‹ De la physionomie et des mouvements d'expressionChapitre 7 sur 32 · DES MOUVEMENTS ORGANIQUES · texte numérisé non relu

DES MOUVEMENTS ORGANIQUES

IL — Les mouvements organiques qui ont pour siège les trames, superficielles comprennent tous les ch>kngements qui ont lieu :

a — dans la coloration de la peau ;

h — dans son état d'expansion ou de coiistriction.

r — dans sa température ;

d — dans celles de ses fonctions qui sont relatives à l'absorption et à l'exhalation.

Plusieurs causes peuvent influer puissamment sur la production de ces mouvements. Parmi ces causes, les unes se rapportent à l'action du cceur et des organes respiratoires; .d'autres aux modifications que les viscères alîdominaux éprouvent. D'autres enfin se rattachent aux influences que le système nerveux exerce directement sur tous les organes. Ces choses se produisent avec quelque confusion. Je m'efforcerai de les exposer avec toute la clarté dont le sujet est susceptible.

Des changenienls qui surviennenl dans la coloration de la peau.

III. — Ces changements sont trop connus dans l'espèce humaine pour qu'il soit nécessaire d'y insister beaucoup. Les plus habituels amènent de simples alternatives de rougeur et de pâleur. La rougeur peut présenter des teintes variées. Tantôt elle est pure et rutilante : c'est la rougeur artérielle-, tantôt elle est mélangée d'une certaine quantité de noir ou de bleu, et peut passer au pourpre, au violet, et même au bleu obscur : c'est la rougeur veineuse. Il y a aussi plusieurs sortes de pâleur. C'est ainsi que nous distinguons la pâleur simple , la pâleur livide, la pâleur verdâtre, etc.

On observe aussi quelquefois la teinte ictérique; l'ictère peut se produire d'une façon subite, sous l'influence de certaines passions ; sous ce point de vue, on peut le compter au nombre des manifestations physionomiques.

De la rougeur et de la pâletir en tant qu'elles sont liées au mouvement du cœur^ du thorax et des poumons.

IV. — Toutes les causes qui, sans altérer le rhythme et l'harmonie des mouvements du cœur,

en accélèrent la marche, favorisent la circulation du sang. Des courants plus riches parcourent alors les réseaux capillaires, et font prédominer à la superficie de la peau la couleur vive du sang artériel. Cette rougeur légère ne se répand point uniformément sur toute la surface du corps. Dans l'homme blanc, elle colore surtout le visage, où elle peint plus particulièrement les lèvres, les joues, et jusqu'à un certain point les conjonctives palpébrales. Rien de semblable ne se produit chez les animaux mammifères, même les plus élevés, et pour retrouver quelque chose d'analogue, il faut arriver aux oiseaux dont la tête est ornée de caroncules. Mais si la cause de la rougeur est la même, quelle différence dans les effets ! qu'il y, a loin de ces tuméfactions presque variqueuses à cette expansion douce, à ces teintes harmonieuses qui sont à juste titre pour les peintres et les poètes le symbole de l'épanouissement et de la vie !

Y. — L'apparition des teintes violettes sur la face tient à un obstacle quelconque apporté à la circulation veineuse. C'est ainsi que, dans le cas d'un rétrécissement des orifices auriculo-ventriculaires, les veines se déchargeant difficilement

fiO DK LA rHYSlONOMIli

de leur contenu, le sang veineux s'accumule dans les réseaux cutanés, çt donne à la peau une teinte violacée, souvent accompagnée d'une turgescence pregque effrayante. Le même effet pourrait évidemment résulter d'un rétrécissement de l'orifice îirtériel du cœur droit.

Yl. — Cette congestion Veineuse est moins imminente lorsque les lésions pathologiques, occupant l'orifice aortique, diminuent l'effet général qui résulte sur la masse du sang de la force impulsive du cœur. La pâleur est la conséquence ordinaire des rétrécissements qui ont pour siège l'orifice aortique. Une hypertrophie concentrique du cœur gauche, en oblitérant en partie la cavité du ventricule, aurait évidemment un effet analogue. Mais cette lésion, si elle existe, est fort rare, et d'habiles médecins se refusent à l'admettre.

La pâleur qui accompagne les états asthéniques du cœur est un phénomène facile à expliquer. Je crois inutile d'y insister, car les faits pathologiques ne sont point mon objet essentiel. Toutefois je ne pouvais absolument les négliger. Ils nous fournissent, en efiet, les seules bases réelles sur lesquelles peut être appuyée la démonstration de la proposition suivante :

Les symptômes, généraux qu'amène une lésion du cœur peuvent résiilter aussi d'une affection spasmodique, qui, exagérant, affaiblissant, troublant les mouvements du cœur, pré£ipite ou ralentit les mouvements du sang, et par les convulsions quelle détermine crée, dans certains cas, des obstacles réels à la circulation artérielle et veineuse.

YII. — Cette proposition, presque évidente par elle-même, peut être décomposée en quelques propositions secondaires.

1" Une excitation légère, éveillant plus vivement les mouvements du cœur, rend la circulation plus rapide et colore le visage d'une rougeur artérielle.

2" Une modification nerveuse, qui détermine l'affaiblissement ou la paralysie momentanée du cœur, ralentit ou suspend le mouvement général du sang, et amène une pâleur nécessaire.

3° Un spasme du cœur, qui, n'empêchant point les mouvements du ventricule gauche, fait néanmoins obstacle au retour du sang veineux, amène la rougeur violette de la peau et particulièrement du visage.

h" Si une contraction tétanique rend le cœur immobile; si le rhvthme de ses. mouvements se

ralentit par excès d'énergie convulsive, les mouvements du sang deviennent plus lents dans toute l'étendue du système vasculaire, et la surface entière du corps pâlit.

YIII. — Les mouvements du thorax ont sur le phénomène delà circulation une influence directe que l'expérience peut aisément constater.

A. Une insjjiration longtemps prolongée amène une congestion veineuse qui coIoî^' plus jjarticulièrement la face et le cou.

En effet, l'inspiration favorise l'entrée du sang dans le cœur, mais par cela même elle porte en un certain degré obstacle à sa sortie. Si donc l'inspiration se prolonge, il vient, en somme, aux oreillettes plus de sang qu'il n'en sort des ventricules. Le sang s'accumule en conséquence dans les cavités veineuses, et donne aux parties Içs plus voisines des troncs veineux principaux et du cœur une teinte plus ou moins violette.

B. Un mouvement d' expiration trop longtemps prolongé amène rapidement, avec la congestion veineuse, une cyanose plus ou moins générale.

