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lomoignage plus positif, que la voie la plus simple est d’admellre que les germes d’un monde organique, dispersés dans l’espace, se sont développés le jour où ils ont trouvé dans les mers primitives, ou sur le sol, les conditions nécessaires à leur éclosion.
Quand il s’agit des forces physiques, nous semblons ne faire de leur origine aucune difliculté. Nous les prenons telles que nous les trouvons, chaleur, lumière, électricité, soumises à des conditions latentes ou actives qui ne nous trompent point sur leur véritable provenance. 11 en est autrement de la vie organique. De ce que les premières forces que nous constatons, et dont nous ne cherchons môme pas l’origine au delà de notre système, ne paraissent point suffire à engendrer parleur concours les forces organiques, il ne s’ensuit point qu’une volonté extrinsèque ail dû intervenir pour leur donner naissance. Klles étaient là, latentes. Le philosophe le plus brillant du dix-huitième siècle, Diderot, a exprimé dans les termes suivants cette ingénieuse conception :
« Le philosophe abandonné à ses conjectures, dit-il, ne pourrait-il pas soupçonner que l’animalité avait de toute éternité ses éléments particuliers épars et confondus dans la masse de la matière, et qu’il est arrivé à ces éléments de se réunir parce qu’il était possible que cela se fît; que l’embryon formé par ces éléments a passé par une infinité d’organisations et de développements. . . qu’il a eu ou qu’il aura un état stationnaire ;
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qu’il s’éloigne ou qu’il s’éloignera tle cel étal par un ilépérissemenl élernel, pendant lequel ses facultés sortiront de lui commes elles y étaient entrées; qu’il disparaîtra pour jamais de la nature, ou plutôt qu’il continuera d’y exister, mais sous une forme et avec des facultés tout autres <pie celles qu’on lui remarque dans cet instant de la durée (1)? »
Cette hypothèse, déjà soutenue par Leibnitz, Bonnet le naturaliste, Swammerdam et Haller, a de nos jours trouvé dans Czolbe un savant interprète. Elle n’est contraire à aucun fait positif. Elle se concilie parfaitement avec la doctrine des transformations, et, à moins que des faits nouveaux ne permettent de la considérer comme s.uperflue, elle mérite d’être réservée, car de l’aveu môme de M. P. Janet, elle est à l’abri de toute réfutation.
La seconde hypothèse est celle d’une genèse spontanée des ôlres vivants, par l’action des forces physiques et chimiques. Elle reste ouverte à la démonstration expérimentale qui jusqu’à ce jour semble lui avoir l'ait défaut. De plus, elle a contre elle nombre de faits, et elle semble en contradiction avec quelques-unes des lois les plus généralement admises. 11 ne faut pas méconnaître cependant que les forces physiques et les (|uelques-unes des propriétés vitales peuvent offrir une même mesure, et que le travail mécanique produit
( 1 ) Inlerpr. (U ta nai.,
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LA VIE ORGANIOLE.
par la conlraclilité musculaire est en rapport avec la quantité de carbone consumée, exactement de la môme façon que dans les machines. Mais il ne s’ensuit pas que l’on puisse expérimentalement convertir les forces physiques en propriétés vitales; ce sont plutôt celles-ci que se résoudraient partiellement en forces inorganiques.
Avant donc de troubler l’ordre sériaire établi d’après la complication croissante des jthénomènes, on est en droit d’exiger les démonstrations les plus rigoureuses. Nous ne résistons pas au plaisir de citer ici une jiage toute récente de M. le jirofesseur Ch. Robin :
« L’homme faisant partie, avec les autres êtres organisés, des couches superficielles du globe, les lois d’après lesquelles s’accomplissent les phénomènes biologiques, depuis celles de la nutrition jusqu’à celles de l’innervation et de la réunion des hommes en groupes sociaux, n’ont rien de contradictoire avec les phénomènes généraux d’ordre cosmologique. Elles n’offrent aucunement l’opposition qu’on a longtemps admise entre elles avant qu’elles fussent connues; elles sont seulement de moins en moins simj)les, de moins en moins générales, de plus en plus subordonnées les unes aux autres ; mais elles ne sont aucunement identifiables, il n’y a pas même une gradation ni une transition insensible des jiremières aux dernières. De plus, l’immanence à la matière tant brute cpi’orga-
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nisée, selon les cas, des propriétés élémentaires, fait que dans rtine et dans l’autre leur manifestation est simultanée, ou du moins la manifestation de l’une suscite inévitablement la manifestation d’une ou de plusieurs autres d’entre elles. Cela ne se produit pas sans ordre. Cette simultanéité entraîne inévitablement une solidarité d’activité. Cette solidarité d’action a sa loi ; cette loi est commune aux actes d’ordre cosmologique et à ceux d’ordre biologique; elle est la même pour les actions élémentaires multiples. Elle est supérieure aux lois d’après lesquelles se manifeste chacune des propriétés de la matière brute. C’est elle dont quelques-unes des faces ont été étudiées sous les noms de loi de lu con’éUition des forces, de Véquivaletice des forces, des àjuiiHdents mécaniques de la chaleur, de lu lumière, etc. Par suite d’une illusion analogue à celle qui fait croir<; que les propriétés de la substance organisée sont des cas particuliers de colles des corps bruts, cette loi de la solidarité, conséquence de la simultanéité d’action, est considérée ordinairement comme démontrant l’identité de toutes les propriétés de la matière, ou en d’autres termes l’unité des forces.
