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DES PASSIONS MIXTES OU HÉTÉROGÈNES

Nous mettons au nombre des passions hétérogène celles qui résultent de deux passions contraires qui se développent simultanément dans l'esprit. Telles sont :

La compassion.

La vénération.

Le dédain.

L'fiypocrisie.

L'hésitation.

La jalousie et l'envie.

La nijquerie.

La ruse.

De la Compassion et de la "Vénération.

Nous ne dirons qu'un mot de la compassion,

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qui est un mélange de tristesse et d'amoui", et qui môle aux expressions d'une douleur symbolique celle d'une bonté caressante. La vénération est un composé d'admiration et d'humilité; enfin l'adoration qui s'annihile devant l'objet, môle aux expressions passionnées de l'admiration et de l'amour, celle d'une humilité sans limite qui s'oublie et s'anéantit. Cette tendance à l'amoindrissement domine toute la théorie des prosternations, des génuflexions. Quant à l'acte par lequel nous joignons les mains dans la prière, il se rattache naturellement à la série des formes métaphoriques de la demande et de la supplication. L'analyse des formes visibles de la prière pourrait donner lieu à de curieuses remarques.

Le contraste qui résulte de ces combinaisons hétérogènes apparaît surtout dans les passions mauvaises.

C'est ainsi que le dédain, composé de l'amour de soi-même et du mépris d'autrui, détermine tous les mouvements de l'orgueil et du contentement, mais y mêle certaines expressions de dégoût. Ainsi, tandis que le dédaigneux se rengorge et se déguste , les lèvres semblent se préparer à l'expuition, l'œil et le nez indiquent l'indifférence

OU le mépris d'une chose extérieure; mouvements contradictoires, dissonances odieuses qui révoltent et sollicitent l'impatience. et la colère.

La înoquerie est toute voisine du dédain. C'est un mélange de joie rieuse et de mépris. C'est, si j'ose le dire ainsi, la joie et l'admiration du dédain. Aussi , son rire éclate-t-il au milieu des expressions du dégoût ou du moins de l'indifférence.

Vîronie est dans le langage une figure qui loue pour avilir davantage. De même, tandis que certaines expressions du geste semblent exalter l'objet de l'ironie, d'autres gestes le couvrent de mépris ou de colère. Je ne puis qu'indiquer ici ces choses dont l'importance exigerait d'autres développements. C'est aussi un acte d'ironie que d'élever sur un char triomphal et de couvrir des insignes d'un héros ceux qu'on expose à la risée populaire.

Mélange d'amour et de haine , la jaloime et Y envie expriment à la fois l'amour et la colère ou l'aversion. L'envie est un mélange de haine directe et d'amour symbolique. Le jaloux, voyant dans un même objet le but de son amour et l'obstacle à cet amour, aime et déteste à la fois. Le plus souvent, ces deux mouvements se partagent en

quelque sorte les organes de la face et du corps, les deux contraires s' associant ou plutôt se disputant cet empire où leur mélange ne produit qu'une expression tumultueuse.

Vhésltation est une sorte d'oscillation entre le désir et la crainte. Les jeunes chiens nous en donnent un exemple curieux, lorsqu'on leur présente un mets dont l'odeur les allèche mais dont la chaleur les blesse. Au moment où ils touchent à l'objet ils sont brûlés et reculent. Puis l'impression de brûlure cessant, l'odeur les sollicite et ils sont attirés de nouveau. Ils oscillent ainsi, et des mouvements d'impatience se mêlant à ces oscillations, il en résulte l'une des expressions les plus puissantes. Ces phénomènes ne sont pas moins apparents dans l'espèce humaine. Mais alors l'oscillation peut se produire non -seulement entre deux sensations, mais encore, si je puis ainsi dire, entre deux idées.

La ruse est une volonté cachée et réelle, qu'on dissimule sous les apparences d'une volonté trompeuse. Voulant aller en un certain lieu, on feint d'aller ailleurs et l'on y revient par un détour. De même un assassin caresse celui qu'il va frapper.

En vertu des règles que nous avons discutées plus' haut, l'intention principale ne peut jamais être complètement dissimulée. Quelque savant que soit l'art du fripon, il ne peut complètement éteindre les rayonnements de l'intention réelle, et tandis qu'il est attentif à modifier certains organes, celle-ci se fait jour par d'autres voies. C'est ainsi qu'à des degrés différents, tout trompeur témoigne contre lui-même.

Voilà comment la duplicité de la volonté se traduit par l'ambiguïté d'une expression double combinant ou plutôt associant deux éléments contradictoires. Aussi, les gens qui savent observer éprouvent- ils pour ceux qui la présentent une irrésistible aversion. Un regard caressant que des oscillations soudaines rendent par moments méditatif, un sourire qui ne meut que les lèvres avec une expression de mépris dans les narines, des mouvements d'orgueil dans le visage et d'humilité dans le corps accompagnent la fausseté et la bassesse. Je ferai -remarquer ici cette irrésistible tendance que les fourbes , au nombre desquels se rangent les hypocrites, ont àfcrmer à demi les yeux, comme si en dissimulant la direction de leurs regards ils pouvaient cacher celle de leurs pensées.

En nous résumant : de l'homogénéité des expressions dans les gestes du corps et du visage, résulte la physionomie de la franchise; de leur hétérogénéité, celle de la duplicité.

Je pourrais pousser beaucoup plus loin ces remarques, mais ce serait se perdre dans l'infini. Mon but n'est point de décrire ici toutes les combinaisons que peut réaliser la physionomie de l'homme et des animaux; j'ai voulu seulement établir par l'observation et par le langage les bases de ce langage admirable. Les remarques dont la coordination forme le sujet de ce mémoire ne donnent, en effet, si je puis ainsi dire, que des caractères élémentaires qui, se combinant, se mêlant en cent manières, en mots, en phrases, en périodes, racontent les mouvements de l'âme, et la rendent visible en un certain degré. ^Pétendre davantage et poursuivre plus longtemps l'application de ces principes, ce serait m'écarter des limites de la physiologie proprement dite, pour pénétrer dans le domaine de l'art et de la plus subtile philosophie.

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