‹ De la physionomie et de la paroleChapitre 7 sur 49 · SELON L£S ARTISTES · texte numérisé non relu

SELON L£S ARTISTES

réalité ne fournit pas de complet modèle, tandis que la passion est une réalité vulgaire dont le signe s'étale sur tous les visages. C'est que le signe de la passion n'a peut-être pas l'unité et la précision que l'on pense, et que peut-être il existe aussi un idéal de cette réalité» plus insaisissable encore que celui de la beauté physique, parce que le signe matériel de la passion participe en quelque façon de l'immatérialité de la passion elle* même et de l'âme qui l'éprouve.

A son tour le physiologiste, à qui il ne suffit pas de connaître la structure des différentes parties du corps, mais qui en veut savoir aussi le jeU| la fonction et, s'il est un peu. philosophe, laHn ouïe dernier effet, ne se contente pas non plus de distin* guer et de décrire les divers rameaux nerveux qui rayonnent dans la face et les faisceaux musculaires qui en forment les chairs et le relief; en vrai disciple deGalien, il veutsavoir V usage des parties^ A quoi sert ce muscle? A abaisser la mâchoire inférieure. Pourquoi l'abaisser? Pour manger. C'est bien. A quoi sert cet autre ? A plisser la peau du front. Cet autre? A froncer le sourcil. Cet autre encore? A abaisser les coins des lèvres. Mais pourquoi abaisser les coins des lèvres, rider le front

OU le sourcil? Ces mouvements n'intéressent pas visiblement la vie animale; dans une machine si bien ordonnée ils n'ont pas seulement un résultat, ils ont un but : ces mouvements du corps expriment des mouvements de l'âme. Quelles passions expriment donc les contractions de ces différents muscles? Et voilà le physiologiste, comme le peintre ou le statuaire, étudiant le secret de la physionomie mobile et cherchant le rapport du signe et de la passion, l'un pour peindre l'âme, l'autre pour expliquer le corps.

Aussi, pour contrôler notre science de la physionomie et compléter en les commentant les leçons de la nature, nous pouvons consulter deux sortes de maîtres, les artistes, peintres ou statuaires, et les savants, anatomistes et physiologistes. Ce n'est pas trop, pour nous instruire, des œuvres de l'art et des travaux de la science ; car le scalpel est trop brutal pour ne pas faire envoler la passion du muscle qu'il atteint, et le pinceau, dans sa touche légère, doit être guidé sûrement pour loger Vamour ou le dédain dans un arc imperceptible de la lèvre ou de la narine.

Les artistes sont ici de plusieurs sortes : ceux qui ont produit leurs œuvres pour la postérité, lais-

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