I.K PKIIIII.ÜMK HKS OllIGINKS. f
sensoriolles immédinles, nous nous ofl'oivons de nous yraltaclier l'iroilonionl , el nous |•(‘j)ollssons comme Irompeiir toul ce qui s’en éloifriie. Mais la cerliludo de ce qui csl au delà ne le cède en rieii à la cerlilude de ce qui esl dans l’élroite limite de nos perceptions, en vertu même de cette vérité nécessaire que toute limite est conventionnelle. .lamais ra|)parenle contradiction des thèses fondamentales de la lofri(jue n’a éclaté plus vivement : l’infini a le fini pour contrôle et pour garantie.
Il esl bien cerUun d’ailleurs que dans toul ce que nous pourrons apprendre, il y aura toujours une réserve relative à l’étendue de nos facultés; et, pour ce qui esl des origines, celui qui repousserait toute solution en disant <|ue nous ne pouvons savoir si lesforces que nous constatons existaient dans le jiassé, celui-là, dis-je, pourrait tout aussi bien contester la vérité absolue des sciences mathématiques, en alléguant, par exemple, que notre entendement pouvait être, à une époque donnée, autrement constitué. Celle remarque aboutit, on le voit, à ne reconnaître <pie des vérités relatives , même pour les notions qui se rattacheraient à l’absolu ; le problème des origines peut être, par un effort d’imagination, placé dans l’absolu, mais sa solution csl nécessairement dans le relatif; nous pouvons en être assurés au même titre que d’une notion quelconque , c’est-à-dire par rapport à l’être actuel, sujet et objet.
io
INTRüni’CTION.
Nous n’assisloii;; donc jamais à l’évolution d’aucnn phénomène qui mérite le nom de création. Ni dans l’ordre des sciences abstraites, ni dans les opérations de la nature, nous ne pouvons même supposer un acte ou concevoir une notion qui soit sans antécédents. En sorte que l’infini malliémalique dans la succession des faits est à la base de toutes nos observations, .le dis à la base — car il est antérieur à tout détail — il est ce que la phénoménalité offre de plus général .
Mais les rapports d’nutécédence qui se montrent à nos yeux ne sont en réalité, ainsi que nous l’avons rappelé plus haut, (|ue des Iransformaiions, et la somme des forces employées doit se retrouver, équivalent pour équivalent, dans la séiie successive des manifestations. Cela est-il vrai pour le monde organique aussi bien que pour le monde inorganiipie, quoique, conformément aux lois du développement historique des sciences, la vérification expérimentale ne soit complètement acquise que pour le monde inorganique? Cela est grandement probable. I?évidcnce rationnelle est ici presque l’égale de la démonstration objective (1), et l’impossibilité de concevoir un commencement aux choses, jointe à la certitude de l’apparition non simultanée mais successive des êtres vivants, oblige l’esprit à admettre que cette succession
(1) Voyez l’épigniplic cmprunliV à Didcrol.
LE l'ItOFtLÈHE DES orUCINES.
.1 pour coud i lion nécessaire la conversion permanente (les forces qu’ils personnilienl.
M. Lillré Ini-même, malgré l’apparente élimination que nous avons signalée pins haut, avait dit, peu de temps auparavant, dans une des pins belles pages qui soient sorties de sa plnme, — je dirai môme, qn ‘offre notre littérature: — « Leurs cosmogonies, (celles des astronomes), n’ont rien de commun que le mot avec celles des poètes primitifs et des antiques traditions. Elles 'ne prétendent en aucune façon expliquer ni comment la matière est sortie du néant, ni comment, de l’état de chaos, elle a passé à un ordre meilleur. Pour la science moderne la matii're est, je ne dirai pas éternelle, mais sans commencement, c’està-dire qu’on ne peut lui assigner un (jommencemenl ; et elle est telle avec ses projiriélés de pesanteur, de caloricité, d’électricité, de lumière, d’affinité, de vie, dont elle ne peutjarnais être dépouillée. Car la science moderne qui renonce à concevoir tout commencement à la matière , ne renonce pas moins rigoureusement à concevoir un commencement à ses propriétés. Ce fut la tentation et la tentative de la pensée juvénile et inexpérimentée, d’imaginer des modes sous lesquels elle se représentait la matière ou primitivement produite ou subs(iquemtnent tirée de l’inertie, et animée de facultés. L’illusion s’est dissipée (1)... » Eli bien, je
(1) Littré, Etuili’ sur le Cosmos de M. de Humboldl (Revue germanique, 1858, n"5).