En effet, l'expiration favorisé l'émission du sang artérifil ; mais en cela même qu'elle favorise les mouvements centrifuges, elle doit porter obstacle

aux mouvements centripètes. Le sang noir s'accumule donc dans le système veineux et le distend plus ou moins.

G. Si le mouvement d' expiration est anormalement combiné avec le mouvement d'inspiration, la congestion sanguine est portée à son cojnble, et les hémorrhagies sont imminentes.

Cette proposition générale comprend deux circonstances distinctes.

1" Le thorax étant maintenu dans l'attitude de V inspiîYition, Içs muscles font effort pour expiirr. Ce mouvement est Y effort [nisus). Il se produit toutes les fois que, dans le but de résister, le corps se dispose à produire des mouvements énergiqires et durables.

2" Le thorax étant maintenu dans l'attitude de r expiration par une contraction spasmodique ou par une paralysie de la glotte, les muscles font effort pour inspirer. Cet état est Y angoisse {angor).\\ se produit dans un grand nombre d'affections convulsives, lorsqu'à la suite d'une expiration poussée à l'ej^trême, la constiiction ou l'affaissement du larynx portent obstacle à l'introduction de l'air appelé par le thorax.

La face devient pourpre et même violette dans

l'efTort et dans l'angoisse. Cette congestion s'étend, dans certains cas, aux veines du cou, de la poitrine et des bras. L'habitude de l'effort amène, à la longue, la dilatation des veines des membres inférieurs. Je n'insisterai pas davantage sur cette proposition que l'observation et l'expérience démontrent également.

D. Si les mouvements d'inspiration et d'expinilioii se succèdent avec rapidité y en telle sorte que la respiration soit simplement accélérée, le ■mouvement delà circulation devient alors actif, et la peau se couvre de teintes plus vives dues à l'abondance du sang artériel.

Cette proposition est évidente par elle-même. En eflet, l'inspiration appelle le sang vers le cœur; l'expiration favorise, au contraire, son émission. Cette double action, venant en aide aux mouvements du cœur, doit rendre la circulation plus active, ce que l'observation démontre.

Lorsque l'alternative des mouvements respiratoires est seulement accélérée, comme cela a lieu après une course rapide, elle prend le nom d'^.çsoufflement [anhelitus). Ce mot est impropre : je })ropose de lui substituer celui (]iocypnée. L'ocypnée n'est point l'essoufflement, mais elle lui suc-

cède en général, et son but est de rétablir la circulation embarrassée après une suite d'efforts avec lesquels les mouvements respiratoires n'ont pas été habilement combinés.

IX. — Dans certains cas, l'accélération des mouvements respiratoires prend une forme convulsive. La poitrine et le diaphragme, étant alors maintenus dans l'attitude de l'inspiration, réagissent par une sorte d'élasticité active contre de petits mouvements expirateurs se succédant en saccades précipitées ; en sorte qu'à une inspiration perpétuelle sont opposées de petites expirations très-rapprochées l'une de l'autre, mais dont aucune n'est complète.

Cet état est le rire [cachinnus). Il se compose d'une suite de petits chocs qui agissent brusquement, ont sur l'ensemble de la circulation un effet excitant que ne produisent point au même degré les mouvements respiratoires uniformes, et réveillent la circulation paresseuse. Les heureux effets du rire sont assez connus surtout dans les i affections par obstruction, où la congestion vei- 'neuse est imminente. Aussi dit-on fort exactement que le rire désopUe. Je parle ici du rire" normal : en effet, lorsque les expirations saccadées du rire

se succèdent sans interruption, en sorte qu'il n'y a plus de place pour les mouvements antagonistes, le rire aboutit aux mêmes effets qu'une expiration excessive , et , loin de favoriser la circulation , il peut, au contraire, amener une congestion dangereuse.

X. — Le contact, et si j'ose le dire ainsi, le mélange de l'air et du sang étant le but de la circulation, il peut annver que certains troubles arrivent dans la circulation, non de quelque obstacle apporté au jeu du thorax ou du cœur, mais de la constitution du poumon lui-mcmc.

Ainsi la respiration est incomplète et difficile :

l*' Toutes les fois que l'étendue des surfaces respiratoires est insuffisante, eu égard à la masse cl à la vitesse du sang qui les pa?'court ;

2° Dans tous les cas oii, la rétractilitédés vésicules pulmonaires étant affaiblie, elles ne se vident pas co7nplétement à chaque inspiration de l'air altéré qu'elles contiennent.

Le premier cas est souvent un résultat de la pléthore. C'est ainsi qu'il arrive aux hommes trèssanguins d'éprouver des essoufflements qu'une saignée -fait cesser aussitôt. Il se produit par une raison opposée dans l'emphysème pidmonaire et

dans l'anomalie assez fréquente qui consiste clans une insuffisance naturelle du poumon.

Le second cas, d'après des expériences trèsprécises de M. Longet, a lieu toutes les fois qu'une lésion des pneumogastriques détruit ou diminue l'influence nécessaire de ces nerfs sur la respiration.

Or, quelle que soit la raison anatomique de cette insuffisance, elle ne peut porter aucun obstacle aux mouvements du thorax. L'inspiration et l'expiration peuvent se succéder en toute liberté. De plus, dans l'hypothèse d'une lésion bornée au poumon, aucune raison directe ne s'oppose aux mouvements du sang veineux dans le cœur; ainsi les causes de congestion veineuse qus nous avons signalées plus haut, ne se retrouvent point ici.

Mais dans l'emphysème pulmonaire, et même dans le cas d'insuffisance naturelle du poumon, le système capillaire de cet organe n'ayant point une étendue proportionnée à la force du cœur, le sang que le cœur chasse au travers des réseaux pulmonaires, tend à les distendre et à les traverser avec une trop grande vitesse. Et ces conditions s^ont défavorables : en effet, l'oxygénation complète du

sang dans le poumon suppose une division poussée aussi loin que possible des courants sanguins r[ui se répandent sur les surfaces respirantes, et, en second lieu, un contact de l'air et du sang assez prolongé pour que la saturation soit parfaite.

Or, ces deux conditions fondamentales ne peuvent être ici remplies : en effet, les réseaux pulmonaires offrant au sang chassé par le cœur une étendue trop restreinte, il n'y perd point l'excès de sa vitesse acquise, et en même temps qu'il les parcourt trop rapidement, il tend à les distendre et les dilate quelquefois jusqu'à la rupture.

Dans le second cas, les circonstances sont plus défavorables^ encore, puisque, la quantité d'air pur introduit dans le poumon diminuant à chaque inspiration nouvelle, la transformation du sang veineux en sang artériel devient de plus en plus incomplète, si bien que de part et d'autre des phénomènes généraux d'asphyxie se développent lentement.

