DOGTRIIIB DB GH. BILL
ne tourne pas. Si dans la prière les yeux sont dirigés naturellement vers le ciel malgré les récla* mations de la raison et de la foi éclairée, c'est qu'il y a de cette direction du regard une cause physiologique. Les muscles qui meuvent en tous sens le globe oculaire ou le tiennent fixé dans une direction déterminée ne sont pas infatigables; quand ils ont épuisé leurs forces ou quand ils sont relâchés par une cause quelconque^ la position naturelle des yeux est une sorte do strabisme sursum (f\m retourne en dedans le globe oculaire et cache à moitié la prunelle sous Torbite. C'est là le regard du cadavre, que Ton dérobe aux vivants en abaissant avant leur rigidité le voile des paupières ; c'est aussi le repos du sommeil que Ton surprend aisément chez l'enfant et le malade qui dorment les paupières à demi ouvertes ; c'est la position que nous sentons nos propres yeux chercher quand nous luttons contre le sommeil et que, les paupières maintenues ouvertes par un suprême effort) les objets tournoient et notre vue s'obscur» oit» C'est le secret de rhypnotisme> de ce facile artifice par lequel le docteur Braid et ses imita-^ teurs plongent leurs patients dans un état nerveux qui ressemble au sommeil^ en leuroffranl à regar-^
der fixement pendant plusieurs minutes un objet brillant tenu à une faible distance au-dessus de la racine du nez. C'est la direction où tendent les yeux de 1 homme ivre à qui le vin enlève le gouvernement de ses mouvements; c'est celle enfin que doivent prendre les yeux de l'homme éveillé, toutes les fois que sa pensée distraite des objets qui Tenlourent s'abîme dans Fexlase, la contemplation, la rêverie et tous les autres états où, ne se guidant pas elle-même, elle ne guide pas non plus les regards. La même cause entr'ouvre la bouche de l'extatique par le relâchement des muscles maxillaires qui abandonnent à son propre poids la mâchoire inférieure. Ce n'est donc pas toujours parce qu'il place Dieu dans le ciel visible que l'homme dirige vers lui ses regards dans la prière ; c'est peut-être au contraire parce que ses yeux se portent naturellement en haut dans la rêverie qu'il a placé Dieu dans le ciel visible.
Le plaisir et la douleur sont des émotions contraires, cependant elles dessinent sur le visage plus d'un trait commun; elles creusent à peu près les mêmes plis aux joues et aux paupières, et l'expression qui les dislingue est moins dans le dessin de ces parties que dans celui des lèvres. La raison
physiologique rend compte jusqu'à un certain point et de cette ressemblance et de cette diversité, * comme elle explique les larmes communes du rire et du pleurer. L'émotion agréable est de sa nature faible et relâchante, l'émotion douloureuse est au contraire plus vive et fortement excitante. Les sensations agréables, dont le sujet qui les éprouve ne peut que désirer la prolongation, entraînent avec elles l'oubli de Faction corporelle et un certain laisser-aller; de là, dans l'audition d'une douce musique, dans la volupté, dans toutes les sensations ou émotions charmantes, les paupières demi-closes, les lèvres entr'ouvertes, la rémission de tout le corps, la respiration lente et les muets et fréquents soupirs qui attestent son inactivité. Mais la douleur est la gardienne du corps contre la mort et le danger, ses excitations sont puissantes et convulsives. Sous son aiguillon les muscles tressaillent, et le visage, comme le corps, prend une expression toute différente de celle de la joie, malgré la similitude de quelques traits. L'effet de la joie consiste naturellement dans une détente, celui de la douleur dans une tension musculaire. Sous l'impression de la joie, l'anneau des lèvres se relâche ; elles s'entr'ouvrent, et le
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coin de la bouche, suivant leur mouvement, se relève légèrement en un gracieux sourire qui repousse faiblement la joue et la paupière inférieure. L'on n'observe sur le visage que cette détente et cette mollesse des traits, tant que le trouble jde la respiration provoqué par un objet risible ne provoque pas à son tour une contraction spéciale des joues et des lèvres. La douleur est un bien autre stimulant; dans la douleur, ce n'est pas le sphincter des lèvres qui se détend, ce sont ses nombreux antagonistes qui le tiraillent en tous sens et tordent son anneau charnu ; les lèvres ne s'entr'ouvrent pas, elles sont tirées latéralement par les zygomatiques, en bas par les. muscles triangulaires du menton et par le peaucier, dont les effets unis et puissants abaissent dans une expression si éloquente le coin de la bouche. Plus l'émotion est douloureuse, plus sont nombreux et tendus les muscles qu'elle contracte ; les mâchoires se serrent, les dents grincent, les narines se gonflent, les sourcils palpitent, le muscle frontal et le sourcilier, se contractant simultanément, les con* tournent violemment dans leur antagonisme et creusent vers le milieu du front des rides contrariées« Enfin les convulsions du tronc et des mem«
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bres s'ajoutent à celles de la face, et le corps tout entier devient éloquent. C'est donc dans l'aspect général du visage et dans la raison de son état qu'il faut chercher l'expression, et non dans quelques détails insignifiants qui peuvent être analogues ou même identiques dans les passions les plus contraires.