INTlUMtl CTION.
le répèle, c’esl l:i une soliilion, el voilà flans quel sens le problème (le l’origine esl scienlifiqnc el dans quel sens il reçoit une réponse : Tunivers dans sa phénoménalité esl un ensemble de conversions dynamiques el plastiques, sans commenccrneni comme sans terme final. Une criliipie très-partiale a vainement cheicbé dans ces dernières années à rallacber exclusivement celle solution à Unne des écoles jdiilosopbiques qui se disputent le domaine de la pensée ; c'est précisément, tout au contraire, une marque de sa valeur, qu’elle esl sortie spontanément do toutes les écoles dites matérialistes on spiritualistes, qui ont reconnu que l’élimination du surnaturalisme était la condition première des sciences.
Il n’y a donc [kis de place entre les deux termes: ou admettre une création de toutes pièces e.i: niliilo, ou reconnaître tpie la substance a toujours été, ou tout au moins (ce qui revient au môme pour nous), que nous ne pouvons concevoir son commencement. Sur la première hypothèse, M. A. Maury a tracé avec une grande précision le cercle vicieux dans lequel s’enferment les partisans d’une création ex nihilo. « Dieu, dit-il, ne pouvant être à nos yeux qu’une activité,., qu’une force immatérielle cl intelligente, il a du, pour s’exercer, pour agir, pioduire pcrpéluelle- ^^eTit un objet sur lequel il pût exercer celte activité, et cet objet esl l’univers, autrement dit, pour nous servir d’un langage moins métaphysique el qui re-
LK l'ROIlLÈMK llES ORIGINES.
pose SUE des idées plus claires, Dieu u’élanl qu'une cause, n’exisle qu’à la coudilion de produire des ell’els... Cel elTet élanl l’univers, Dieu a dû le p roduirp de toute élernilé .i. Supprimez le monde, cl TKlrc suprême iie devient plus nécessaire, le néant seul peut être conçu...; s’il est donc alisurdc de supposer que Dieu soit sorti du néant en même temps que l’univers, il faut admettre qu’il lui est coéternel ( 1 ). » Une autre forme de laisonncment (pie j’emprunte à un écrivain spiritualiste marquera mieux encore l’impossiliililé sulijcclive des légendes créatrices. « Il est si naturel, dit Jean Reynaud, de croire avec la jduparl des religions et des écoles pliilosopliiques de l’antiquité que l’univers a existé de tout temps que l’on est réduit à se demander comment il est possible que l’opinion contraire ail pris naissance. En cITet, l’imivers existant à un instant donné, il est aussi facile de concevoir qu’il existait aussi l’instant d’avant, (pi’il l’est peu de s’imaginer que l’instant d’avant il n’existait pas. El cola seul sid'fit pour faire remonter de proche en proche, jusque dans l’inlini, celui qui cherche l’origine des choses ; ce serait donc à ceux (pii pi'élendent (pie l’univers cesse tout d’un coup à un point déterminé des temps qui nous précèdent, à nous faire coiiuaîlrc la raison d’un changement si extraordinaire. Or, il est évident que celte raison ne
(I) .\ll, KncifiioptWi imxleriic, ail. ijismu-i.Mi..
IM'UOniJCTlON.
saurait se Hétluirc ni Hc l’id(‘e du néaiil qui,n'étaul rien, ne peut rien, ni de l’idée de l’univers (jui, une fois admise dans l’esprit, y porte avec elle l’idée d’avoir toujours été, ni enliii de l’idée de Üieu, car Dieu en présence d’un univers qu’il aime, qu’il "ouverne, (jii’il inonde des rayons de sa propre béatitude, constituant un ordre soiiveiainement bon puisque autrement il n’cxislerail pas, cet ordre, le plus convenable actuellement, doit être le plus convenable aussi pour tous les temps imaginables... Si de toute éternité, Dieu a eu la puissance de produire Punivcrs, si de V toute éternité sa sagesse en a formulé l’barmonie, si
de toute éternité, sa bonté l’a aimé, n’est-il pas évident que de tout temps possible l univers a dû exister et comparaître en réalité devant lui (1)? »
Que maintenant en regard de ces déclarations rationalistes on place les formules de Spinoza et les métapiiores de Hegel ; le principe : rien ne naît, rien ne meurt, aussi bien que les doctrines restaurées de Büchner, de Molescbolt et de Vogl, et l’on reconnaîtra l’accord de toutes les doctrines naturalistes, qu’elles aient adopté l’iiypolbèse esprit ou l’Iiypollièse matière, sur cette question fondamentale.
