CHAPITRE IX
DE l'origine de LA PAROLE.
Pourquoi refuser obstinément à Thomme la puissance de faire une première langue, quand nous voyons Tenfant inventer en quelque sorte à mesure qu'il l'apprend sa langue maternelle et se créer même avec les sons ébauchés que lui permeltent d'arliculer ses faibles organes, avec les cris que lui fait pousser la nature, une langue enfantine et originale , ne fût-elle composée que de quelques syllabes informes ? Que manque-t-il donc à rhomme pour qu'il soit condamné à un mutisme éternel, si quelque miracle ne s'opère au dedans ou au dehors de lui ? Est-ce comme au poisson la
voix, comme au singe la puissance d'articuler des
sons, comme au perroquet la raison, ou Touïc
comme au sourd? Il a tout cela. Est-ce le temps?
Le temps, dit un proverbe, est Fétoffe dont la vie
est faite, la vie de l'humanité aussi bien que celle
de chaque homme. L'enfant avec le secours de sa
mère n'apprend pas, n'invente pas sa langue en
quelques jours, ni sans doute l'humanité la sienne
en quelques années. Du temps, quand il s'agit de
la vie de l'humanité et non de celle des individus,
on en peut prendre à loisir. L'homme n'est point
d'hier sur la terre; si les légendes de toutes sorles
ne vous suffisent pas, reculez encore le berceau de
rhumanité, ne soyez pas avare de siècles, mesurez
largement l'étoffe inépuisable. Car il ne s'agit pas
de fixer une chronologie analogue ou contraire à
telle ou telle autre, de déclarer que l'homme a
employé tant de siècles à former une première
langue et que, créé en telle année du monde ou
tant d'années avant un tel événement, il parlait à
tel jour. C'est dans la nature de l'homme et non
dans son histoire que nous cherchons l'origine du
langage, et nous croyons l'y trouver, car nous y
trou.vons la puissance de le faire. Le temps est
une condition extérieure et historique; or l'his-
toire, la science, rien ne prouve que le temps même ait pu faire défaut à l'homme dans la réalité.
Qu'est-ce donc ? C'est l'éternelle objection de Rousseau, de M. de Donald, que contre toute attente la philologie reproduit encore de nos jours, à savoir : la parole est un instrument si parfait que la parole semble être nécessaire à l'homme pour inventer la parole. Et voilà la philosophie condamnée à rouler dans un cercle ou à en sortir par la porte d'une révélation naturelle , sinon miraculeuse. A cette objection on a maintes fois répondu qu'il n'a pas sans doute été nécessaire qu'une première enclume tombât du ciel pour que l'homme pût forger avec elle les enclumes et les marteaux dont il fait usage aujourd'hui. Une pierre a pu lui servir de marteau, d'enclume, de hache, de couteau , comme en font foi les instruments de Vâge de pierre, pour fabriquer peu à peu avec ces outils informes des outils de plus en plus parfaits. Ce qui est acceptable dans cette objection, c'est que la parole , si grossière qu'on suppose une première langue , est encore un instrument trop parfait pour qu'il ait pu être form é d'abord sans l'aide de quelque instrument plus
M L'ÛRir.tNË DE LA PAROLE. 191
grossier. Or réduite à ces proportions, la difficulté disparait. Cet intermédiaire indispensable, il existe, ce sont les signes dits, à tort ou à rftiioii, naturels. Si rhomme a déjà à son service les cris inarticulés, le rire, les larmes et tous les signes de la physionomie, rien ne lui manque plus potir qu'il soit vraiment capable de se créer avec ce premier instrument un instrument plus parfait. 11 a la ratson qui perfectionne, la matière ouvrable, la voix articulée, il a le premier signe, le cri ou le trait du visage , il a enfin dans ce signe un modèlô à reproduire en Taméliorant. Non^seulement cet intermédiaire existe , mais il est permis de ôroife que rhomme n'est pas incapable d'avoir créé ce premier instrument et ce premier modèle; car, si la nature lui a donné tout faits ces signes primitifs, il n'est pas nécessaire de supposer qu'eUe les lui a donnés aussi tout interprétés, et il en est vraiment d'eux comme de la pierre que nous jugeons suffisante pour servir à Thomme de première enclume ou de premier marteau. Que l'homme ramasse un caillou sur le sol pour briser la coque d'un fruit, il n'est pas besoin de crier au miracle, de supposer qu'un instinct spécial le pousse à cet acte , comme si son intelligence
i92 DR L'ORIGINE DR LA PAROLE.