Dès lors, le sang du cœur gauche, moins oxygéné, moins excitant, ne porte plus dans les tissus la vivacité de ses couleurs rutilantes. Il n'y a nulle part de congestion marquée, mais la production de la chaleur animale devient moins active,

l'expansion vitale s'affaisse, et, le sang laissant percer au travers de la peau sa teinte violette, les tissus superficiels prennent une couleur livide et grisâtre. En même temps, les inspirations précipitées et profondes auxquelles l'état général du sang sollicite, faisant fréquemment le vide dans les veines, la pâleur de la face en est auginentée.

Tous ces phénomènes sont surtout marqués dans l'espèce humaine et plus particulièrement dans la race blanche. Chez les animaux mammifères, les causes que nous avons mentionnées n'agissent d'une manière sensible^que sur les conjonctives ou la muqueuse orale.

De la roKf/eur et de la pâleur en tant qu'elles dépendent de r influence des nerfs sur les éléments de la peau.

XI. — Le cœur est, à coup sûr, le moteur principal du sang. Mais à son action s'unissent beaucoup d'actions accessoires, dont les unes aident à la circulation, tandis que les autres lui nuisent plus ou moins. Parmi ces causes, nous avons déjà parlé des mouvements respiratoires. Mais ces mouvements sont-ils les seuls qui puissent influer sur là coloration de la peau par le sang? Je ne le pense pas.

El en effet, il est des gens qui ne rougissent jamais; on peut rougir d'un seul côté seulement; en outre, tous les tissus ne se prêtent pas également à la turgescence. En un mot, s'il y a, dans ces effets une part qu'on peut rapporter au cœur et au thorax, il en est une autre qu'on ne saurait refuser à l'action des tissus où le sang s'épanche.

XII. — C'est ainsi qu'il faut tenir compte des tissus cutanés et de l'élasticité qui leur est propre. Cette élasticité, qu'on peut considérer comme une force antagoniste à la force expulsive du cœur, influe singulièrement sur la circulation. Dans le cas où l'action du cœur languit, elle repousse le sang, le chasse des réseaux capillaires et concourt singulièrement à la production de la pâleur. Dans les circonstances normales, elle est aux réseaux capillaires ce qu'est aux artères l'élasticité de leur tunique fibreuse, et ses réactions salutaires favorisent la circulation dans les tissus cutanés.

Nous ne pouvons considérer cette force comme une propriété' invariable du tissu dermoïde. Elle peut agir, en effet, d'une façon très-différente, la force impulsive du cœur demeurant d'ailleurs la même. C'est ainsi qu'une douce chaleur semble affaiblir la rétractilité du derme vivant. L'élasticité

des tissus lutte alors d'une façon moins énergique contre les mouvements expansifs du sang, et ils se laissent pénétrer par les courants artériels. L'application du froid rend, au contraire, cette rétractilité plus manifeste et détermine la corrugation des tissus. Cette observation bien simple, et tirée d'actions extérieures, nous donne la clef de certains phénomènes produits par une action toute nerveuse en apparence.

XIII. — La chaleur qui pénètre un membre vivant ne dépend pas seulement du degré de la température ambiante, loin de là; cette chaleur résulte surtout d'une cause intérieure qui se manifeste partout où le mouvement de la vie compose et décompose les matières sur lesquelles son activité s'exerce.

Cette activité est sous la dépendance nécessaire et immédiate du système nerveux. Ainsi, quand l'action des nerfs favorise le mouvement de la vie, une chaleur douce s'engendre dans les parties, surgit de leurs profondeurs les plus intimes, et rayonne en quelque sorte de toutes leurs molécules.

Mais supposons que l'action des nerfs languisse, le mouvement vital se ralentit ou s'arrête, la pro-

duction (le la clialeur immédiate est diminuée et môme suspendue, et les parties subissent un refroidissement d'autant plus général, que les causes qui le produisent agissent sur les troncs nerveux eux-mêmes.

Cette chaleur et ce froid de cause interne ont des effets pareils à ceux que détermine la température ambiante. La chaleur vitale dihile les tissus, le refroidissement intérieur les resserre, et cette corrugation adynamique que la force répulsive des vaisseaux ne peut plus combattre, s' opposant à la pénétration du sang dans les tissus, toute circulation peut finir par s'y arrêter; comme cela arrive quelquefois aux extrémités digitales des sujets affaiblis, et comme on le voit pendant l'hiver dans les membranes natatoires des grenouilles engourdies par le froid. Le froid de cause interne a donc sur l'organisme entier les mênieâ effets que le froid de cause extérieure.

Dès lors, si les causes morales modifient profondément le système nerveux, si les unes excitent au plus haut point sa force intérieure, tandis que d'autres la paralysent, pourquoi s'étonnerait-on de l'influence que les passions exercent sur les tissus cutanés dont elles font palpiter la surface?

Mais à quels nerfs attribuer plus particulièrement cette influence? C'est là une question ardue et à peu près insolub.le dans l'état actuel de la physiologie. Les hypothèses de Dugès sur ce point, quelque ingénieuses qu'elles paraissent, ne résolvent point cette grande difficulté.

XI\ . — Les mouvements du cœur, cki thorax, du poumon, la qualité du sang, la rétractilité des lissus, Texcitabilité des nerfs, ne sont pas les seules causes qui puissent influer sur la coloration de la peau; les mouvements des viscères abdominaux ont aussi sur cette coloration une grande influence. On connaît la couleur jaune des ictéricjiies ; en général, les aflections abdominales amènent dans la coloration de la peau des modifications sensibles. Ces modifications surviennent le plus souvent d'une manière lente. Mais dans certains cas, elles se manifestent subitement. jSous reviendrons dans un moment sur ces choses.

. Ainsi l'organisme entier tient les réseaux sanguins et les trames de la peau sous sa dépendance. Ces systèmes différents en apparence, mais liés irrévocablement l'un à l'autre sous l'empire d'une harmonie nécessaire, font retentir ainsi à la surface du corps un écho de leurs plus secrètes

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commotions. Or, comme il est dans l'oiclre de la nature que l'être social le plus intelligent soit aussi le plus intelligible, cette faculté de rougeur et de pâleur qui distingue l'homme, est un signe naturel de sa haute perfection ; et sous ce point de vue, l'homme blanc nous paraîtra réaliser une beauté plus grande que l'homme nègre, chez lequel ces rayonnements de l'intelligence et de la vie sont, si je l'ose dire ainsi, voilés et obscurcis.

Des mouvements d'expansion et de conslriclion.