On ne se méprendra ])as sur le caractère pbilosopliique des remarques qui précèdent et l’on ne confondra pas, je l’espère, l’origine et la cause.
(I) Jaan UeviKiud, Arrc H Ciel, I8.M, |i. 210 il 220.
LE l’ROULÉME DES UK1GI.NES. IS
Des causes, nous ne savons rien ; une notion purement métaphysique ne comporte aucune preuve; elle ne s’appuie sur aucune nécessité, elle n’entraîne d’ailleurs aucune négation. Des origines, au contraire, nous savons beaucoup et nous pouvons affirmer que, dans l’ordre naturel, les phénomènes ne sont qu’une suite indéfinie de transformations. Mais l’on se gardera de conclure, de ce que les foi'ces sc transforment qu’elles sont réductibles les unes aux autres. Ni dans les forces physiques ni dans les forces chimiques, ni dans les propriétés vitales, l’équivalence n’entraîne l’unité et nulle hypothèse n’est plus dangereuse qu’une force unique, dont l’action secrète déterminerait les formes apparentes des choses.
Il en est de même a fovtion de l’hypothèse fondamentale qui donne lieu de nos jours à de si regrettables et si vaines polémiques sur ce qii’cst en soi le substratum des idiénomènes, matière ou esprit, ou matière et force insé[)arablpment unis. Il est évident que ces termes désignent dépurés abstractions qui ne sauraient désormais jouer aucun rôle dans les sciences. luiS matérialistes et les spiritualistes ont pris également une même méthode vicieuse, et les premiers sont encore plus inconséquents que les seconds, puisqu’ils reconnaissent que la matière est inséparable de la force et que néanmoins ils disent que tout est malière.
l'jn dernière analyse, sur ce point on est arrivé.
Ifi
INTROÜÜCTION.
depuis bien des siècles, à imaginer l’inerlic d’un corps qui rcprésenlc la matière, et le mouvement qui rcprésenlc la l'orce et qui est communiqué au corps. Descartes, adoptant ce dualisme liclif, s’est écrié : « Donnez-moi de la matière et du mouvement, je rel'crai le monde. » Prélenlieusc assertion dont Diderot lit justice, où se montre l’ignorance de la vraie mélliodc scienliliqiie, qui classe les phénomènes et en établit la succession sans s’inquiéler de savoir ce qu’ils sont en soi. Ce qu’on entend par matière est véritablement ce qu’il y a de plus inintelligible; aussi, en l’absence de toute délinition, les matérialistes prélendent-ilsquc la matière est tout œ qui est. Les spiritualistes de leur coté avancent que ce tout ee qui est est un produit d’une force qui seule a de la réalité et qui seule est tout ce qui est, le principe des choses. Arrivés là, les nus et les autres, se retranchent derrière des afiirmations personnelles et la discussion devient une dispute; mais nous avons assez marqué la ligne (jui sé|)are, dans l’ordre d’idées où nous sommes, la recherche possible de la recberche impossible, et, pour cc (pii est de l’origine des choses, nous croyons (pi’il faut désormais aflirnicr (pi’il n’en est pas de concevable, c’est-à-dire qu’il n’en est point.
Or, à un point de vue purernont abstrait, il en est nécessairement de notre planète comme de l’univers; il eu est de la vie organi(jiic, il en est de riiomme comme de la Terre. Tout a toujours été en
LA VIE OKCA.MLIIJE.
|iiiissance. Une Iraiisformalion continue suppose qu’en réalité aucun moment de la durée n’a marqué une forme complètement nouvelle, l’une n’avait pas cessé d'être quand l’autre commençait, en sorte que dans cet incessant mouvement vers un devenir inconnu, il est imjKtssible de tracer une limite qui ne soit de pure convention. C’est seulement dans ce dernier sens, et avec ces restrictions, que l’on peut concevoir üclivement une origine à la planète, à la vie ou à l'être individuel. L’infiniment petit et rinüniment grand enveloppent l’Iiomme de toutes parts; se dérober à cette condition suprême et lui opposer une fin de non-recevoir comme non scientifique, ce serait récuser les mathématiques elles-mêmes, que l’esprit positif place à la base du savoir humain, et qui ne peuvent ni déterminer le point où l’hyperbole rencontrera son asymptote , ni concevoir le lieu où deux lignes parallèles se rencontreront, ni limiter le nombre des moyens que l’on peut insérer entre deux termes d’une progression sans (pie pour cela l’oxactitude de leurs solutions soit jamais contestée.