n'y suffisait pas, quand celle d'un singe y suffit bien :
Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte
L'homme n'a pas créé la pierre, mais il en fait un premier instrument; la matière de ce premier instrument est l'œuvre de la nature, mais Tapplicalion de cette matière à cet usage est l'œuvre de l'homme. Le cri, le rire, les larmes, la rougeur, la pâleur, c'est la pierre, c'est la matière que l'homme n'a pas faite, qu'il reçoit de la nature. Accordons que pour un certain nombre de faits physiologiques qui sont des signes compris de tous les hommes , cette matière première, le rire, la rougeur, ait élé destinée par la nature à l'usage que nous en faisons , toujours est-il que l'homme n'a pas nécessairement besoin que cet usage lui en soit révélé même naturellement par une faculté spéciale; c'est assez des leçons de Texpérience.
Si quelque empêchement s'oppose à concevoir ainsi la formation du langage de la parole, il ne provient pas de la nature de l'homme et de l'impuissance de sa raison. Peut-être est-il dans la nature même du langage et dans les lois de la pa-
roloy qui excluraient absolument l'idée de celte humble et humaine origine. En effet, quelques philologues prétendent aujourd'hui que des éludes comparatives, naguère inconnues, leur ont découvert dans une certaine constitution de toutes les langues un obstacle insurmontable qui ne permettrait d'attribuer à l'homme aucune participation intelligente à la formation du langage. Je n'ai pas la prétention de connaître comment les langues se forment, comment se sont formées surtout les premières ou la première ; mais, connaissant l'intelligence humaine , voyant ce que fait l'enfant et ce que fait l'homme, il me faut de bons motifs pour croire que l'homme est aussi incapable d'inventer la parole que la pensée. Quels sont ceux qu'on nous propose ? Bien loin de moi la présomption de critiquer ce qu'affirment M. Mûller ou M. Renan des langues anciennes ou modernes, sémitiques ou indo-européennes, j'ai trop bien le sentiment de mon ignorance. Mais à côté des faits philologiques il y a dans toutes les langues des faits psychologiques qui ne sont plus le domaine réservé du philologue, et au-dessus des faits l'interprétation dont la raison peut être juge. « Chaque langue, disent-ils, est emprisonnée
iU m L*OftiOtNE DE IX PAROLE.