XV. — Après ce que nous venons de dire sur les causes des mouvements du sang, nous aurions, peu de chose à ajouter : en elTet, ces mouvements de constriction ou d'expansion reconnaissent les mêmes causes, ou déterminent des effets analogues. Ainsi, l'expansion de la peau se lie en général à une coloration sanguine plus vive; sa constriction à la pâleur. La première est accompagnée d'une véritable turgescence, la seconde amaigrit les traits, qui se rétractent en quelque sorte. Ce que nous avoïis dit (art. XI), nous dispense d'insister sur ce point.

Des variations qui modifieiit la température des organes.

XVI. — Ces variations se présentent sous l'influence combinée de la rétractilité des tissus, du mouvement nerveux et du mouvement circulatoire.' Partout où la vie languit, la température s'abaisse. Toutes les causes qui exaltent la vie déterminent, au contraire, une production de chaleur plus rapide. Ainsi ces trois choses : rougeur, expansion, chaleur, sont-elles à tel point parallèles qu'elles sont presque synonymes.

Des changements qiii modifient ou altèrent les sécrétions.

XVII. — Ces changements à chaque instant constatés sont néanmoins mal connus. Mille causes concourent à l^s produire. Je me bornerai à rappeler ici les plus générales. Je crois utile de distinguer cet article en deux parties. Dans l'une, je traiterai des sécrétions proprement dites, et dans l'autre, des transsudations.

1" Des sécrétions. L'histoire des modifications que les sécrétions peuvent subir se résume, au point de vue des recherches que nous poursuivons, en quelques propositions très-générales.

A. Une trop yrandc rapidilê dmis le munrctncnl du s/ttig nuit à V acco^npliasement de In s/rrétion.

Cette proposition est rendue probable : 1° par l'induction anatomique ; puisque la nature, en donnant aux glandes les plus importantes des artères très-flexueuses, semble indiquer que le sang y doit ralentir son cours ;

t" Par les faits pathologiques : en effet, dans les vives ardeurs de la fièvre, quand le sang, sollicité par les contractions accélérées du cœur, court avec une rapidité furieuse, les sécrétions sont pour quelque temps supprimées.

B. Si le sang^ mn sous une pression très-forlc, circule néanmoins avec lenteur dans un organe de sécrétion par suite de quelque obstacle apporté à la circulation veineuse^ les réseaux capillaires se gon/h'Ht, et la partie congestionnée devient le siège d'une sécrétion trés-active.

C'est ainsi que, suivant une belle remarque de Fodera, la sécrétion de la salive devient plus active après la ligature de la veine jugulaire. Ijne simple pression exercée autour du cou fait couler en plus grande abondance la sueur du front et des joues. De même l'effort, en congestionnant le

système veineux tout entier, détermine une transpiration abondante.

C. Les sécrétions sont appauvries quand le sang arrive aux organes d'un mouvement trop lent et sous une pression trop faible.

Cette proposition est démontrée par les phénomènes qui surviennent dans les cas de débilité du cœur et dans l'anémie.

D. Une douce chaleur favorise les sécrétions; un froid trop intense les supprime.

Il semble superflu d'insister sur cette proposition. Elle est vraie, quelle que soit la source de la chaleur et la cause du refroidissement. (Voyez art. XIII) .

E. Si y au moment oii une sécrétion s'opère, une cause quelconque s'oppose à l'excrétion des choses sécrétées; si, de jjIus, un spasme des conduits excriieurs comprime les liquides contenus, le mouvement de la sécrétion est suspendu , et les éléments déjà séparés du sang tendent à rentrer dans le torrent de la circulation.

Nous rappellerons à ce sujet: 1" les métastases; 2'' les suiî'usions , telles que celle de bile ou d'urine.

F. Si des excitations directes sont portées sur

Wi organe scrrclcur ou mr .ses coiidnils' en telle sorte que la sensation de cet organe devienne plus distincte^ la sécrétion est détenm'née, et si elle avait déjà commencé, elle est sensiblement augmentée.

C'est ainsi que la mulsion détermine les mamelles des animaux à sécréter davantage. Lorsque la source du lait paraît s'épuiser, les jeunes ruminants exckent à coups de tête la mamelle avare. De même des frictions légères sur la ipeau favorisent son activité et déterminent des transpirations abondantes.

G. Si l'âme devient attentive à un organe sécréteur de manière à le distinguer plus particulièrement au milieu des sensations générales qui naissent de l'organisme entier., cette attention de l'âme détermine une sécrétion plus active.

Cette proposition est là conséquence d'une autre proposition beaucoup plus générale sur laquelle nous aurons à revenir plus tard, et ne s'applique d'une manière évidente qu'à un ou deux organes sécréteurs.

H. Les sécrétions s' opèrent sous l'influence du système nerveux tout entier et dépendent de toutes les causes qui peuvent exalter, affaiblir ou pervertir l'action nerveuse.

Une multitude d'observations que tout le monde a pu faire et des expériences nombreuses démontrent cette proposition. On sait en particulier l'influence singulière que les troubles apportés dans le système nerveux exercent sur la sécrétion des mamelles, des glandes salivaires,'etc.

Les phénomènes qui surviennent alors du côté des glandes ne sont point une conséquence des modifications que les actions nerveuses déterminent dans l'état des gros vaisseaux et du cœur. Ils paraissent, au contraire, résulter d'une. action directe et locale. Un homme, dont la moelle épinière avait été tranchée par un coup de feu au-dessus de la sixième vertèbre dorsale, ne transpirait plus que par les parties supérieures au point lésé. Dans un autre cas, le malade, soumis aux conséquences d'une commotion cérébrale, ne transpirait plus que d'un seul côté de la tête, en sorte que cette transpiration était exactement limitée par la ligne médiane.

La sécrétion de la salive est l'une de celles qui subissent le plus évidemment celte influence. Les larmes sont dans le même cas. On sait, en effet, avec quelle abondance elles coulent dans la résolution des accès hystériques. 11 ne serait pas sans

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intérêt d'examiner avec soin les sensations locales qui précèdent et accompagnent le moment de leur production. Malheureusement, cet examen est difficile dans beaucoup de cas. On ne peut faire de pareilles observations que sur soi-même, et dans le cas où les-larmes coulent spontanément; qu'elles soient déterminées par la .tristesse ou par la joie, on a rarement assez de puissance sui- soi-même pour analyser les circonstances fort délicates où elles se produisent. Si ma mémoire, en me rappelant l'époque de ma vie où je pleurais, ne me trompe pas, les larmes sont toujours précédées d'une sensation analogue à celle que l'éblouissement détermine. Aussi suis-je fort porté à penser que ces larmes de la tristesse et de la joie résultent des irradiations réflexes qui parcourent la cinquième paire, dont les connexions avec le système viscéral sont si étendues. Je ferai remarquer, au surplus, que les mêmes causes qui déterminent l'éruption des larmes augmentent en même temps l'énergie de la sécrétion salivaire, et j'ajouterais des sécrétions nasales, si leur augmentation ne pouvait être attribuée à l'action directe des larmes que versent les voies lacrymales sur la muqueuse olfactive.