LA VIE ORCANIOUE
Il importe maintenant de rétrécir le sujet; et s’il est bien entendu que l’origine est toujours la consé-
RUILBT. ‘-t
i.vrnoDUCTioN.
queiice d’une évolution, et non point une création, nous pouvons nous demander, sans craindre cjue l’on SC méprenne sur le sens des mots, quelle est l’origine de la vie organique à la surlace de la terre. Delà terre clle-mèmc il ne saurait être ici question, car il est impossible d’isolcr son histoire de celle du système solaire.
Sachons seulement que notre planète a traversé des phases de conslitul ion physique telles que des millions de siècles suflisent à peine pour laisser entrevoir une date dans la durée. Lorsque la terre brillait parmi les astres lumineux du système solaire, et que son atmosphère brûlante s’étendait dans l’espace de beaucoup au delà des limites qu’elle occupe aujourd’hui, nous savons qu’à sa surface aucune existence organique n’était possible dans les conditions que nous attribuons à la vie. Plus tard, le rei'roidissement, produit par le rayonnement dans l’espace, amène la formation d’une première écorce cristalline minérale continue, qui isole la masse externe; puis les eaux recouvrent, sur une épaisseur plus ou moins considérable, la plus grande partie de cette écorce; enfin, une atmosphère, où les proportions des éléments différaient de celles d’aujourd’hui, se superpose à la couche des eaux, et va servir à façonner les couches successives du globe.
« On a pensé, dit M. d’Archiac, que lors de l’apparition des premiers êtres organisés, la composition de
LA VIL OIIG\M(JÜK.
ratmosplière différait de celle de nos jours, cl «jii’elle doit avoir perdu, depuis, de l’azote, du carbone et de l’oxygène, entrés immédiatement ou médialementdans la composition des corps organisés et des roches...; et, en effet, l’azole n’étant connu qu’à l’étal gazeux ou combiné dans les corps organisés, on ne comprend pas sous quelle autre forme il pourrait avoir existé. On doit donc penser que c’est à ralmosphère que l’organisme animal l’a emprunté... Quant au carbone, nous devons sup|X)ser également que tout ce (|ui est contenu dans l’anthracite, la bouille, les ligniles, les bitumes, la tourbe, etc., tixé ainsi par l’action des forces vitales, 'a dû être enlevé à l’atmosphère (1)... »
Sans |voursuivre plus loin l’examen de ces questions saAainmenl développées dans les ouvrages de Broun et de M. d'Archiac, nous pouvons concevoir les premières traces de la vie organique et le moment géologique auquel elles se sont montrées. Mais sous quelles formes et d’où provenaient-elles? Quelle fatalité les |H)nssail? Venaient-elles des forces cosmiques simples transformées, ou bien représentaient-elles un fait complètement nouveau? Ce caractère de nouveauté n’étail-il qu’apparent, et les germes des êtres vivants étaient-ils disséminés dans l’espace en dehors des conditions de leur existence terrestre, en sorte que ce
( I ) D'Archiac, Paiéonlolugie slralùjraphique, 1" amicu, II" parlic, p. 21 .
INTIIODICTIO.N.
que nous croyions voir naîlic n’élait qu’invisible? Questions indécises mais non insolubles !
« Dès que rabaissement de la lem|iéralure permit aux eaux de se maintenir d’une manière permanente dans les dépressions de la surface devenues les premiers bassins des mers, dit encore M. d’Archiac, le principe de la vie se manifesta; principemystérieuxdont lesaclions suivies à travers les modifications les plus étranges, les types innombrables, une variété et une richesse qui défient tout ce que notre imagination pourrait concevoir pendant une série de siècles incalculables, donnent l’idée la plus grandiose de celte nature infinie dans le temps, infinie dans l’esj)ace, infinie dans la forme (1). »
De quelque façon que l’on envisage ce problème, il semble que le mieux est île ne faire intervenir une hypothèse que si elle est absolument nécessaire; ici l’hypothèse admet une création de toutes pièces, soit par nue volonté extra-naturelle, soit par une combinaison fortuite ou nécessaire des forces physiques. Supposez celte double conce|)lion renversée, que restet-il? Défait d’une apparition des êtres organisés; or, ipii dit apparition ne dit pas création; — car la notion de l’indestructibililé des forces imitliipic seulement une transformation, ou, si l’on veut, une évolution.
il va donc de soi, à moins d’y être contraint par un
(1) n'Aicliiar, Gt'olvgie cl paleunlologif, 1800, |i. Toi.