une fois pour toutes dans sa grammaire, t^ Je n*ai garde d*en douter. Ils disent encore que la grammaire est la partie la plus importante d'une langue, et je le crois aussi docilement. Mais ce sont là des choses que je m'explique à peu près et qui ne me semblent pas renfermer les conséquences qu'on en tire. On distingue la grammaire et le lexique d'une langue ; cette distinction est ici plus que jamais importante. Une langue est pour la pensée , selon la plus vulgaire des comparaisons, un vêtement; mais c'est un vêtement d*une espèce singulière, qui a pour objet, non de la cacher, mais au contraire de la révéler, comme le voile d'un fantôme dont la nudité serait invisible. Pour cela, ce vêtement doit se modeler sur elle, en accuser par ses plis les contours ; s'il est trop flottant, il la cache ; s'il fait de faux plis, il la déguise. Il faut que l'on voie le corps sous le voile, cela seul est important , la matière dont le voile est fait n'importe guère. Le lexique, les mots d'une langue, c'est la matière dont est fait le voile ; la grammaire, c'est la forme, la coupe, le dessin du vêtement. On conçoit donc, si la pensée a des lois invariables, que la grammaire ait les siennes aussi inflexibles et qui en sont la copie : c'est le vêtement qui dessine les diffé-
rentes parties du corps qu'il liabille. On comprend que le langage suive la pensée de plus près encore et révèle, non plus seulement ses lois générales et essentielles, mais certains caractères importants de Tesprit dont elle émane : c'est le vêtement dont les plis s'adaptent plus habilement encore aux contours du moule; c'est la grammaire générale qui reproduit les lois universelles de la pensée ; ce sont les grammaires particulières qui peuvent représenter encore par leurs lois spéciales les caractères différents d'une race ou d'un peuple. Puisque l'homme, on le dit fort bien, n'invente pas la pensée, ni les nations leur tournure d'esprit, l'homme n'invente pas non plus la grammaire générale qui s'impose à toute langue, et il n'a qu'une influence très-modérée sur les grammaires particulières des races ou des nations, parce qu'il dépend moins encore d'un peuple que d'un individu de modifier son propre caractère. Mais les mots, les racines, le lexique a une autre origine, un autre sort. On comprend que la ma* tière dont sont formés les mots soit indifférente. Les racines peuvent avoir, du moins quelquesunes, leur raison d'être dans la disposition physique de l'organe vocal, dans la facilité des articu-
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lations, dans Tonomatopée, dans Tinnilalion des choses signifiées. Mais, sans parler de la possibilité d'autres origines, les radicaux que les circonstances proposent ou imposent à Tusage de riiorame ne représentent poinl, comme la construction de la phrase, la pensée mais l'objet de la pensée, et dérivent moins des lois de l'esprit que de celles du corps. C'est assez pour les besoins du langage que les racines rappellent les idées qu'elles^signifient. Or, toutes les racines et tous les mots. sont bons pour cet office. On peut donc lire les lois de l'esprit dans la grammaire générale ou particulière : cas, prépositions, flexions, tout cela reproduit de manières différentes ces lois de la pensée, tandis qu'on ne découvre pas ces lois par l'étude des racines. Ce qu'il y a de plus important dans une langue, dit-on, c'est la grammaire. C'est selon le but que l'on se propose et les questions que l'on agile. Oui, la grammaire est plus importante, si l'on prétend retrouver dans ses lois celles de la logique, dans son génie le génie d'une race ; elle est plus importante, parce qu'elle s'impose davantage. Mais le lexique est plus important, au contraire, si l'on cherche comment le langage peut être formé; car, quand
il s'agit de rorigine de la parole, c'est de l'origine des racines qu'il est question et non des lois grammaticales. Or, si la grammaire représente la nécessite, l'immobilité relative, le lexique représente la liberté, le choix et le changement. A ce point de vue, c'est le lexique qui constitue vraiment le langage.
