DOCTRINE DE M. DUCHENNE (DE BOULOGNE
Tout au contraire de Ch. Bell, M. Duchenne ne rend compte d'aucun phénomène, mais il fait une sorte de phrénologie du visage, aussi empirique, aussi hypothétique et, je le crains bien, aussi fausse
(1) M. Ci. Bernard lui-même, dans sa récente Étude sur la physiologie du cœur, confirme la doctrine générale de Ch. Bell sur le râle principal du cœur dans l'expreision des paisionit
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que celle de Gall, où les muscles sous-cutanés remplacent les protubérances sous-crâniennes (1). L'opinion de ce physiologiste serait déjà curieuse à connaître pour elle-même ; ce qui la rend ptUs curieuse encore, ce sont les moyens qu'il a employés pour se la former et pour la persuader aux autres. Il a mis au service de ses recherches et des nôtres les découvertes et les instruments de la science et de Fart, rélectricitéetlaphotographiei rélectricité pour remplacer Tanatomie, la photographie pour remplacer la peinture. Les têtes que Lebrun proposait comme modèles ou comme exemples de l'expression des passions diverses sont des visages de fantaisie, quelques-uns même évidemment impossibles dans la nature. La photographie, qui a d'ailleurs tant de défauts, a du moins cet avantage sur la peinture qu'elle ne reproduit dans ses rudes épreuves que des mouvements possibles^ réels, actuels du visage. Or, on ne lui demande ici que ce dontelle est capable, l'exactitude. Les traits qu'on l'oblige à reproduire, une force extérieure et irrésistible les impose également au modèle; L'expression, ce je ne sais quoi si difficile à décrire
(1) Le mécanisme de la physionomie, par Bf. Duchenne (de Boulogne), avec planches photographiées. PariSj 1862;
n DE L'filPRËSSfON DES PASSIONS.
OU à saisir, qu'on exige du peintre et que nous cherchons, ce n'est pas à l'appareil, ce n'est pas à l'ouvrier, ce n'est pas à la volonté même du patient qu'on la demande, c'est à l'électricité. Rienn'est plus difficile, assure-t-on, à distinguer nettement que ces petits bouquets de fibres qui composent les muscles déliées de la face; ils s'unissent, se croisent, se mêlent et défient souvent par leur délicatesse et leur confusion l'œil et la main les plus habiles. De plus l'anatomie ne les surprend que morts et immobiles, il importe à l'étude de la physionomie de les voir vivre et agir. Veut-on les saisir en action sur le visage de l'homme, ce sont d'autres difficultés : sur le cadavre le muscle est visible, c'est son mouvement, son effet qui demeure inconnu ; sur le vivant on voit l'effet, le trait expressif, c'est la cause, c'est le muscle qui se dérobe. Enfin, parmi les muscles de la face, il y en a qui ne se contractent que três-difficilemçnt sous l'empire de la volonté et il en est aussi qui, soit par le fait de l'habitude, soit par celui de la nature, ne se contractent jamais seuls, mais en entraînent toujours quelques autres dans leur contraction ou sont entraînés par eux. Comment produire pour la facilité de l'observateur l'action
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des uns ou isoler Taclion des autres, afin Je connaître la valeur expressive de chaque muscle en particulier? M. Duchenne prétend disposer d'un moyen qui , moins brutal que Tanatomie, atteint et respecte le muscle vivant et même manifeste et augmente sa vie, qui isole l'action du muscle qu'il excite, si elle peut être isolée, et révèle ainsi son importance capitale ou secondaire. Ce moyen est le suivant : M. Duchenne, fort habile dans le traitement de certaines maladies ou difformités par rélectricilé, applique à ses investigations physiologiques le même agent dont il se sert si heureusement dans sa clinique médicale. 11 emploie l'électricité par induction; à l'aide d'un rhéophore, ilporlele courant excitateur sur chaque muscle déterminé sans solliciter ses voisins les plus proches, et explore ainsi séparément tous les organes mobiles do l'expression. Je laisse aux physiologistes de profession à décider si le procédé a bien toute la sûreté que lui attribue son inventeur. L'eût-il, il a quelques autres défauts pour l'objet qui nous occupe, mais qu'il n'est pas temps de signaler. M. Duchenne estime que sa méthode intéresse également la physiologie, car il pense découvrir ainsi de nouveaux muscles ou mieux déterminer
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les anciens et leurs effets respectifs, la psychologie, en tant qu'elle traite des rapports de Târae et du corps, des passions et de leurs signes, enfin les beaux-arts, car il enseigne aux artistes avec plus de précision le jeu et la valeur expressive des muscles et des traits du visage. De ces trois résultats le premier est le plus certain, si toutefois le rhéophore a la délicatesse qu'on lui attribue, traverse la peau sans rinléresser et concentre son action sur le point voulu sans causer au patient une douleur qui puisse troubler le calme des autres muscles et corrompre le résultat de l'opération. L'ensei* gnement psychologique est au contraire le plus incertain.
