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CHAPITRE III

DE l'expression DES PASSIONS SELON LES PHYSIOLOGISTES. — DOCTRINES DE MM. MOREAU ( DE LA SARTRE ) , CH. BELL, DUCHENNE (DE BOULOGNE).

Les médecins ou les savants, trop occupés pendant longtemps des vaines curiosités de la physiognomonie, ne dirigèrent que fort tard leurs recherches sur les signes physiques des passions de l'âme. On ne peut compta* même à litre de premier essai les deux volumes in-quarto consacrés aux caractères des passions par Cureau de la Chambre (1). Quoique médecin de Louis XIV et son physio-

(1) Cureau de la Chambre, conseiller et médecin da roi, Vart de connaître les hommes, 1653. — Système deVdme, 1664. — Des caractères des passions, 1658.

DE L'EXPRESSION DES PASSIONS. ai

nomiste attitré, Cureau de la Chambre, physiologiste ignorant au temps de Harvey, pitoyable philosophe et chiromancien crédule dans le siècle et dans le pays de Descartes, n'est qu'un écrivain prolixe. L'Anglais John Bulwer, contemporain de Cureau de la Chambre, jeta les bases d'une étude scientifique de la physionomie en donnant la description anatomique des muscles qui servent à exprimer les passions de l'âme (1). Son compatriote James Parsons, au siècle suivant, expliqua le jeu de ces muscles et comment ils produisent tous les traits et tous les changements du visage (2). Dans le même temps Buffon, avec le plus beau langage mais avec une science insuffisante, décrivait d'après Parsons les principaux organes de cette âme extérieure qui siège sur le visage de l'homme.

Camper, physiologiste distingué, disciple de Boerhaave et admirateur de Lebrun, mit au service du système du second la science qu'il avait reçue

(1) John Bulwer, Palhomyolomia, or a dissection of the significcUive muscles oflhe affections ofthe mitid, London, 16/19.

(2) James Parsons, Human physionomy explained, London, 1747. Cet ouvrage est aussi publié dans les Transactions philosophiques, appendice de 1746.

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du premier et la sienne propre (1). Il prétendait que chaque passion particulière agit sur un nerf cérébral déterminé , s'en empare en quelquQ sorte, l'irrite ou Tafifaiblit, et que cette influence débilitante ou excitante se propage avec lui dans tous les muscles où il se ramifie. Ainsi se contracteraient ou se relâcheraient les différents muscles de la face selon les nerfs que chaque passion intéresse, ainsi s'exprimerait cette passion sur le visage. Par exemple, la tristesse agirait, selon Camper, sur la cinquième paire de nerfs qui émerge du cerveau et la joie sur la septième. Ces renseignements sont précis et il n*y aurait plus qu'à suivre le cours de ces nerfs jusqu'aux muscles où ils se perdent respectivement pour déterminer nettement les muscles expressifs de la joie ou de la tristesse. Le malheur est que, si le principe de la théorie générale n'est pas impossible, la science anatomique et physiologique de Camper est trop

(1) Œuvres de P, Camper qui oni pour objet V histoire naturelle, la physiologie et Vanatomie comparées^ 3 vol. iii-8. H. J. Jansen. Paris, 1803, avec atlas. Voyez, dans le troisième •volume, Deuœ discours sur la manière dont les différentes passions se peignent sur le visage, lus à V Académie de dessin d'Amsterdam,

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défectueuse pour qu'on puisse ajouter la moindre foi à Tattribution qu'il foit de tels nerfs spéciaux à telles passions déterminées. Par exemple, cette cinquième paire de nerfs dont il fait Finterprète de la tristesse, il est constant aujourd'hui qu'elle est pour tout le visage l'organe de la sensibilité et ne met guère en mouvemqnt que la mâchoire ; que la septième, interprète prétendu de la joie, est le nerf facial qui excite pour les pleurs comme pour le rire et bien d'autres passions encore la presque totalité des muscle^ de la face.

Camper a voulu suivre l'ordre de dépendance at de succession des organes et des phénomènes corporels, descendre des nerfs aux muscles, rayonner du centre mystérieux de l'âme à la surface visible ; il fallait suivre l'ordre contraire, celui de nos sensations et de nos idées. Nous ne voyons pas l'âme agir sur le cerveau, nous ne voyons pas les passions exciter les nerfs, ni les nerfs à leur tour contracter les muscles ; nous ne voyons que les sillons creusés et les traits dessinés à la surface de la peau par les muscles qu'elle recouvre. C'est de là que nous remontons par la pensée jusqu'à l'âme qui trahit sa passion par la courbure de la lèvre ou du sourcil. Les muscles de la face sont le

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véritable alphabet du langage des passions; les nerfs font jouer successivement ou simultanément ces lettres différentes, comme les passions font jouer les nerfs, et composent ainsi les mots ou les phrases de cette langue visible ; les nerfs ne sont que des intermédiaires et, en définitive, si l'âme n'agit point directement sur les muscles, c'est elle qui sent ou qui pense, et ce sont les muscles qui parlent.

Plus de quarante muscles constituent l'appareil dontle jeu produit la physionomie. Encadrés en quelque sorte par quelques muscles puissants qui servent presque exclusivement à la vie animale, par exemple à la mastication, ces muscles expressifs, à la différence des autres qui se meuvent généralement sous la peau sans l'entraîner avec eux, adhèrent à la peau et la forcent dans leurs contractions à se plisser en différents sens selon la direction de leurs fibres.

Les principaux d'entre ces muscles , ceux dont le jeu a le plus de relief ou d'importance, sont, en commençant par le front : le frontal dont la contraction élève les sourcils et sillonne le front de rides transversales; le 5o?im/z>r qui rapproche le sourcil de la base du nez, ramasse et plisse la

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