Supposez un homme qui ignore complètement la grammaire d'une langue étrangère, chinoise ou japonaise, arabe ou hébraïque, mais qui possède quelques mots de son vocabulaire. C'est un de nos soldats que la guerre a jeté dans l'extrême Orient, et qui, au bout de quelques jours ou de quelques heures, a compris et retenu le sens de quelques sons nouveaux qui ont frappé son oreille. Suppo* sez un autre homme ignorant les racines, le voca* bulaire de cette langue, mais possédant à fond sa grammaire. Cette seconde hypothèse n'est pas, quoi qu'il puisse sembler tout d'abord, plus difficile à réaliser que la première ; elle vit et se meut près de nous : c'est le savant qui a étudié dans les livres une langue à caractères idéographiques, la lit et l'écrit, mais ne la parle pas et n'a jamais mis le pied en Chine. Lequel de ces hommes est le moins embarrassé pour se faire comprendre et
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comprendre les autreé? Le matelot, malgré sou ignorance de la grammaire, à Taide de ses queU ques racines plus ou moins bien articulées, se Mï donner à manger et à boire ; le savant avec toute sa science grammaticale sera muet et sourd, et sans le geste et Timitation courrait lô risque dé périr d'inanition. On raconte que, lors du séjour à Paris des ambassades annamite ou japonaise, un de nos plus savants sinologues, qui lit le chinois aussi couramment que le français, ne put eonverser de vive voix avec les ambassadeurs, mais correspondit avec eux sur le papier comme dauis sa langue mat^nelle* G* est qu^il ignorait lé son des racines. Or, la vraie langue est la langue po* pulaire, la langue qui se parle, non la langue qui s'écrit ; le langage primitif de Tenfance de l'huroatiité ou de Tenfance de l'homme, c'est le langage de la parole.
L'enfant n'a pas de grammaire encore ou du moins il n*en a pas d'autre que la logique de sa pensée, qui se traduit quelquefois par les solécis^ mes les plus raisonnables. Il n'en est guère plus embarrassé pour faire comprendre ses besoins, ses passions, ses petites idées. Les mots, les racines, les sons lui suifisènl pour désigner les objets
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et nous suffisent pour le comprendre. L'intelligence supplée à la grammaire absente, violée ou sous-entendue ; elle ne supplée pas aux racines, dont le son doit frapper l'oreille. Pourquoi en se* rait^il autrement de l'humanité que de l'enfant, et qui empêche qu'on ne s'en représente les premiers membres dans un tableau, mensonger peut-être, mais non pas impossible, en possession de quelques racines, sans s'inquiéter d'où ils les ont tirées, et échangeant à l'aide de ce langage imparfait leurs rares et pauvres idées? La vraie origine du lad» gage, c'est l'origine du lexique ; le fond de toute langue, c'est son vocabulaire. Or, de l'aveu même des plus savants philologues, on ne trouve pas dans le vocabulaire la même nécessité et la même fixité que dans la grammaire.
Je comprends mieux à présent cette coïnci*dence surprenante, comment M. Renan peut s'ac^ corder avec M. de Bonald pour déclarer l'homme incapable d'inventer le langage. C'est qu'il fait consister le langage dans la grammaire et voit dans la grammaire une loi inflexible qui s'impose à la langue dés le premier mot ; c'est que le lexique disparaît à ses yeux derrière la grammaire comme un élément secondaire du langage. Mais il
est impossible, quand il s*agit, non d'une question philologique mais de l'origine du langage, d'accepter cette subordination du lexique à la grammaire. La grammaire, issue presque tout entière de la logique, copie des lois de la pensée, s'impose à tous les mots pour donner aux racines leurs désinences et leur forme aux matériaux fournis par le lexique ; mais ce n'est pas elle qui crée ces matériaux primitifs, et elle a d'autant moins de puissance sur leur composition que la langue et l'homme sont encore plus près de leur berceau . S'il ne s'agit que de la grammaire, que l'on corn* pare une langue à un organisme vivant qui se développe en conservant le même type depuis le premier instant de son apparition jusqu'à sa décadence et à son extinction, rien de mieux; la logique et la psychologie, loin d'y contredire, s'accommodent de cette doctrine. Mais elles la repoussent comme hypothétique et erronée, s'il s'agit des racines qui sont le trésor d'une langue et sa partie vraiment expressive, puisqu'elles expriment seules les objets ou les idées variables et facultatives, tandis que la grammaire n'indique que les rapports logiques de ces idées entre elles. Il est impossible de souscrire à ces conclusions
de M. Renan : < La parole chez l'homme est naturelle et quant à sa production organique et quant à sa valeur expressive. Si l'on accorde, en effet, à l'animal l'originalité du cri, pourquoi refuser à l'homme l'originalité de la parole? Il serait absurde de regarder comme une découverte l'application que l'homme a faite de l'œil à la vision, de l'oreille à l'audition. Il ne l'est guère moins d appeler invention l'emploi de la parole comme moyen expressif. L'homme a la faculté du signe ou de l'interprétation, comme il a celle de la vue ou de l'ouïe. C'est donc un rêve d'imaginer un premier état où l'homme ne parla pas, suivi d'un autre où il conquit l'usage de la parole. L'homme est naturellement parlant comme il est ifialurelle ment pensant, et il est aussi peu philosophique d'assigner un commencement voulu au langage qu'à la pensée. Qui oserait dire que les facultés humaines sont des inventions libres de l'homme? Or, inventer le langage eût été aussi impossible que d'inventer une faculté. Le langage étant la forme expressive et le vêtement extérieur de la pensée, l'un et l'autre doivent être tenus pour contemporains. »
Personne assurément n'osera dire que les
2aS DK L*dRIGIM£ DE U PAROU.
