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de notre famille, de nos pures et saines traditions
ancestrales, sans cependant nous donner une vraie connaissance de la vraie France, la France intel-
lectuelle et humanitaire.
Depuis longtemps nos parents ont beaucoup souffert — et c’est en souffrant avec eux que nous écrivons ces lignes — des conséquences effroyables d'une pareille politique d'enseignement. N’ont-ils pas, en effet, souvent entendu avec quel légitime effroi mêlé d’amerture et de douleur, leurs enfants, dépourvus d'éducation traditionnelle, et mal instruits à l’école française, leur dire: « Je suis majeur, je suis libre, j’ai la liberté de choisir la femme qui me plaît, j'ai le droit de me marier quand je veux, vous n’avez pas le droit, etc., etc... » |
Avec toute sincérité, nous disons hautement que, comme nos pères, nous préférons la perfection morale, au perfectionnement matériel. Comme nos pères, nous aimons mieux Conserver l’ordre, le respect, l'harmonie dans notre famille. Nous ne voulons pas introduire dans notre foyer ancestral des monstres pareils fabriqués par une politique odieuse, avec leur « majorité », leur « liberté », leur « droit ».
Mais, puisque nous ne pouvons pas éviter la contamination de la civilisation scientifique et maté-
rielle, puisque de gré ou de force, nous sommes
entraînés dans le tourbillon de la suractivité et de l'agitation économique et mécanique, à quoi bon perdre notre temps — bien qu'il soit parfois doux de le faire — à contempler philosophiquement nos vertus antiques, à en déplorer tristement la disparition, à rêver mélancoliquement à un retour vers le passé. :
Notre vieux pays d'Annam, désormais, entre, que nous le voulions ou non, dans un nouvel âge; et nous savons, aussi bien que quiconque, que chaque âge à ses coutumes, ses aspirations et ses besoins et que les institutions d’un peuple doivent suivre la marche de la civilisation. Cependant, qu’on veuille bien nous permettre de traduire ici les vœux les plus ardents suivants de toutes les familles annamites: « Qu'on laisse notre vieux pays d’Annam évoluer d’une manière calme et réfléchie, comme il convient à ses aptitudes sagement pondérées; qu’on ne fausse pas, dans un but politique néfaste, la marche de son évolution; qu'on n'’ébranle pas à la légère les saintes bases de notre famille, qu'on ne porte pas atteinte aux pures et saines traditions que nous ont léguées nos ancêtres, afin de les faire disparaître trop hâtivement; surtout qu’on ne détruise pas nos anciens édifices sociaux et religieux sans être bien certain qu’on pourra les remplacer par quelque chose, sinon de meilleur, du moins d’équi-
valent. »