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moins l'idée de la colère elle-même, qu'un visage courroucé ne parviendrait pas par sa seule puissance à susciter dans son esprit. Cette réserve même doit disparaître à son tour, et l'interprétation du signe visible de la colère être enlevée à l'instinct avec l'idée première de la passion, pour être rendue à l'expérience. En effet, Dugalt Stewart assure que, de même que toute émotion de l'âme produit sur le corps un effet sensible, de mêmelorsquenousdonnons volontairement ànotre physionomie une forte expression, nous ressentons dans l'âme, quoique faiblement, l'émotion correspondante à l'impression de nos traits. Il cite à plaisir Burke, qui disait sentir la colère s'allumer en lui toutes les fois qu'il en contrefaisait les signes extérieurs, etCampanella. CiO célèbre philosophe était un mime consommé, et imitait avec la plus grande facilité tous les masques et tous les visages. < Lorsqu'il voulait pénétrer les intentions de ceux auxquels il avait affaire, il composait exactement ses traits, ses gestes et tout son mainlien sur ceux de la personne qu'il se proposait de deviner; cela fait, il observait la nouvelle dispo* sition que prenait son esprit par ce changement. Par ce moyen il n'y avait pas un homme dont il
ne pût connaître les pensées et les sentiments» comme s'il eût été métamorphosé en cet homme même. x> Spor, à qui Dugald Stewart emprunte cet exemple illustre, ajoute même que c'est en détournant ainsi son attention de ses souffrances corporelles que Campanella put endurer la torture sans souffrir extraordinairement(i). Dugald Stewart applique cette loi à l'enfance et, en ajoutant les effets à ceux de la sympathie et de l'imitation, il explique la première intelligence qu'a l'enfant de la physionomie d'autrui par la gaieté ou le chagrin que suscite en son âme la grimace joyeuse ou menaçante imprimée elle-même sur son visage par l'imitation physique des traits souriants et moroses de sa nourrice, c S'il est vrai, dit-il, que les modifications particulières des traits qui caractérisent un air riant ou refrogné soient accompagnées, les unes d'une sensation agréable, les autres d'une sensation désagréable, et que la simple imitation de ces expressions extérieures ait quelque tendance à susciter les émotions dont elles sont les signes, il s'ensuit que, lorsque l'enfant reproduit par imitation ou sympathie l'air souriant ou sévère de sa
(1) Dugald stewart, op. ct(., p. l&l, note.