CHAPITRE VI
Le diagnostic de la maladie des vagabonds se fera par la constatation de la mélanodermie, par la distribution de cette mélanodermie sur les régions où règne en général la phtiriase, par la constatation même des parasites.
L'existence de pigmentations buccales, l'existence de la cachexie et de l’asthénie qui font partie dans certains cas du tableau clinique pourraient égarer le diagnostic vers d’autres causes de mélanodermie. Nous allons passer en revue ces mélanodermies qui peuvent simuler la maladie des vagabonds.
On divise les mélanodermies en :
Mélanodermies par troubles évolutifs ;
— de cause nerveuse : — hématiques :
— toxiques ;
— de cause locale.
$ 1. — Mélanodermies d’origine évolutive.
Ces mélanodermies ne seront pas confondues avec la mélanodermie phüriasique, car il s’agit le plus souvent de mélanodermies partielles, ce sont : les nævi pigmen-
tatres, dont les dimensions sont quelquefois lenticulaires (Jentigo) ou quelquefois en nappes plus étendues sur la totalité du tronc. Ce sont, d'autre part, les éphélides ou taches de rousseur, qui apparaissent vers l'âge de 4 ou 6 ans. Mais quelquefois la pigmentation diffuse peut se rencontrer dans la maladie de Recklinghausen ou neuro fibromatose. Cette affection est plus souvent caractérisée par des taches lenticulaires où nummulaires et c'est beaucoup plus rarement que l’on rencontrera la mélanodermie diffuse. Le diagnostic sera fait de toutes façons par la coexistence des névromes ou des neuro-fibrones et des troubles nerveux.
$ 2. — Mélanodermies d’origine nerveuse.
Les mélanodermies d’origine nerveuse peuvent dépendre d'un trouble fonctionnel de l’appareil nerveux sympathique péricapsulaire. La mélanodernie peut d’autre part être liée à la lésion d’un nerf tégumentaire cérébro-spinal. Dans le premier groupe le type est la mélanodermie addisonienne.
DIAGNOSTIC DE LA MÉLANODERMIE ADDISONIENNE
C'est surtout la mélanodermie addisonienne qui pourra être confondue avec la maladie des vagabonds. Nous rappellerons tout d’abord les caractères différentiels de la mélanodermie : la couleur des téguments peut être jaunâtre ou brun foncé, quelquefois elle est absolument noire ; elle peut arriver même à un degré de
pigmentauon plus accentué que la maladie des vaga-
RE Pr bonds. Elle est toujours plus accentuée dans les parties découvertes à l'inverse de ce qui se produit dans la maladie pseudo bronzée. Enfin la mélanodermie est également plus accentuée dans les territoires normalement plus chargés en pigment : organes génitaux et leurs pourtours, mamelons et leur auréole, aisselles.
Enfin la ligne blanche, le cou et la ceinture sont particulièrement pigmentés. La pigmentation des mu-. queuses est particulièrement frappante, mais nous avons vu que nous pouvons la rencontrer également dans la maladie des vagabonds. Quelquefois cependant on constate qu'il y a une teinte jaune ou brune des conjonctives oculaires et palpébrales. Enfin, à côté des régions hyperpigmentées, on peut observer des régions dont la pigmentation est diminuée. Il existe alors des taches leucodermiques qui rapprochent cette dyschromie du viüligo. :
Au moment même où nous observions notre malade alteint de mélanodermie phtiriasique dans le service du professeur Dieulafoy, nous pouvions, à quelques lits de distance, observer ün malade atteint de maladie d'Addison et nous pouvions faire la comparaison entre les deux affections.
Nous publions ci-dessous cette observation que nous avons recueillie avec la collaboration de M. Séjournet.
Observation personnelle et inédite.
Clinique médicale de l’Hôtel-Dieu, Service de M. le Prof DIEULAroY.
Maladie d'Addison.
Ce malade, âgé de 37 ans, autrefois sommelier, actuellement sans profession, est entré à l'hôpital le 8 avril 1907. Il est atteint