facultés humaines sont des inventions libres de rhorome, mais le langage n*est pas une faculté. Nous avons le pouvoir d'articuler des sons, nous avons celui de représenter nos pensées par des signes sensibles, par ces sons articulés ; la faculté c'est ce pouvoir, le langage est le produit de cette faculté. Toutes les facultés sont naturelles, celle de raisonner, celle de choisir. Ce n'est pas à dire que tout raisonnement ou tout choix qui résulte de cette faculté soit naturel. L'homme n'invente pas la faculté de raisonner ni celle de vouloir, mais on peut bien dire qu'il invente la con* clusion de son raisonnement et crée la décision de sa volonté. Il n'invente pas non plus la faculté de parler, mais il pourrait bien inventer la parole, ou du moins (car l'homme ne crée rien et inventer pour lui n'est que découvrir par sa raison l'usage possible et peut-être prévu des créations de la nature) il pourrait déployer assez d'industrie personnelle dans l'intelligence des premiers signes pour mériter d'être reconnu, tant sa participation avec la nature aurait été grande, l'inventeur de la parole, yhorame ne peut faire évidemment que ce qu'il a la faculté de faire^ ce n'est pas une raison pour que riea de ce
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qu'il fail me lui appartienne, poui* que tout soit rapporté à la nature> ou, eomme on dit» au di^ vin y dont il ne serait que Finstrument. Disons, si l'on veut, que rhomme a la faculté d'inventer la parole ; mais ne disons pas, sans autres preuves, qu'il parle naturellement comme il pense et comme il voit.
La comparaison de la parole et de la vue est plus ingénieuse que juste. Je n'invente rien quand je vois, même quand je regarde ; j'ouvre les yeux, l'image d'un objet extérieur se peint sur ma rétine, le nerf optique s'émeut et je vois. Mais ouvrir la bouche, émettre un son ou une série de sons, même articulés, ce n'est point là parler ; c'est le matériel, le physique de la parole ; c'est la parole moins le sens ; ce n'est que le flatus vocis^ inintelligent et inintelligible. C'est peut-être bien un rêve d'imaginer un premier état où l'homme ne parla pas; mais ce qui n'est ni un rêve, ni une hypothèse, c'est qu'il existe pour chaque homme un premier état, l^enfance, où il ne parle pas, où il n'articule encore aucun son, où il ne pousse même ses cris que sans intention et sans conscience, où il ne comprend pas là parole de ses semblables et ne sait pas lire sur leur visage, où
le travail empirique de sa jeune intelligence attache peu à peu un sens à ses propres cris, «nux gestes et aux discours de ses proches, où il invente à moitié la langue que lui apprend sa mère, où son instinct ne lui révèle le mot d'aucune énigme, le secret d'aucun art, mais le porte à user, pour tout découvrir et pour tout accomplir, de sa raison naissante à l'école de Texpérience.