‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 16 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

QUE l'intelligence DES SIGNES DE LA PHYSIONOMIE EST ACQUISE ET NON INSTINCTIVE.

Plus on étudie avec altenlion les rares écrits des artistes, des critiques ou des physiologistes de tous mérites sur l'expression des passions par le visage, plus on est frappé de la disproportion qui se révèle entre la science que le plus ignorant croit posséder, sans l'avoir apprise, du langage de la physionomie et celle que possède en réalité le peintre le plus habile ou le plus savant médecin. A quoi se réduit, en effet, la science positive de Léonard de Vinci et de Lebrun, de Winckelmann et de Burke, de Bichat et de Ch. Bell? A quelques

notions générales , presque toujours dénuées de preuves, sans précision et souvent contradictoires. Leur demande-t-on comment se traduit sur le visage une passion de Fâme, une passion quelconque; déjà commencent Fincertitude et le désaccord. Chaque passion , dit l'un, a son muscle et chaque ride sa signification ; le sens d'un visage humain, dit l'autre, est bien moins dans chaque trait isolé de ce visage que dans l'ensemble, et l'interprétation n'en doit pas être l'association inintelligente d'une passion de l'âme avec un pli de la peau. Veut-on savoir comment se traduit une passion déterminée, quel est le sens d'une ride, d'un trait, de tout un visage : le dédain siège sur ses lèvres, dit Winckelmann parlant de l'Apollon Pylhien; entre ses lèvres, dit Lavater ; il gonfle ses narines, dit M. Mor^au ; le dédain a pour interprètes les fibres de la houppe du menton, ditM. Duclienne. Le mépris; dit Lebrun, se représente par des sourcils froncés, des yeux fort ouverts. Le mépris, dit M. Duchenne, a pour muscles expressifs les palpébraux qui ferment ou rapetissent les yeux. Dans le mépris, dit enfin M. Moreau, un des angles des lèvres, une aile du nez est élevée, l'œil du même côté est fermé à demi. Est-il possible d'imaginer

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