A l'aide de cette méthode, M. Duchenne prétend avoir découvert qu'il y a des muscles dont la contraction isolée au milieu du calme de tout le visage eitprime complètement certaines passions sans l'auxiliaire d'autres muscles; qu'il y en a dont l'expression incomplète et indécise a besoin, pour manifester clairement une passion déterminée, de la contraction complémentaire de quelque autre muscle qui en commente le sens ; qu'il en est enfin dont la contraction isolée est absolument inexpressive. Les premiers, aussi rares que les derniers^
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n'en ont que plus de valeur. Ce seraient les muscles du front ou les plus voisins du front qui auraient cette vertu d'exprimer séparément et complètement une passion déterminée, à savoir le frontal qui ride le front d'une lenïpe à l'autre, Vorbiculatre palpébral supérieur qui abaisse la paupière supérieure avec le sourcil et creuse à la base du front entre les deux yeux des sillons perpendiculaires, le sourciller qui gonfle le sourcil vers sa tôte et en brise la courbe naturelle et le pyramidal du nez qui forme à sa racine une espèce de bourrelet horizontal avec la peau qu'il ramasse. Les muscles que Ton pourrait appeler muets sont les muscles des oreilles et le muscle canin qui ne se contracte jamais seul. Chacun des autres muscles en bien plus grand nombre qui se meuvent sur la face ne fait que, concourir à l'expression d'une passion quelconque, soit qu'il ait besoin de l'auxiliaire de quelque autre pour préciser et compléter son langage, soit qu'il commente au contraire celui d'autrui. En tous cas, c'est toujours un seul muscle, selon M. Duchenne, qui dessine le trait fondamental, l'autre n'est que secondaire, et il est au moins tfès-rare qu'il soit besoin de plus de deux muscles pour exprimer complètement
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une passion. Colle règle n'empêche pas qu'un plus grand nombre de muscles ne puisse et même ne doive en réalité se conlracter simultané* ment pour exprimer une passion complexe. Il en résulte enfin qu'il y a des muscles d'expressions contraires, qui/se contraclant simultanément, ne produisent que des grimaces, comme deux mois qui, même associés selon les lois de la grammaire n'éveilleraient aucune idée dans l'esprit. Quels sont les états de l'âme qui auraient dans celle théorie le privilège d'avoir des muscles attitrés et d'infaillibles interprèles? Le frontal serait le muscle de l'attenlion; l'orbiçulaire palpébral supérieur celui de la réflexion, de la méditation, de la contention d'esprit, selon l'intensité de sa contraction ; le sourciller serait le muscle de la douleur et le pyramidaldunez celui de l'agression. Le front en général, jusqu'aux yeux exclusivement, serait la plus éloquente, quoique la moins mobile des parties du visage. Que la psychologie ne s'avise pas de conclure, si tentante que soit l'induction, que les passions exprimées complètement par ces muscles de la région frontale sont des passions simples, essentielles et primitives, tandis que celles qui ont besoin pour se traduire du
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concours de plusieurs muscles sont des passions complexes et secondaires, car elle serait singulièrement déroutée de trouver si peu de passions élémentaires et de les trouver telles. Quoi qu'il en soit, le signe caractéristique de Tattention serait l'élévation et la courbure en arc du sourcil, résultant de la contraction du frontal, avec une plus grande ouverture de Toeil et des rides transversales au front comme conséquence , le reste du visage en repos. L'abaissement en ligne droite et le rapprochement des sourcils avec deux plis verticaux entre leurs têtes et une moindre ouverture de l'œil exprimeraient la réflexion ou l'attention à un objet intérieur. Le sourcil plus abaissé vei*s le nez que vers la tempe, le grand angle de l'œil plus aigu et des plis transversaux à la racine du nez signifieraient l'intention agressive du méchant. Le sourcil gonflé vers sa tête, formant un angle à côtés inégaux, l'un plus petit s'élevantdu nez vers le sommet de l'angle, l'autre plus grand s'abaissant du sommet vers la tempe avec des plis transversaux sur la partie moyenne du front exprimerait la soufl^rance.