La comparaison des muscles du visage de l'homme avec ceux de la face des animaux et de l'expression des uns avec les mouvements des autres conduit Ch. Bell aux mêmes résultats. U dis* tingue parmi les animaux voisins de l'homme deux grandes classes selon leur genre de nourriture, les carnivores et les herbivores. Imbu des idées de notre grand Guvier, que les fonctions et les organes sont harmonieusement subordonnés les uns aux autres , il montre que les carnivores ont naturellement les attributs physiques et moraux appropriés à leur genre de vie, des dents et la férocité nécessaires à déchirer leur proie. Vivre, pour les carnivores, c'est attaquer et se défendre ; leur face entière, leurs lèvres et leur nez sont aussi bien que leurs dents construits expressément à cet effet. Le muscle orbiculaire qui, chez l'homme rétrécit et ferme puissamment l'anneau des lé-
vreSy est chez eux imparfait ; leurs lèvres pendent inertes de chaque côté de la gueule, mais les muscles qui les rétractent sont puissants et dirigés de façon à mettre à nu en se contractant les dents canineSy les crocs, les défenses de l'animal dans le rictus. Leur nez est petit, pour que Vair aspiré fortement dans ses voies étroites dépose sur le nerf olfactif toutes les particules odorantes laissées par la proie sur sa piste et qui perdraient leur vertu en se disséminant dans des canaux trop larges. Leurs narines sont immobiles, parce que, si leur sang exige une respiration plus active et de plus larges voies, ils peuvent respirer par la bouche. Aussi la rage est-elle leur expression la plus remarquable, et le rictus qui en est Temblème est évidemment une préparation à Taltaqu^ ou à la défense et comme un commencement de Faction. Les herbivores, avec un autre genre de vie, ont d'autres mœurs et une autre structure, d'autres dents, d'autres lèvres, d'autres narines. Chez le cheval, par exemple, la défense n'est pas dans la dent, mais dans le pied de derrière, aussi sa lèvre ne se rétracte point pour mettre à découvert une canine impuissante, mais son œil se tourne en arrière pour diriger le coup. Les muscles de
ses lèyreSy au lieu de les tirer par les côtés, les avancent et les allongent pour saisir et arracher rherbe, ce sont essentiellement des muscles de pâturage. En même temps, comme il n'a pas de proie à poursuivre en flairant, et qu'une valve située au fond du gosier Tempéche de respirer par sa bouche qui ne s'ouvre guère que sous l'action du mors, ses naseaux s'élargissent pour suffire aux besoins du sang. La rage n'est plus l'exprès* sion du cheval, le rictus fait place au mouvement des naseaux, qui n'est plus que le résultat et le signe d'une excitation générale de la respiration et du cours du sang. ,
Par la structure de ses muscles comme par sa nourriture, l'homme participe de ces deux grandes classes d'animaux; ses lèvres se rétractent comme celles du lion, et ses narines se meuvent comme celles du cheval. Chez lui, comme chez le lion, la rage s'exprime par une sorte de rictus qui met à nu les canines en serrant les mâchoires et ouvrant les lèvres par les coins, et, comme chez le cheval, par la palpitation des ailes du nez et le feu du regard. Tant que d'autres muscles n'entrent pas en action, l'expression de la rage, chez l'homme, est aussi bestiale et purement physique que chez
les animaux; ce qui humanise cette expression brutale, c'est le jeu de certains muscles propres à rhomme, absents ou rudimentaires chez les brutes. Si la forme et le jeu des muscles ont leur enseignement, les nerfs ont aussi le leur, plus précieux encore, puisque, si ce sont les muscles qui dessinent les traits du visage, ce sont les nerfs qui commandent aux muscles l'action et le repos; mais il faut Taller chercher plus profondément dans le corps de l'homme. Camper attribuait à tort l'expression de la tristesse à la cinquième paire de nerfs, et celle de la joie à la septième, mais il avait raison de chercher dans les nerfs qui se perdent dans les muscles la cause de leurs contractions. Ch. Bell cherche, lui aussi, la cause des mouvements des lèvres et des joues, des narines et des sourcils dans les nerfs qui s'y ramifient, il en remonte le cours jusqu'à leur origine, il en suit tous les embranchements et en compare le réseau avec le reste du système général. Il ob« serve que les nerfs, qui sortent de la moelle épînière par une double racine, se ramifient dans tout le corps, dans le tronc et dans les membres, leur portant parallèlement le mouvement et la sensibilité. Il remarque que l'œil, l'oreille et les
autres organes des sens reçoivent la vertu toute spéciale de voir et d'entendre de nerfs impuissants à mouvoir qui sortent des hémisphères du cer* veau, que la face reçoit encore d'un autre nerf de la même origine la sensibilité générale et le mouvement nécessaire à la mastication, de telle sorte que le corps tout entier, depuis la couronne de la tête jusqu'aux orteils, est desservi par ces nerfs du cerveau et de la moelle épinière comme par un système complet et pouvant suffire à tous les besoins de la vie animale, du mouvement et de la sensation. Pourtant dans cette même face de l'homme, déjà si richement pourvue, se répandent encore d'autres nerfs. Outre le nerf de la cinquième paire ou nerf trifacial qui se ramifie dans les trois régions de la face, le visage de l'homme est encore traversé de tous côtés par le nerf facial de la septième paire, nerf moteur, insensible, qui ne sort ni du cerveau ni de la moelle épinière, mais du renflement qui les sépare et qu'on nomme la moelle allongée. C'est lui qui sert à mouvoir les sourcils et les paupières, les narines et les lèvres.
