‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 2 sur 49 · LE PROBLÈME PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME PSYCHOLOGIQUE

toutes ses métamorphoses à venir, le premier mot; comme Tœuf enferme l'embryon.

Qu'il soit permis au plus obscur de ceux qui se sont voués à l'étude de l'homme de ne pas se trouver satisfait de cette solution , de lui reprocher le plus grave de tous les défauts, le vague et l'obscurité, de revendiquer la compétence de la philosophie dans l'examen du problème et la part, la très-grande part de l'homme dans la formation du langage.

La philologie, qui veut être si positive, ne se paye-t-elle pas d'un mot et ne prend-elle pas une comparaison pour une raison, quand elle assimile le langage et son histoire au mystère le plus impénétrable, à la chose dont nous savons le moins l'origine, un* être organisé? Quoi qu'il en soit de cette doctrine, fût-elle claire, vraie, incontestable, il est une chose que la philosophie ne saurait accepter; c'est que l'origine du langage soit une question qui doive désormais lui être étrangère, qui la dépasse parce qu'elle ne saurait reconstruire le passé qu'en rêve, et qui ne relève plus que de la philologie.

Il est bien vrai que la philosophie a, sur cette question comme sur beaucoup d'autres, abusé de la spéculation; il ne Test pas qu'elle y soit déci-

dément incompétente sous le prétexte qu'il s'agit de faits passés qu'elle ne peut observer et ne doit pas conjecturer, et qu'il lui faille attendre, patiente et immobile, les arrêts de la philologie, sous prétexte que la science des langues a seule droit d'enquête et de décision quand il s'agit de langage. 11 ne serait pas malaisé de prouver, au contraire, qu'aucune science, pas même la philologie la plus profonde, n'est plus compétente que la philosophie à rechercher l'origine du langage. La philosophie n'est pas toujours et de toute nécessité raisonneuse ; elle peut et sait se faire observatrice. Elle aussi a des faits à produire, elle aussi est une science positive, au sens le plus étroit et le plus récent de ce mot ; seulement les faits qu'elle recueille n'ont point de date, ils n'appartiennent ni au temps ni à l'histoire, ils n'ont pas été, ils sont, ou mieux ils ont été, ils seront, ils sont de tous les temps, car ils sont de tous les hommes. Rechercher l'origine du langage en prétendant raconter les premiers jours de l'humanité ou dresser le vocabulaire de la première langue humaine, voilà où toute science échouerait ridiculement, la philologie comme la philosophie. Un passé si lointain est voilé de nuages impénétrables parce

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qu'il ne ressemble pas au présent. Mais le philosophe peut et il peut seul faire de l'origine du langage une question d'expérience présente, d'observation actuelle et journalière, C'est à la condi * tion d'en chercher la solution, non dans des faits qui ne sont plus et qui n'ont pas laissé derrière eux une trace assez visible pour que l'historien puisse la suivre, non dans quelque langue dès longtemps éteinte et dont les débris sont entassés sous les débris de plusieurs langues comme elle disparues et oubliées, mais dans la nature humaine. Là le passé ne diifère pas du présent; ce qui est vrai aujourd'hui de l'homme, non pas de tel homme, était vrai du premier comme de celui qui vit & cette heure et le sera du dernier. Or, les vraies origines, les plus authentiques et les plus anciennes, ne sont pas celles qu'on trouve dans l'histoire, car, si reculé qu'en soit le passé, elles ont toujours un avant ; ce sont celles qui plongent dans l'éternelle nature des choses ou de l'homme des racines sans cesse renaissantes. C'est dans ces faits toujours présents de l'homme qui vit et qui parle, de l'enfant qui nait et apprend à parler, que le philosophe peut et doit chercher l'origine du langage.

PE L'OAlOINfi DU UN6AQE. Il

N'imitons pas ces hardis spéculateurs qui, sous le prétexte spécieux mais erroné qu'il s'agit de faits perdus à jamais pour l'observateur, pré* tendent trancher par le raisonnement cette question d'origine et déclarent que le langage est une institution divine, parce qu'il est impossible à l'homme d'inventer le langage. Rien n'est malaisé comme de décider en de certaines matières ce qui est absolument impossible. Il est impossible de trouver une commune mesure entre le rayon et la circonférence d'un cercle, cela se démontre; mais personne n'a encore bien prouvé qu'il fût absolument impossible à l'homme d'inventer le langage. Il y a bien des choses qu'on a proclamé l'homme incapable de faire et que , depuis cet arrêt d'impuissance, il a bel et bien faites. Peut-être ne déclare <»t*- on l'humanité inoapa* ble de l'invention du langage que parce qu'on ne s'aperçoit pas qu'elle en fait chaque jour la découverte dans la personne de chaque enfant qui vient au monde et y apprend à vivre et à parler.

On afSrme souvent que l'homme ne peut pas ftiire parce qu'on ne se rend pas bien compte de ce qu'il fait. Dans l'ordre même des idées qui nous occupent, l'homme fait beaucoup de ebosés qu'on

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