Les autres passions, que le moraliste les juge simples ou composées, auraient besoin de plus
d'un muscle et comme de plus d'au mot pour être traduites intelligiblement.
Le grand jsygomatiqiœj que M. Duchenne dis<tingue soigneusement du petit, en dédoublant ce que d'autres physiologistes confondent en un seul muscle et une seule expression, n'exprime la joie qu'incomplètement : l'élévation et l'obliquité de la commissure des lèvres, un sillon dessinant une courbe convexe en dehors, du nez au coin de la bouche, une légère élévation de la paupière inférieure et des rides rayonnées à l'angle externe de l'œil, tous ces traits, résultant de la seule contraction du grand zygomatique qui tire la joue en haut et en arrière, ne rient qu'à moitié, rient ma], tant que la contraction de l'orbiculaire de la paupière inférieure qui n'agit jamais seul n'y ajoute pas le trait de la bienveillance complémen* taire du rire et de la joie. Reconnaissez la fausse amitié et la démonstration banale de l'homme du monde à ce sourire de la joue et de la bouche que la paupière inférieure nô marque pas du sceau de la sincérité. Le transverse du nés serait le muscle de la lubricité, mais vous ne reconnaîtriez qu'imparfaitement le désir de la volupté à l'obliquité de l'aile du nez tirée en haut
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et en avant avec la portion supérieure du sillon naso-Iabial, à la narine retroussée, aux plis de la peau courant sur les deux faces du nez parallèle* ment à son épine ; il faut, pour éclaircir ce langage, que le grand zygomatique ajoute à ces traits le rire sans bienveillance. Le triangulaire des lèvres est le muscle de la tristesse, mais le consiric^ teur des narines doit compléter l'expression seulement ébauchée par l'abaissement du coin des lèvres et rallongement du sillon qui descend de la narine. Le petit zygomatique pleure, mais aussi imparfaitement que rit son voisin le grand zygomatique; au retroussement de la lèvre supérieure, à la sinuosité du sillon naso-labial, au gonflement de la pommette, à l'élévation de la paupière inférieure que produit le refoulement des tissus de la joue doit s'ajouter la contraction du sphincter des paupières pour que le pleurer soit franc, ou de Vélévateur commun de la lèvre et du nez pour pleurer à chaudes larmes. Vabaisseur de la mâchoire inférieure exprime Fétonnement, mais le frontal doit compléter le sens de la bouche béante par Télévation des sourcils et une plus grande ouverture des yeux. Le peaucier^ qui tire obliquement en bas et en dehors la peau de la
portion inférieure du visage et rétracte les parties auxquelles elle adhère, n^exprime la frayeur que commenté, lui aussi, par la contraction du frontal. Enfin quelques muscles ne jouent jamais le rôle principal, mais complètent et commentent le langage des autres, comme les muscles moteurs du globe de l'œil.
