‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 20 sur 49 · QU'ON ACQUIERT L'INTELLTGENGE · texte numérisé non relu

QU'ON ACQUIERT L'INTELLTGENGE

plus habiles et les plus savants eux-mêmes s'entendent mal entre eux et cherchent encore. Si les signes en étaient compris de tous sans aucune expérience, s'il y avait entre eux et les signes de la parole une différence radicale dans la façon dont nous en avons la compréhension, il ne devrait pas être si malaisé de dresser un catalogue de ces signes spéciaux, d'en décrire exactement la matière, le lieu, la forme et d'en définir le sens. Pourquoi, si nous comprenons instinctivement les traits de la face humaine, pourquoi ces quinze années d'expérience que M. Duchenne déclare avoir employées à découvrir que le sourcilier est le muscle de la douleur et le pyramidal du nez celui de la méchanceté, ce qu'il aurait dû savoir dès le premier jour et ce que nous saurions aussi bien que lui?

Pourquoi les incertitudes et les bévues des peintres et des statuaires quand il s'agit de plisser une lèvre ou de polir un front? Pourquoi surtout ces contradictions auxquelles nous venons d'assister ? Il semble au contraire, à voir tant d'efforts et si peu de résultats, tant de prétentions différentes et si peu d'accord, que le visage de l'homme, malgré sa mobilité, soit comme le masque indéchiffrable d*un sphinx. II est certain du moins

que la science que possède le vulgaire du langage de la physionomie n'est qu'un mélange de notions empiriques et banales, sans ordre, et surtout sans précision ; de telle sorte qu'il n'y a pas de langage à la fois plus expressif et plus obscur, dans la traduction duquel il soit plus facile de faire des contresens, qui renferme plus d'amphibologies, plus de dialectes etplusd'idiotismes, dont l'orthographe et la grammaire soient plus mal assises et plus mal connues des plus habiles. Ce n'est qu'un préjugé fondé sur l'apparence, invétéré par l'habilude et l'irréflexion, de croire que nous possédons l'intelligence innée du langage de la physionomie : c'est Texpérience de la vie commençant dès le berceau qui nous apprend à lire sur le visage de nos semblables les passions de leur âme.

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