« Ainsi les êtres organisés faisant partie du globe terrestre au même titre que les corps bruts, toutes proportions gardées, rien ne contredit fatalement la possibilité de découvrir un jour cpic les lois relatives à la constitution et aux actes de ces êtres ne sont que
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des cas particuliers des lois d’ordre cosmologique; mais jusqu’à présent cette découverte est encore à faire, malgré de fréquentes illusions à cet égard. Du reste, cette découverte nue fois opérée, il y aurait encore à formuler la loi de la solidarité d’activité dont bien des faces demandent à être éclairées, surtout en ce qui touche les êtres organisés (1). »
A ces remarques s’ajoutent des objections qui, pour la doctrine naturaliste, ont non moins de poids que pourles partisans du surnaturel et se |)resseut de toutes parts ; l’une des plus fortes est le mode même de génération des êtres organisés, (jui a donné lieu à l’adage omne anhml ex ovo, en vertu duquel la genèse spontanée doit produire non plus des organismes, mais des germes, en sorte que ce ne serait que par un singulier détour, que les circonstances extérieures donneraient naissance à l’organisme.
C’est ce qu’a très-bien compris mademoiselle C. A. Royer, qui, dans l’une des très-savantes notes (|u’elle a ajoutées à son excellente traduction de Darwin, parle de l’élaboration des (jermes par la matrice universelle qui aurait eu, « à l’iine des phases de son existence, -le pouvoir d’élaborer la vie, » et qui suppose ce pouvoir produisant dès l’origine « une multiplicité infinie de germes (2). » La diflicnlté, on 'le voit, reste la même, et rien ne vient expinjuer le
(1) Robin, Leçons .txr /rs /mnirurs. Introduction, [i. xliv. l'uris, 1KC7.
(2) Ch. Darwin, de l'Origine des espèces, édition, p. 582.
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|)ouv()ir soudain de la matrice universelle. Il y a là un miracle, une sorte de caprice subit, auquel on ne trouve qu’après coup une raison suriisanle.
Pour l’école naturaliste, l’iiétérogénie, telle que M. F. A. Poucliel l’a présentée (1), est donc inconciliable avec la donnée de la constance des forces ; elle s’allie, au contraire, très-bien avec la notion d’un pouvoir surnaturel intervenant çà et là dans sa création, selon ses mystérieuses fantaisies. Au surplus, M. F. A. Poucliel, l’un de ses plus persévérants et de ses plus ardents pai tisaus, n’a jamais témoigné de désir plus vif que de faire concorder ses expériences avec le miracle.
Toutefois, l’expérimentation tiendrait lieu à cet égard de tous les raisonnements, et comme la thèse des générations spontanées n’est soutenable qu’à la condition d’une telle démonstration, rien ne nous permet de la contester aussi longtemps que ses partisans s’eflorccront de la fournir.
Une troisième hypothèse est celle de la permanence des espèces; elle aboutit nécessairement à la création du monde animal par couples adultes, créés de toutes pièces, à l'état d’espèces immuables, qui depuis leur origine jusqu’à nos jours' se seraient perpétués avec ou sans modilications. Ces derniers mots marquent, dans celte hypothèse, une subdivision; les uns, avec Agassiz, d’Orbigny et de Quatrefages, admettent des
(1) F. A. Poucliel, Hétérogénie on traité de lu génération s.pontanée. P;irls, 18511.
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créations successives dans les divers types des quatre embranchements, et, dans une certaine mesure, des modifications assez étendues pour constituer des variétés et des races dans les espèces, mais non des • espèces mêmes; les autres, avec Cuvier, Flourens, Godron (i), etc., croient à une fixité presque absolue dans les caractères spécifiques.
Que si maintenant on distingue parmi les premiers ceux qui, pour expliquer les modifications limitées, font intervenir l’action des causes naturelles et ne font apj)el au miracle que pour se rendre compte de l’apparition première, ou aura les nuances principales des partisans de la doctrine de l'espèce.
Telles sont les hypothèses qui, dès la plus haute antiquité, ont été imaginés sur l’origine des êtres organiques. La première seule, celle de la préexistence éternelle, nous paraît supporter l’épreuve des faits; elle n’est subordonnée qu’à deux conditions, à savoir : la possibilité d’une existence latente et la réalité des transformations organiques dans le temps et dans l’espace. La seconde, celle des générations spontanées sans antécédence organique, est soumise à une preuve qui n’a point encore été donnée, et qui, donnée, ne contredirait la première hypothèse (ju’en ce qu’elle a de très-général. La troisième, enfin, est celle de la fécondité indéfinie et de l’iinnui-
(1) Godron, de l'Espèce et des races dans les races organisées, et spèrialemenl de l'unilide l’espèce humaine. Paris, 18,
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labililé des l'ormos. Nous la croyons incompaliltle avec les décüiiverles rccenlcs qui oui été faites dans les sciences naturelles, non moins (|u’avec la conception de l’ensemble du monde que. la jibilosopbie moderne nous permet de concevoir. Mais tant de malentendus sont possibles sur la delinition de l’espèce, qu’il i?nporle d’étudier la question de plus près.