On peut résumer ainsi ces choses : {a) une excitation trop grande, une faiblesse poussée jusqu'à la paralysie des organes de la circulation, tarissent les sécrétions. De même une douce chaleur les favorise, un froid trop intense les supprime.

(b) Bans tous les cas oîi le mouvement centrifuge des artères prédomine sur le mouvemenf. centripète des veines, les sécrétions sont à la fois plus rapides et plus abondantes.

(c) Une excitation locale portée sur un organe sécréteur rend la sécrétion plus active. Une excitation directe ou sympathique amène des résultats analogues.

2° Bes transsudations. Il est nécessaire de distinguer avec soin les transsudations d'avec les sécrétions vraies.

(a). Les sécrétions sont essentiellement actives; elles exigent pour se produire l'intervention de la puissance nerveuse. De plus, chaque organe, dans l'état normal, a ses affinités électives; autre, en effet, est la matière de la sueur et de l'urine, autre est celle des larmes, de la salive, du suc pancréatique ou de la bile; les glandes ne sont point de simples filtres retenant certains éléments du sang et laissant passer les autres : ce sont des filtres ac-

*tifs qui séparent, il est vrai, certains éléments du sang, mais modifient en même temps les substances séparées pour en faire des composés ou du moins des mélanges nouveaux. Or, il n'y a rien de semblable dans les transsudations.

(b). En effet, les transsudations se produisent quand la vie nerveuse s'éteint, quand les vraies sécrétions sont taries. Elles ne modifient point les matériaux du sang, dont les principes les plus ténus s'échappent alors au travers des trames celluleuses, et qu'on voit s'écouler parfois avec une rapidité effrayante soit de l'intestin, soit de la peau. C'est ce qu'on observe en particulier chez les malheureux atteints du choléra asiatique. La sueur froide des mourants ne parait pas être autre chose.

Les. transsudations se produisant quand les sécrétions sont taries, elles ne paraîtront pas dépendre des mêmes causes. Les sécrétions sont, chez les animaux mammifères, accompagnées de chaleur; la matière des transsudatiops périphériques est glacée. Les sécrétions sont liées d'une manière intime au phénomène de la circulation et au mouvement général de la vie; les transsudations apparaissent, au contraire, quand les mouvements du

cœur semblent près de s'éteindre, quand le froid de la mort envahit les membres devenus insensibles.

(c). Cependant les transsudations ne peuvent être considérées comme un phénomène absolument passif résultant de l'extinction absolue de la vie; après la mort absolue, la transsudation s'arrête : un reste de vie ou du moins un reste de tonicité est donc une condition indispensable à sa production.

Essayons d'expliquer ces phénomènes. Quand la force vitale se dissipe, le cœur cessant de battre, la tunique élastique des artères réagit sans obstacles; le derme se rétracte et les réseaux capillaires se vident dans les veines du sang qu'ils contenaient ; les veines s'enflent alors. Elles s'élargissent à mesure que le sang se refroidit, et la séparation du caillot et du sérum commence. Cette expression vulgaire, que le sang se fige dans les veines, n'est donc point une simple métaphore. Lorsque, pendant l'hiver, j'essayais d'observer la cii'culation sur des grenouilles engourdies par le froid, je trouvais les globules déformés et le sang coagulé dans les réseaux des membranes interdigi laies. . ■

ini DE LA PHYSIONOMIE

Or, quand ces phénomènes se produisent, la transsudation commence. Elle vient, en un mot, quand la circulation s'arrête, quand le froid de la mort envahit les parties, quand les tissus dermoïdes se resserrent. Dès lors, ne pourrait-on pas la considérer comme un dernier effort des tissus expulsant les parties les plus ténues d'un sang refroidi et rendu immobile par l'angoisse, la syncope et la mort?

Je ne me dissimule pas toutes les diflicultés que cette question soulève, et combien ces explications laissent de lacunes dans l'histoire de ces phénomènes compliqués. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'ils se rattachent aux derniers mouvements d'une vie qui s'éteint, de vaisseaux qui meurent : aussi les sueurs froides sont-elles, dans les maladies, du plus mauvais augure. Sudores frigidiy cum acula fehre, moi^tem; cum imtiori^ longitudinem morbi significant. (Aph. Hipp., sect. IV, 35.)

Or, je n'hésite point à croire que, pareilles aux sueurs de l'agonie, les sueurs froides qui glaçait dans l'épouvante, dans l'horreur portée à son comble, dépendent d'une suspension de la circulation, àlaquelle s'ajoutent d'autres effets résultant

d'un anéantissement momentané de l'influence nerveuse. Et en effet, elles accompagnent fréquemment la syncope, qui est une mort apparente, et qui précède toujours la mort réelle.

3° Be la nutrition. Une analogie remarquable rapproche les phénomènes de nutrition des sécrétions proprement dites : aussi convient-il d'en dire ici quelques mots.

Plusieurs causes, au jugement de tous les physiologistes, influent sur l'ensemble des mouvements nutritifs. Les unes dépendent du jeu de l'appareil circulatoire, d'autres se rattachent aux actes préliminaires et aux phénomènes intimes de la respiration, l'état légitime du poumon, du système vasculairç et du sang étant la condition nécessaire d'une nutrition normale.

Je n'insisterai point sur ces choses. Elles trouvent plus naturellement leur place dans un traité de physiologie générale. Mais il paraît indispensable de dire ici quelques mots de l'inlluence que le système nerveux exerce sur l'ensemble des actes nutritifs, ce point ayant avec notre objet un rapport immédiat.

A. Le système nerveux influe sur l'ensemble des fonctions intestinales.

Cette influence s'exerce d'une double manière, à savoir : en supprimant, diminuant, exagérant ou altérant les sé'crétions intestinales; et en second lieu, en modifiant la contractilité des couches musculaires de l'intestin ou môme en les supprimant tout à fait.

C'est ainsi qu'une émotion nerveuse supprime la digestion, tarit ou sollicite avec excès les sécrétions intestinales et souvent détermine dans l'intestin tout entier des spasmes convulsifs.

Nous croyons inutile d'insister sur ces faits, que nous avons suffisamment exposés tout à l'heure et qu'une observation vulgaire oblige à admettre.

B. Le syslcmc nerveux n influe jjus seulement sur les actes digestifs, mais il tient sous sa dépendance le mouvement de nulrilion qui renouvelle incessamment les parties vivantes.

