
Mais toute gloire a ses détracteurs. On reproche à la femme bienfaisante de s'obstiner à chanter faux, en accompagnant la voix des chantres. On regrette son immixtion aux secrets des familles, pour en tirer des inductions peu charitables. On l'accuse d'avoir accéléré les derniers moments d'un moribond en l'effrayant des peines éternelles, au lieu de l'entretenir de la bonté infinie du Tout-Puissant.
iU PHYSIOGNOMONIE.
Nous n'attachons pas la même importance aux griefs des sectaires de la mode. Nous excusons volontiers la singularité du costume demi-monastique et demi-mondain, en faveur du soin mis à neutraliser l'effet du visage sous un voile pudique. Nous lui savons gré de cacher les pauvretés du col sous une masse de rubans; nous la remercions d'ensevelir une poitrine trop plate sous une robe aussi montante qu'un œil d'artiste puisse le souhaiter en pareil cas.
Nous rappellerons, comme attribut de l'emploi, l'énorme paroissien incrusté, par l'usage, entre un bras maigre et un corps sec. Ce livre caractéristique est recouvert d'un velours bleu, orné d'une grosse croix d'or : les angles, le fermoir sont du même métal. Des sinets multicolores s'échappent en voltigeant des feuillets, dont la tranche est dorée.