‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 18 sur 49 · QU'ON ACQUIERT L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

QU'ON ACQUIERT L'INTELLIGENCE

cle comme chaque fonction vitale a son organe. Il ne paraît pas en effet que la passion exerce une influence directe sur un tel muscle, ni même sur une telle parlie du visage ; il semble plutôt qu'elle agisse sur quelque organe intérieur et modifie quelque fonction de la vie animale, de telle sorte que les instruments superficiels et visibles de celte fonction, excités par son trouble ou s'accommodant à ses besoins, révèlent indirectement Tétat de Tâme. On s'engage donc dans une mauvaise voie quand on prétend assigner à chaque passion un muscle pour interprèle et attribuer à chaque contraction du visage une signification nette et précise. Les muscles de la face ne sont pas semblables à des voyelles dont chacune à part rend un son, ou même à des mots dont chacun représente une idée propre; ils ressemblent bien plutôt à des consonnes qui ont besoin pour être qu'une autre lettre les anime ; ce n'est qu'en se complétant et se vivifiant les uns les autres qu'ils ont ou qu'ils acquièrent une signification. Aussi est-il impos* sible de voir dans la théorie de M. Duchenne (de Boulogne) autre chose qu'une nouveauté ingénieuse qui séduit surtout par l'appareil accessoire et le semblant d'une démonstration; tandis que

le livre de Ch. Bell devrait être médité par quiconque essaye de faire parler le visage de rhomme, par les philosophes aussi bien que par les artistes, car, sous une apparence plus légère et sous le prétexte de l'esthétique, c'est un des plus beaux monuments de la science des rapports du physique et du moral.

Les passions de l'âme ne se bornent pas toujours à exercer sur le corps cette passagère et bénigne influence qui consiste à crisper ou à détendre la lèvre ou le sourcil; quelquefois elles portent un trouble durable et dangereux dans l'économie. Or, quaiid une passion produit de tels effets sur la machine, ce n'est pas nécessairement et infailliblement sur un tel organe déterminé que s'abat la funeste influence ; mais, suivant la structure et la susceptibilité de la machine individuelle, elle affecte cette partie plutôt que cette autre, l'estomac ou le foie, la tête ou le cœur. Pourquoi donc l'action habituelle et inoffensive des émotions de l'âme sur la machine corporelle ne se porteraitelle pas aussi de préférence , selon les caprices individuels de l'irritabilité des nerfs ou la mobilité des muscles, sur des parties difiTérentes de l'organe principal de l'expression^ sur les lèvres plutôt que

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