Tous les auteurs ne sont pas d'accord touchant , la part d'influence qu'ils attribuent au système nerveux sur les phénomènes intimes de la nutrition, c'est-à-dire sur ce mouvement qui, remplaçant à chaque instant les éléments organiques anciens par des éléments organiques nouveaux, semble réaliser au sein de nos tissus une création perpétuelle.

Une première question se présente ici : la section des nerfs d'un membre influe-t-elle sur la nutrition de ce membre? Il y a, à cette question, des réponses contradictoires. Dans un premier camp se rangent avec quelques physiologistes la plupart des médecins. Atrophia pressa pede subsequitur membra paralytica, dit Kœnig. Dans l'autre camp semblent devoir être rangés d'habiles expérimentateurs pour lesquels cette influence est douteuse.

C'est ainsi qu'on a coupé les nerfs cruraux sur des grenouilles sans que la nutrition du membre abdominal parût troublée. D'autre part, la même opération, pratiquée sur un mammifère, n'a amené qu'un amaigrissement momentané du membre paralysé. La conséquence de ces observations semble être que les nerfs et la moelle épinière n'ont sur le phénomène local de la nutrition qu'une action presque insignifiante.

Mais les faits sur lesquels cette conséquence est basée et sur la véracité desquels le respect dû au nom des expérimentateurs ne permet d'élever au- (îun doute, ces faits, dis-je, méritent d'être soumis à une discussion rigoureuse.

Les membres postérieurs d'une grenouille ne

lOS HE LA PHVSrONOMIR

sont point uniaigris après la section des nerfs cruraux : donc, nous dira-t-on, l'influence de la moelle épinière sur la nutrition est insignifiante.

Cette conséquence me paraîtrait éminemment liasardée. En effet : (a) clicz les (inimaux inférieurs^ et en particulier riiez les reptiles, la àèpemlance réciproque oii sont entre elles les différentes parlies du système nerveux est loin d'être aussi absolue que chez les rnajnmi féres ; (b) un nerf séparé de la moelle épinière conserve son excitabilité et par conséquent son influence, biei\ plus longtemps chez les reptiles que chez les manmiif ères.

Dans le courant d'avril 18Zi3, j'amputai les deux membres abdominaux d'une tortue grecque. Huit jours après, quand on irritait leurs nerfs, les muscles de ces membres se contractaient encore. Cette expérience démontre que la propriété locomotive persiste dans les nerfs indépendamment de leurs connexions avec la moelle épinière. Or, les expériences de M. Magendie sur la cinquième paire font voir également que les nerfs ont par eux-mêmes, indépendamment de l'axe nerveux, une influence réelle sur la nutrition.

Ainsi un nerf peut vivre, bien que ses rapports avec la moelle épinière aient été détruits. L'in-

iluence de sa masse propre peut donc suffire à la vie du membre lésé, surtout dans un reptile.

Il y a chez les animaux inférieurs une tendance à la régénération des parties perdues que toutes les expériences constatent. Et cette tendance bien connue permet d'élever des doutes nombreux sur le sens d'un grand nombre d'expériences faites dans le but de mesurer la part d'influence que les nerfs ont sur la nutrition des parties.

Les expériences faites sur les mammifères semblent au premier abord plus concluantes. Toutefois, en y regardant de plus près, loin d'appuyer la thèse de la non-influence des nerfs, elles la combattent. Dans ces expériences, il y a eu d'abord un amaigrissement notable. La section des nerfs n'a donc pas été sans influence. Mais, dirat-on, cet amaigrissement n'a été que momentané. Je le veux concéder. Mais qui m'assurera que le rétablissement de la nutrition n'a pas tenu à quelque phénomène de régénération des nerfs, phénomène vulgaire et si habituel qu'à peine est-il permis de supposer qu'on puisse absolument le prévenir? D'ailleurs, si la moelle épinière n'a pas été détruite et dans une assez grande étendue,

110 DE LA PHYSIONOMIli!

quel anatomiste serait assez hardi ])our assurer qu'aucun nerf n'a échappé au scalpel de l'expérimentateur ? et qui pourrait dire jusqu'à quel point l'influence de ces nerfs n'a pas sulïï pour eiitretenir un reste de vie et de force assimilatrice ?

Ces réflexions ne sont point de pures hypothèses. Au surplus, l'observation clinique ne parle-t-elle pas assez haut ? Sans doute toutes les paralysies n'altèrent pas la nutrition des membres; mais qui n'a vu dans certains cas des muscles paralysés par la section de leurs nerfs pâlir, s'atrophier et disparaître ? qui ne connaît l'atrophie qu'amèiie la phthisie dorsale, si bien que, suivant une expérience commune, les membres se dessèchent alors? et ne sait-on pas qu'un pareil effet se produit souvent dans ces affections rhumatismales qui paraissent avoir pour siège certaines parties de la moelle épinière ?

Mais un tableau plus triste se présente à notre souvenir. N'a-t-on pas vu souvent à la suite de ces affections comprises sous le nom générique de myélites, la gangrène s'emparer de membres morts sur un corps encore vivant ? Ne voii-on pas alors avec effroi les téguments sphacélés se

détacher, et les chairs entraînées par un ichor fétide tomber en pourriture ? Les eschares ne sont-ils pas le cortège terrible des apoplexies, des vésanies chroniques, et de cette affection insi-

• dieuse que notre célèbre M. Esquirol a décritesous le nom de paralysie générale?

Tels sont les effets ordinaires des lésions qui anéantissent la puissance nerveuse. Les affections morales déprimantes ont des résultats analogues ; la tristesse modifie profondément les sécrétions épidermiques. Rivale de la vieillesse et de la mort, elle dépouille les fronts qu'elle a touchés. L'horreur et l'épouvante font parfois en quelques heures blanchir les cheveux. Les lypémanies altèrent la crâse des humeurs, dessèchent la peau, déterminent des hétéromorp-hoses, et font naître une foule d' affections herpétiques. Souvent alors un cancer caché se développe lentement et consume les viscères, symbole terrible du mal dont l'càme est dévorée.

De ces résultats mortels de la tristesse, rapprochons les heureux effets de la joie, des excitations vives, de l'espérance qu'amène une foi sans limite. Leur action vivifiante explique ces prod.iges, ces

f guérisons obtenues par des formules et des'amu-

Dlî LA PHYSIONOMIE

leltes, CCS atropliies combattues par des moyens puérils, résultats étranges, et réels cependant, qui entretiennent dans le peuple ces croyances superstitieuses que la religion elle-même peut à peine déraciner. Elle explique aussi les heureux effets des distractions dans la chlorose et dans la plupart des états anémiques si fréquents chez les jeunes filles.

Nous pouvons donc conclure avec une véritable certitude, que le système nerveux tient sous sa dépendance toutes les actions vitales. Cette assertion n'est point neuve, sans doute, mais son importance nous imposait le devoir de la discuter.