M. Duchenne est si bien convaincu d'avoir dressé un véritable alphabet du langage des passions dont chaque lettre est un muscle, et même, grâce aux combinaisons physiologiquement possibles des diverses contractions musculaires, une grammaire de ce langage, qu'au nom de ces règles grammaticales d'un nouveau genre, il accuse certains statuaires de l'antiquité d'avoir commis dans les œuvres les plus belles et les plus admirées ce qu'il appelle des fautes d'orthographe. Et il n'est pas impossible que, pour quelques-unes au moins, il ait raison. Ainsi il accuse YArrotino ou le Bémou* leur et le Laocoon de Rome de porter un solécisme sur leur front. Chez le premier, pense-t-il, les rides qui en occupent toute la largeur ne s'accordent pas physiologiquement avec l'obliquité du sourcil ; le sourcil oblique de la douleur ne peut s'accommoder de rides transversales au front,
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qu*autant qu'elles n'en dépassent point la portion médiane, car la contraction du sourcilier ne permet pas une si forte contraction du frontal. Les rides de l'attention sillonnant le front dans toute sa largeur demanderaient à leur tour un sourcil élevé et arrondi, car )a contraction du frontal a pour effet d'élever le sourcil par le milieu en tirant la peau du front. De In, outre l'incorrection physiologique, une expression incertaine qui légitime le doute des critiques sur Tinlention de l'artiste et le caractère du personnage. Est-ce Técorcheur de Marsyas? Est-ce l'esclave qui a découvert la conjuration de Gatilina? La contraction du frontal plaide pour l'espion, celle du sourcilier pour le bourreau. De même 'e Laocoon souffre bien par ses sourcils obliques, mais il paraît que les rides entières de son front ne peuvent pas plus s'accorder physiologiquement que celles du Rémouleur avec un sourcil obliquement conlraclé. Que ses rides se raccourcissent, ou que son sourcil s'élève en s'arrondissant. Si la grammaire régente jusqu'aux rois, M. Duchenne doit avoir raison contre les artistes qu'il corrige au nom de la physiologie, mais à ce litre seul; et la Niobé qu'il accuse de ne porter ni sur son front poli ni dans ses sour-
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cils unis le signe de la douleur, doit sortir victorieuse et sans ride de cette accusniion, car ella ne commet pas plus de faute contre la physio^ logie avec son front immobile qu'un muet contre la grammaire, et elle souffre assez si elle souffre par sa pose, et désespère par tout son corps, si la fable a fait une fiction heureuse, poétique et même vraie, en métamorphosant en pierre Fin* sensibilité de son extrême douleur. Donc, que tout ce que condamne M. Duchenne au nom de l'impossibilité physiologique et de l'antagonisme du frontal et du sourcilier ou de tous autres mus* clés soit ou non justement condamné, c'est une querelle à vider entre artistes et savants. Mais, pour qu'on accepte ses affirmations sur le sens particulier des traits et des muscles du visage, quelques preuves ne seraient pas inutiles.
Or, c'est par la démonstration que pèche cette ingénieuse théorie, dans ses principes comme dans ses détails. Voyons comment M. Duchenne procède pour découvrir et pour prouver. C'est le rhéophore qui cherche et c'est la photographia qui démontre. Il choisit un sujet insensible autant qu'il se peut à la petite douleur de l'électricité ; (cette éminente qualité du principal patient de
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M. Duchenne, à peu près paralysé de la face» est la seule excuse de sa trop grande laideur). Il l'observe et nous le montre d'abord» la physionomie en repoSy et ne révélant que le oalnie actuel de son âme. Sous la peau de ce visage immobile» il va toucher de son instrument le muscle frontal, ou bien le sourciller, ou le pyramidal, ou tout autre muscle isolément ; celui-ci se contracte sans aucune participation de la volonté du patient, et le physiologiste, se faisant photographe, saisit au vol ce mouvement, le fixe sur le verre ou le papier et le met sous nos yeux. Voyez maintenant, ditil, comme cette même figure qui, tous les muscles au repos, n'exprimait aucune passion actuelle, exprime maintenant par la seule contraction du frontal l'attention, par celle du sourcilier la douleur, par celle du pyramidal la méchanceté. Je ne dis pas non, mais vous ne le prouvez en aucune manière, pas plus que Lebrun, pas plus que Gureau de la Chambre, ou M. Moreau ne prouvaient que les traits, dessinés par leur crayon pMi 44' crits par leur plume, exprimaiefit .ré^Jlçinswt Ifs passions dont» i}s,^s jdisaiônlriBlçiï)rfttQ$4 YPH? ft» appe)ô?. Benhmfi^^ i PQtre J^gSBjwi^ çopfjnî.^ jls en^appeMùmit w ^ôtre. En,eff<^:t, cet bçnwwdidppt
