‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 31 sur 49 · DE L'UNION DE U PENSÉE · texte numérisé non relu

DE L'UNION DE U PENSÉE

fallait faire que juste au moment où il n'est plus temps. Mais entre toutes il en est une parliculîèrement importante. Il y a des gens à Tesprit desquels ridée du signe se présente avant l'idée de la chose signifiée ; il y en a d'autres à qui les signes ne s'offrent qu'après l'idée même de la chose : les uns pensent leur parole et les autres parlent leur pensée. Il est manifeste en effet , à entendre certains parleurs intarissables, que chez eux les mots appellent les mots et que les idées ne viennent qu'à la suite, tandis que chez d'autres, orateurs pénibles, la parole ne vient que longtemps appelée et comme contrainle par la pensée. C'est la perfection quand le mot ne précède jamais l'idée, mais ne tarde jamais à la suivre.

L'homme que chacun de nous peut observer en lui-même ne pense jamais mieux que quand il parle, il parle dès que l'assouplissement de l'organe vocal et une expérience suffisante de la vie lui permettent de parler, enfin, dès qu'il a commencé de parler, il pense rarement sans parler mentalement sa pensée, voilà les faits ; mais cette union et comme cette fusion de la pensée et de la parole n'est chez l'homme (iiit qu'une habitude acquise et invétérée. Si Tobservation de l'homme et de

Tenrant ne suffisaient pas à le démontrer, le sourd-muet serait la preuve vivante que la parole» toute prête qu'elle est à naître sur les lèvres de Tenfant et à servir de corps à la pensée, n'en est pourtant ni contemporaine, ni inséparable.

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