DES MOUVEMENTS MUSCULAIRES, DES MOUVEMENTS CONSÉCUTIFS ET DES MOUVEMENTS PASSIFS.

XVIII. — Nous traiterons dans cette partie de notre travail des mouvements qu'exécutent les appareils locomoteurs, que ces mouvements soient volontaires ou involontaires. Qu'il me soit permis, en premier lieu, d'énoncer quelques propositions générales si évidentes par elles-mêmes que nous les donnerons ici comme des axiomes.

Toute contraction musculaire suppose une action qui la détermine;

ET DES MOUVEMENTS D'EXPRESSION. Il3

En conséquence :

1° Une contraction musculaire faible indique une action nerveuse peu énergique ;

2° Une contraction puissante et rapide est l'effet d'une excitation forte et instantanée; ■ 3" Une action musculaire qui dure et aboutit à l'état de situation fixe, indique une excitation qui persiste ;

A" Le repos absolu d'un muscle est le signe d'un repos absolu dans les nerfs qui lui sont propres.

En ce qui touche l'intelligence, ces propositions peuvent être ainsi transformées.

1° Une contraction musculaire faible indique une volonté faible et nonchalante ;

2° Une contraction musculaire puissante et rapide est l'effet d'une volonté forte et instantanée;

3° Une action musculaire qui dure et aboutit à l'état de situation fixe, indique une volonté qui persiste ;

li" Le repos absolu d'un muscle est le signe d'un repos absolu de la volonté.

Du souffle el de la voix.

XL\. — Le souffle et la voix peuvent se pro-

duire '.'i" pendant un mouvement d'inspiration ; 2° pendant le mouvement d'expiration.

1° Le souffle qui se fait entendre pendant une longue inspiration, est Y aspiration. Le son qui se produit dans l^angoisse quand l'inspiration a vaincu la résistance du larynx est le sanglot.

2° Le souffle qui se fait entendre dans une expiration prolongée est le soupir. Le son qui se produit au terme de l'effort (Y. art. "VII, C.) est le cri. Le son bref et saccadé qui se produit dans le rire, reçoit plusieurs sens différents. En effet, il passe tantôt par la bouche ouverte et tantôt par les fosses nasales.

Il y a donc un rire nasal. Cette manière 'de rire n'est pas propre à l'espèce humaine. On la retrouve ainsi dans les espèces du genre equus. C'est en effet à proprement parler le hennissement [hinnitus). Il se produit dans un grand nombre d'affections opposées.

Si le rire nasal retentit dans les fosses ethmoïdales, c'est le ricanement [cachinnatio, canchasmos). S'il passe à l'ouverture des narines, il a le caractère particulier du souffle nasal. Mais si les fosses nasales sont remplies de larmes, le souffle

devient humide et son accentuation est plus nasonnante encore.

Haller et avec lui la plupart des physiologistes remarquent que la voix du rire emprunte chez l'homme adulte les voyelles O et -4, tandis que chez les enfants le rire émet les voyelles E et /. Or, comme le rire est plus habituel aux femmes et aux enfants qu'aux hommes, il -est plus naturel que le nom onomatopique du rire soit ///, Si donc nous donnons à cette syllabe l'accentuation nasonnante, le nom du rire nasal qui se mêle aux larmes sera hin. Aussi la syllabe répétée hi la M par laquelle les acteurs comiques français indiquent le commencement des larmes me paraîtelle insuffisante. C'est Jiiiu hin, hin, qu'il faudrait écrire. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer les petits enfants lorsqu'ils commencent à pleurer. La langue grecque, plus musicale et surtout plus imitative que la nôtre, a un mot admirable hmnuomai {pleurer). L'analogie de ce mot avec le hinnire des Latins est frappante. Ce même radical onomatopique hîn, se retrouve dans le mot cachinmis qu'on peut écrire cac-hinnus.

Le radical là qui exprime essentiellement le rire oral se retrouve dans beaucoup de mots

grecs et latins. Le mot hians le contient, en effet, ])ien qu'il soit évidemment détourné de son acception primitive, car il signifie essentiellement entr'ouvrir la bouche pour respirer. Cette expression a plus d'une analogie avec le mot riderc, rire. Pour s'en convaincre, il suffira de faire prononcer ces mots à un enfant créole. Il ne dira point riclcre^ mais hiàere. Il ne prononcera point riant, mais hiant.

De même, si nous ne nous en tenons pas exclusivement à la prononciation de notre langue, si nous donnons au g un son guttural et doux, si nous rappelons en même temps combien peu dans la prononciation des Grecs modernes l'e diflere de 1'/, on sera obligé de reconnaître le radical hi jusque dans le verbe gêlaô bien que cette étymologie soit dissimulée par la différence de l'orthographe. Mais nous le retrouvons avec une évidence nouvelle dans ces mots hilaris [hilarité), et surtout dans le mot hilaros qu'on pourrait, en le décomposant, traduire par ces mots : hi doux [hi-laros).

Ce n'est point sans dessein que j'insiste sur ces choses. Elles démontrent, en effet, entre la parole humaine et l'expression primitive du geste, une

analogie qu'on a trop dédaignée peut-être. C'est là une mine féconde qu'on pourra un jour exploiter avec succès.

Quand le rire passe librement par la bouche, on dit qu'il éclate. S'il est contenu, il entraîne toutes les conséquences de l'effort immodéré; la tête se gonfle à l'excès, on étouffe de rire.

Le rire convulsif (Y. art. IX) est douloureux. On cherche donc à le contenir en fermant la bouche, et ses éclats passent alors par les fosses nasales. Souvent alors les glandes lacrymales sont en même temps excitées et des larmes jaillissent des yeux ; aussi cette expressiop rire aux larmes estelle l'expression superlative du rire. Quoi qu'il en soit, le caractère nasal du rire excessif fait que dans les langues anciennes on le confond avec le ricanement [cacliinnalio, cuncliasmos) .

Le rire excessif, conduisant à la congestion et à l'asphyxie, produit l'angoisse et alterne avec le sanglot. Aussi est-il dans beaucoup de cas difficile de distinguer certaines expressions de la joie, d'avec celles de la douleur.

Le rire oral est propre à l'espèce humaine et semble surtout particulier à l'enfance. Il se développe alors en roulades et en cadences brillantes.

Ce lire franc, spontané, pur, produit un son qui s'éloigne de hi pour se rapj)rocher de ha. Dans l'homme adulte, le rire se mêlant à des expressions étrangères cadence souvent l'interjection lio. Le rire de la femme se rapproclie beaucoup de celui de l'enfant.

