‹ De la pigmentation des muqueuses dans la mélanodermie phtiriasique et du diagnostic différentiel de cette affection avec la maladie d'AddisonChapitre 16 sur 29 · AD GR · texte numérisé non relu

AD GR

Deux enfants morts de méningite (?) Est à Paris depuis une vingtaine d'années comme bonne à tout faire, Depuis quelque temps sans ouvrage, la malade était réduite à la misère, couchant dans les asiles de nuit. |;

En l'interrogeant avec soin, on apprend qu’à deux reprises, la malade a présenté une teinte jaune des sclérotiques avec prurit et élévation thermique persistant quelques jours, sans douleurs vives, bref, tous les signes d’un ictère catarrhal. ;

Antécédents héréditaires. — Parents morts à un âge avancé ; le père présentait une teinte brune accusée des téguments.

Actuellement, la malade se plaint d'une grande faiblesse généralisée avec douleurs musculaires prédominantes aux membres inférieurs, douleurs l’empêchant même, à son entrée à l'hôpital, de se tenir debout. On note un léger état saburral des voies digestives supérieures ; la langue est blanche, recouverte d’un enduit facile à enlever ; les dents sont mauvaises, plusieurs manquent : on remarque la présence de nombreux chicots, surtout aux molaires du côté droit.

L’estomac est un peu dilaté. Le ventre, plissé et mou, se laisse facilement déprimer. Le foie est un peu gros : il déborde les fausses côtes de trois travers de doigt. La limite supérieure atteint le cinquième espace intercostal, il est done nettement augmenté de volume, mais ni dur ni douloureux.

D'ailleurs la malade ne se plaint d'aucun trouble digestif.

Le cœur ést normal : 80 pulsations à la minute. Ces pulsations sont faibles, mais régulières et bien rythmées. La tension un peu abaissée, marque 13. Ni souffles, ni bruits surajoutés.

Du côté de l'appareil respiratoire, on note aux deux bases quelques râles sibilants disséminés, sans matité ni submatité, les sommets sont normaux ; la respiration est longue et facile ; la malade expectore le matin quelques crachats filants sans caractère spécial.

Les urines sont claires, normales ; elles ne SRDEÉSOR EL ni sucre, ni albumine, ni pigments biliaires

Les reflexes patellaires sont un peu affaiblis. Les facultés intel- Jectuelles sont peu développées; malgré tout, la malade répond facilement aux questions.

Roue

Ce qui frappe surtout, c’est l'état de l'appareil cutané. Le derme est le siège de deux sortes de lésions : 1° lésions de grattage ; 2° mélanodermie.

Les lésions de grattage sont peu accentuées ; elles consistent surtout en sillons longitudinaux recouverts de eroûtelles noirâtres, siégeant d’une part sur l’abdomen, d'autre part et surtout, sur la face externe des cuisses.

La mélanodermie apparaît par placards nettement localisés et appréciables : à l’aisselle, à la ceinture, aux grandes lèvres et au sacrum.

Le reste du tégument est plus teinté que normalement, et les intervalles de peau saine sont nettement d’une teinte chamois ou gris sale.

De plus, en faisant ouvrir la bouche, on remarque, en deux sièges précis, d'une part, à la commissure labiale, empiétant un peu sur la face interne des joues, d'autre part, à la face interne des joues, au niveau des prémolaires, des taches brun foncé disposées transversalement. Les pigmentations sont fort nettes et très apparentes. Le voile du palais et la langue sont très indemnes.

… En examinant de plus près la muqueuse de la malade, on peut remarquer à l'entrée du vagin deux taches brunâtres latérales, rappelant, par la coloration, les taches observées à la bouche.

Les points du corps normalement pigmentés, tels que aréole du sein, ligne brune abdominale, etc..., sont teintés plus fortement.

Etant donné l’état de misère dans laquelle se présente la malade, et surtout vu la présence dans les vêtements de nombreux pediculi vestimentorum, et en l'absence de tout autre signe, on porte le diagnostic de mélanodermie phiiriasique.

La malade est mise au repos, à la diète lactée d’abord, puis à l'alimentation normale. Son état s'améliore et un mois après son entrée, entièrement remise, elle part au Vésinet.

La pigmentation cutanée, à ce moment, est beaucoup moins accusée, sans toutefois avoir disparu complètement ; par contre les mélanodermies muqueuses, aussi bien buccales que vaginales, ont gardé leur intensité première.

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