LK PROBLÈME PSYCHOLOGIQUE
ne le soupçonne pas de faire et qu'on déclarerait volontiers impossibles. Par exemple chaque enfant nouveau-né ne crée pas de toutes pièces la langue de son pays, mais on ignore, parce qu'on ne l'observe pas d'assez près, tout le génie que dépense cette petite créature durant son instruction première. Pendant ses premières années, l'enfant qui apprend à parler fait des prodiges d'intelligence et d'invention ; on croit que son esprit passif ne fait que recevoir la science et l'art merveilleux qu'on lui enseigne; regardez de plus près et vous veiTez qu'il invente lui-même la meilleure partie de ce que vous pensez lui apprendre. Si l'on ne songeait à Nécessité l'ingénieuse y si l'on oubliait de quels secours est entouré l'enfant qui commence à vivre, il faudrait dire que durant ces premières années l'enfant fait plus de découvertes que n'en font en un siècle tous les savants de la terre. Sachons mieux ce que fait l'homme pour mieux juger de ce qu'il peut ou ne peut faire.
Cependant nous ne pouvons instituer comme le roi Psamméticus une expérimentation démonstrative et abandonner à eux-mêmes, sans nourrices qui rient et qui parlent, quelques enfants, quelques hommes, quelques générations successives, pour
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voir si elles inventeront des signes, quels signes et de quelle manière. D'une autre part le bon sens nous dit que» de même qu'il ne faut rapporter à une révélation, même naturelle, que ce que l'expérience est insuffisante à expliquer, ainsi on ne doit attribuer l'invention du langage à Dieu inspirant à rjiomme cet art avec la vie qu'autant qu'il serait reconnu impossible que l'homme en fût l'auteur. Contentons-nous donc de voir, mais de bien voir, avant d'attribuer le langage à une révélation naturelle, ce que fait l'enfant aux bras de sa nourrice et Thomme dans son milieu. Peutêtre verrons-nous les signes si indissolublement unis dans l'esprit de l'homme aux choses signifiées et la parole si étroitement liée à la pensée qu'elle exprime, ou dans l'enfant une intelligence si spontanée des signes aperçus sur la figure d' autrui , qu'il nous faudra reconnaître que l'homme est né de tout temps, puisqu'il nait aujourd'hui, en possession d'un langage dont il use comme d'un don. Peut-être y verrons- nous au contraire l'homme se servant de la parole et des autres signes avec assez de liberté, l'enfant mettant assez d'art et d'invention dans le premier usage des signes et dans le$ premières leçons
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qu'on lui donne» pour penser que rintelligenoe humaine n'est ni incapable dans d'autres circon« stances d'avoir fait plus encore, ni indigne d'être déclarée» tant sa coopération avec la nature aurait été grande» l'inventeur de la parole.
Ainsi le problème de l'origine du langage» inso* lubie comme problème historique» se tninsforme et devient une question de psychologie ; si l'obser* vation du présent ne le résout pas d^une façon complète et définitive, elle fournira certainement des lumières que la philologie elle-même aurait tort de mépriser. Nous nous proposons de recueil* lir quelques-uns de ces faits qui peuvent éclairer le problème de l'origine du langage et montrer que la philosophie n'est pas aussi incapable de le traiter sinon de le résoudre» que la philologie semble le croire*
( Tout signe suppose une chose signifiée» et» puisqu'il indique et révèle cette chose à l'esprit, tout signe suppose aussi une intelligence qui le saisisse et le comprenne (1).» On peut prendre comme point de départ de toute recherche ulté* rieure sur les signes^ cette proposition de M. Jouf-
(1) Nouveaux mélanges philosophiques, par M. Jouffroy; Faits •t peAfées 8Uf !«• sif nés.
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froy, dont l'évidence est incontestable. Telle» sont bien en effet les conditions nécessaires du signe, mais celles-là seulement sont nécessaires. On ne peut rien retrancher à cette définition étroite ; soit que Ton supprime la chose signifiée, soit que l'on supprime rintelligence qui comprend parle signe la chose signifiée, le signe n'est plus. Tout ce qui vient s'ajouter à ces conditions essentielles rend le signe plus commode, plus expressif, plus approprié à des circonstances particulières, faitdusigne laparoleou l'écriture, le cri ou le geste, le monument ou le ta* bleau, le symbole ouïe symptôme, mais ne le con* stilue pas signe.
Un signe est bien, par la définition même, un rapport entre deux choses, une chose signifiée et une intelligence ; mais peu importent et la matière du signe et la nature du rapport et l'origine de son institution et la nature de la chose signifiée et le caractère de rintelligence qui comprend le signe. La pierre, le bronze, la couleur, le trait, les choses, les personnes, les astres et les nuages, tout ce qui vit ou ne vit pas, corporel ou immatériel, tout est bon pour constituer un signe. Tout le monde comprend quelle différence résulte, pour l'usage, de la matière du signe; tumulus ou