XX. — Bisons maintenant quelques mots de V effort. L'effort absolu (V. art.YllI, G, 1) est muet. 11 presse sans résultat sur la poitrine gonflée, et par là il détermine une congestion parfois mortelle. Au premier abord on peut difficilement expliquer en quoi cette congestion dangereuse peut être utile à la locomotion.

Essayons de résoudre ce paradoxe.

Je ferai remarquer en premier lieu que Y effort n'est point utile à la locomotion proprement dite, mais, au contraire, à V imjnobilité active. Il ne peut être longtemps continué et conduit irrévocablement à un état d'engourdissement et de roideur, qu'explique aisément la congestion veineuse qui l'accompagne.

On suppose, en général , que le mouvement de l'effort a pour but de préparer aux muscles un point fixe. Cette opinion ne peut être soutenue, et en effet, l'effort se produit dans certains cas où

une jambe seule est engagée. Or les muscles des membres inférieurs sont complètement indépendants du thorax et de la respiration. La théorie de l'effort est basée sur des faits d'un ordre tout différent.

a. Tous les animaux à sang froid parmi ceux dont les globules du sang sont très-grands, c'està-dire les amphibiens et les reptiles, ont la faculté des mouvements très-longtemps prolongés. En.un mot, pour parler le langage de Barthez , ils possèdent la force de situation fixe. Leur circulation est d'ailleurs très-lente, les mouvements de leur cœur sont par moments suspendus. Ils semblent même avoir la faculté de ralentir. ou d'accélérer à leur gré les pulsations de cet organe.

b. Parmi les animaux à sang chaud, ceux dont les artères sont longues et grêles ont des mouvements très-lents -y ils jJ eurent garder longtemjjs la. même attitude. Je citerai en particulier les singes du genre Atèles.

c. Tous les animaux à sang chaud dont les artères sont grandes et dont le cœur est puissant, ont la faculté de produire des mouvements énergiques et rapides. Mais il leur est impossible de garder longtemps la même attitude active. Leur nature

120 1)H LA l'H V-SIÛNOMIli

n'est point de continuer longtemps Un nfiotivement, .mais de le répéter souvent. Tels sont les mammifères coureurs et les oiseaux de haut vol.

il. Toutes les fois que, dans un animal à sang chaud, certaines parties doivent se mouvoir avec lenteur ou conserver longtemps la même attitude, la nature ralentit la circulation artérielle dans ces parties, en divisant dès leur origine les troncs artériels en longs faisceaux d'artères capillaires. Cette curieuse disposition a été observée dans les bradypes , les fonnnilurs et certains lémuriens, tels que le lovi tardigrade , le stowps grêle, le tarsier. M. Yrolick l'a vue également aux membres postérieurs de quelques oiseaux. J'en ai moimême constaté l'existence dans la patte de l'm^rcuil et du rat, qui demeurent longtemps perchés sur leurs membres postérieurs.

Si nous rapprochons ces faits, nous en tirerons cette conséquence naturelle que la faculté de produire des mouvements lents et de garder une attitude fixe est liée à un ralentissement de la circulation artérielle, et que la faculté d'exécuter des mouvements rapides et souvent répétés est liée, au contraire i à une accélération du mouvement artériel.

Or, ainsi que nous l'avons dit plus haut (Y. art. "V'IIl), quand la respiration s'exerce librement, la circulation s'accélère. La circulation languit, au contraire, quand la respiration est suspendue, et les réseaux capillaires s'engorgent d'un sang noir et veineux.

Si donc il s'agit de produire des mouvements vifs et rapides , s'il faut les répéter souvent, on devra essayer de respirer à pleins poumons. Savoir respirer, c'est savoir courir, nager longtemps. Et les professeurs d'escrime attachent avec raison une grande» importance à donner aux mouvements respiratoires une indépendance complète.

Faut-il, au contraire, soutenir un grand fardeau, garder longtemps la même attitude, lutter en résistant, nous faisons un grand mouvement d'inspiration , puis nous cessons de respirer ; c'est là la vraie théorie de l'effort continu.

Ainsi donc, en nous résumant, l'effort, en ralentissant les mouvements du sang, est une des conditions premières de la résistance.

XXI. — Mais si l'effort était continué au-delà de certaines limites , il amènerait rapidement la mort. Quand donc il s'agit de produire une suite de mouvements prolongés destinés à vaincre suc-^

cessivement une résistance, il est nécessaire de régler le mouvement de l'efTort et de le combiner d'une certaine manière avec la respiration.

Le mécanisme de cet effort mitigé est bien connu des marins et des artisans qui l'emploient à chaque instant d'une façon toute naturelle.

Au moment de produire l'effort, on fait une grande inspiration qu'on maintient une ou deux secondes, en attendant le signal du mouvement. Puis le mouvement comnience, et pendant toute sa durée, on pousse un cri prolongé très-semblable à un gémissement j mais toutefois plps ferme et plus accentué.

Ce cri très-caractéristique est un des éléments essentiels de la gymnastique des boulangers. 11 se compose de deux parties ou de deux sons qu'on peut écrire ainsi : oôh, heê-ehn. La double syllabe oôh se produit pendant l'inspiration préparatoire, la diphthongue soufflée heê-ehn^ est émise et prolongée pendant toute la durée de l'expiration.

Ce cri appuyé et prolongé produit des effets analogues à ceux de l'effort, comme le prouve la congestion des veines du cou. Mais il limite ces effets en leur donnant une durée déterminée. Je prie de remarquer qu'il ne se produit jamais quand

il s'agit seulement de lancer un coup rapide qu'on retire aussitôt. Le coup de poing du boxeur n'est accompagné d'aucun cri. 11 en est de même de la riposte du spadassin. Mais le cri heê-ehn accompagne toujours le cri appuyé ou poussé. Le mot hisser est tiré d'un cri analogue que les gens qui enlèvent des fardeaux poussent fréquemment. De même un bûcheron inexpérimenté appuie sur le coup de sa cognée , et fait entendre chaque fois le cri heê-ehn^ ou plutôt sa contraction hêh ou hâh. Je ne puis m' empêcher de faire remarquer ici l'analogie frappante qui existe entre ce cri Mh et ces mots hache ^ hacher^ les seuls mots peut-être auxquels la langue française ait conservé une véritable aspiration. Les mots âEiw, , ascia, bien qu'adoucis, ont évidemment une source analogue.

Ces remarques ne paraîtront point être (je l'espère du moins) un simple jeu de l'esprit. En effet, avant d'arriver à leur état abstrait, je dirai presque algébrique , les paroles de l'homme sont essentiellement des gestes de la voix. Dans la vie de l'humanité comme dans celle des individus, les sentiments ont dû précéder les idées.

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