le front se plisse, n'éprouve rien dans l'âme, et vous pouvez, dites-vous, remplacer la face du vivant par le masque inerte et la tête décollée d'un mort de fraîche date ; vous lui supposez une passion à ce vivant ou à ce cadavre, comme Lebrun imagine un visage à la passion qu'il conçoit. Je trouve bien plus concluant le spectacle du premier visage venu dans une foule attentive; là, je ne suppose pas une passion invisible, je sais qu'elle existe, et les traits que je vois sur ce visage ne sont, eux non plus, ni imaginés par un artiste, ni provoqués artificiellement par une force extérieure et aveugle, ils sont bien le signe ou du moins un signe de l'attention, puisqu'ils en sont un effet ou un symptôme. Cette physionomie vivante de l'attention, est-elle semblable à ce masque galvanisé? Ce visage attentif , ses autres traits mis à part, se distingue-t-il comme la face de votre sujet par la contraction du frontal? Tous les visages animés de cette foule attentive ont-ils bien comme trait -Mïidtrniental et actuellement caractéristique le ?#ohlâlncÀbtrû(«é*iVoilà. ce qu'il faudrait établir I^^o^^'âivoir 'Iei<4r^i^ 'dfaffii^nilei^^itôi le ^frontal est le ^feâëèk^'^. Vm«énlkm ' ô^de^'i stomtiiifdrj^elui' ^clq 4a ^«èbl«QWigibd»\.âi'^toui;^.69i(:jAmasiiQlteb
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en proie à la douleur trahissent leur attention » les unes par la contraction du frontal, les autres par celle de quelque autre muscle, si, dans cette foule sanguinaire ou sensuelle, vous voyez des pyramidaux lâches ou des transverses détendus, des nez sans bourrelet à leur racine ou sans sillons parallèles à leur arête, c'est que la contraction des muscles transverse, pyramidal et frontal est peutêtre bien un signe de la lubricité, de la méchanceté, (le l'attention, si elle éveille en votre esprit l'idée de ces passions, mais que ces passions savent aussi se traduire par d'autres interprètes. C'est que peut-être la nature n'a pas attaché le jeu d'un muscle du visage à celui d'une passion de l'âme, comme elle a fait de l'œil l'organe exclusif de la vision.
Le docteur Braid faisait sur les sujets qu'il plongeait dans l'état d'hypnotisme des expériences très-simples et dont il tirait je ne sais quelles conséquences illégitimes. 11 leur inspirait ou prétendait leur inspirer des idées ou des passions, en plaçant ses cataleptiques dans de certaines attitudes que gardaient fidèlement leurs membres dociles. La nature de ce sommeil artificiel est ici hors de cause, mais on conçoit que, si la passion et le
signe sont associés Tune à Tautre par la nature ou par rhabilude, la production du signe physiologique puisse exciter dans Tâme la passion qu'il exprime, comme le mot qui représente une idée * peut la susciter à son tour. M. Duchenne, laissant de côté tout autre procédé du docteur Braid, pourrait faire sur ses sujets des expériences analogues qui, selon leur succès» fortifieraient peut-être sa thèse encore trop hypothétique. Il pourrait choisir des sujets inintelligents et novices qui n'eussent pas entendu dire et répéter dans son cabinet les aphorismes de sa doctrine, par exemple que le nez est le siège du signe des désirs lubriques ou que l'ironie contracte les joues à l'image du joueur de trompette. Il pourrait avec son rhéophore solliciter sur leur visage le muscle transverse du ne», la houppe du menton ou le buccinateur et sonder indirectement l'état de leur âme. Si des idées voluptueuses, sceptiques et moqueuses se trahissaient dans leurs discours, ils donneraient certainement aux différentes parties de la thèse psychologique de M. Duchenne une sanction qui lui fait jusqu'à présent défaut. Mais il ne parait pas que la sanction lui doive venir de ce côté, car le modèle favori de M. Duchenue, interrogé sur ce qu'il éprou-
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vait pendant qu'on avait contracté violemment sur sa face les muscles de la douleur ou de Teffroi, le sourcilier, le frontal ou le peaucier, répondait que, bien loin de souffrir ou de songera la douleur, il avait eu quelque peine à s'empêcher de rire. M. Duchenne apprend donc admirablement aux artistes ce qu'il appelle l'orthographe delà physionomie, il décompose habilement les mots et les lettres de ce langage, il en analyse finement la construction grammaticale, mais quand il s'agit de déterminer le sens de ces éléments, l'électricité et la photographie ne sont plus d'aucun secours et le physiologiste, trahi par ces deux instruments, ne fait pas autrement que ses devanciers, après avoir promis bien davantage ; comme eux, il en appelle, pour prouver sa théorie, à Tinprétation des témoins, à l'expérience, à la divination, et ses conclusions sont entachées du même défaut que celles de Lebrun, de M. Moreau et de tant d'autres.