Pour le prouver, Ch. Bell coupait sur un âne ou sur un singe le nerf de la septième paire d'un
côté de la face, et de l'autre celui de la cinquième. Du côté où le septième nerf était coupé, ranimai conservait la sensibilité générale de la face, mais il ne pouvait mouvoir ni paupières, ni lèvres, ni naseaux; cependant il remuait la mâchoire. Du côté de la section du cinquième nerf, ranimai était^ au contraire, insensible, mais il conservait la liberté de tous les mouvements de la face, sauf ceux de la mastication qui ne s'exécutaient plus qu'imparfaitement, grâce à l'intégrité du cinquième nerf du côté opposé, capable à lui seul de remuer péniblement la mâchoire en sollicitant les muscles d'un seul côté (1).
Selon Ch. Bell, d'autres nerfs sortent encore de cette même moelle allongée, origine du septième, pour se rendre, non pas à tout le corps indistinc-
(1) Vers la même époque, un physiologiste beaucoup moins célèbre que Ch. Bell, M. Sarlandièrc, prétendait que la septième paire de nerfs n*est pas Torgane exclusif de l'expression faciale, mais que ce rôle appartient également à la cinquième paire ou nerf trifacial. Selon lui, le septième nerf n'exécuterait que les grands mouvements de la face et les contractions volontaires, tandis que du cinquième dépendraient les expressions délicates, les plus fines corrugalions de la peau suscitées par les passions de l'âme trop faibles pour provoquer le rire, les pleurs et autres violentes grimaces, Voy. Traité du système nerveux dans Vêlât actuel de la science^ 1 vol. in-8. Paris, 1840, p. 82 et suit.
tement, comme les nerfs rachidiens, mais aux seuls organes qui concourent plus ou moins direc* tement à la respiration. Outre la bouche, les narines et les lèvres, orifices externes du tube respiratoire, où se répand le nerf facial, les nerfs issus de la moelle allongée se rendent aux ouvertures postérieures des narines, à la partie supérieure de la trachée, à la langue, au larynx, au pharynx, ils s'enfoncent profondément dans le tronc et se ramifienjt dans la poitrine, les poumons, le cœur, le diaphragme, quelques-uns même se perdent dans les muscles du cou et des épaules qui concourent si efficacement à Tacle de la respiration par l'élévation et la dilatation ou la compression de la poitrine. De ces observations Ch. Bell concluait que les nerfs qui sortent de la moelle allongée forment un système à part, un réseau spécial qui dessert les organes de la respiration, et les appelait nerfs respiratoires. Il concluait encore que l'instrument de la respiration est en même temps chez l'homme le véritable instrument de l'expression, parce que ce sont la respiration et la circulation, fonctions jumelles, qui sont directement affectées par les passions de l'homme, et que la sympathie entre tous ces organes, depuis les na-
rines 6t même les sourcils jusqu'au diaphragme, est établie naturellement par l'origine commune et la correspondance directe des différentes branches du réseau respiratoire.
Cette théorie du système nerveux respiratoire est en grande partie ruinée aujourd'hui par d'aussi éminents et de plus récents physiologistes ; M. Cl. Bernard en particulier lui a porté de rudes atteintes. Mais elle n'entratne pas dans sa ruine la doctrine entière de Ch. Bell sur la production des traits du visage, et, quelques réserves que Ton doive faire à l'ensemble ou aux détails de ses opinions, on ne peut s'empêcher de reconnaître et l'excellence de sa méthode d'interprétation, et la vérité de ses résultats les plus généraux (1).