HYPOTHÈSE DE L'ESPÈCE
l.a notion de l’espèce semble être moderne; selon MM. de Quatrelageset d’Arcbiac, elle ne remonte guère au delà du commencement du dix-biiitième siècle, el c’est donc en vain (ju’on a accumulé les citations de Moïse, d’Aristote, de Platon, de Porphyre et d’Albert le Grand pour établir que les anciens et les scolastiques le possédaient (1),
Elle repose sur deux idées élémentaires : la réunion des groupes d’individus semblables cl la reproduction indélinie de ces individus entre eux ; toute définition qui ne comporte pas ce double aspect de ressemblance et de filiation absolue peut être considérée comme
(1) Di’ IJiialrcfagi*», Vnilé de l'espèce humaine, p. 42; (l’Archiac, l'aléûuUtlogie straligrapUiqne . I, 2. p. 40; Fn-daiill, Irailè d'anthropologie, physiologique el philosophique. Paris, 180.Ï, p. 10. VovM aussi F. K. l'oiicIh'I, Histoire des sciences naturelles an moyen âge. Paris, 1855, p. 279.
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Ironqiiée. C’esl Cuvier qui semble lui avoir tlonné son plus haut degré (le concision quand iladil : «L’espèce est consliluée par la réunion des individus descendus Tun de l’autre ou de parents communs, et de ceux (pii leur ressemblent autant qu’ils se ressemblent entre eux (1). »
De ces deux éléments, ressemblance et filiation, M. Gaussiu , dans un excellent mémoire, lu récemment à la Société d’anthropologie, a déduit, ce qui me [laraît être une conséquence plutôt qu’un troisième élément de la (pieslion, à savoir : la séparation des es()èces en groupes bien distincts, sans intermédiaires, laissant entre eux de véritables lacunes organiques f2).
(1) Régne animal, I. Dans sa ji'unesse, Cuvier élait heaucoup moins s|)ccificislc qu'il ne l'est devenu depuis, ün lit dans une lettre adressée h son ami l’fafrel datée du 25 août 170(1 : « ['our(|uoi donc trouves lu Hunier .si absurde de regarder le loup, le eliicn et le cliacal eonmie de simples variétés? Deut-ètre n’as-tu pas encore une idée bien nette do l'e."i|>cce (ce qui manque à la plupart des naturalistes). Voici ce que je pense à cet égard: les classes, les ordres, les genres sont de simples abstractions de l'homme, et rien de pareil n'existe dans la nature. » Plus loin, il soutient qu’il n’y a qu’un seul caractère cerbiin et même infaillible pour reconnaitee une espèce, c’est l’accouplement. (iMres de G. Cuvier à C. M. Pfafr, Ir.iil. Louis Marchand, 1858, p. 178.)
(2) Dutletine de la Sociêlé d'anthropologie, IStitJ, p. il 3.
M. A. Sanson, dans son siivanl ouvrage sur rÉroiwmie du bétail, a dévelop|M' sur la race et ri\spèce des propositions (ju il a présentées ,à la Société d'anthropologie, et qui ont été combattues par .MM. Gaussiu, deMorlilIel et Lagneau. .M. A. Sanson n’adtnet, des deux caractères de l’espèce, que celui de la reproduclioii indélinie dans le temps (lluUelins cités, 1865, p. 06 et seq.). Pour lui, l'espèce est une abstraction dotit les éléments réel.s sont les races, lesquels sont des variétés constantes, et leur constance se lire de deux caractères : les os du crâne et de la face. 11 n'v a donc en réalité que des races dans la nature, et toutes celles qui sont fécondes entre elles for-
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IM'KülilCilON.
Citons encore, pour montrer le point où s’étendent les concessions extrêmes des partisans delà variabilité limitée, la définition donnée par M. de (Juatrefages : « L’espèce est l’ensemble des individus plus on moins
iiii-nl des espèces; en sorle i(iie, selon notre excellent collèRiie, il n’y a qu'un seul critérium à la l'ace et à l'espèce, à savoir, la fécondité continue. A cela M. Gaii.ssin ajustement répondu • qu’il y a iinpossilnlité de déterminer jus- (|u’m'i s’étend la fécondité des produits, non seulemcnt pour tous le.s fossiles, mais encore (mur presque toutes les espèces actuelles ; insectes, poissons, reptiles, oiseaux ou inannnifères sauvajres. > Il faut donc le répéter, une définition qui s’appuie sur un caractère non véritiable doit être rejetée. Combien de généiations, deniandera-t-ou en effet, pour déclarer que les hybrides sont fiTonds? et à quel inonient pourra-t-on recoimaitre qu'ils ne le sont pas? )l. A. Sanson rejiousse comme carai téristiqiie de l'espèce la notion de res- .seniblanee, en sorte que deux individus qui seraient semblables et stériles entre eux sont d’espèce différente, tandis que deux individus dissemblables, mais féconds, seraient de même espece; on peut se faire une idée de la confusion qu’une telle donnée pourrait produire dans les classilicatioiis si l’cxpériiiientation physiologique qui, pour les questions de re|)roduction, date d’hier, parvenait à trouver les conditions de l'hybridité, et tout fait esyiérer qu’elle y parviendra. M. A. Sanson a donc fait rcpo.ser ses conceptions sur des hypothèses qui, beaucoup moins que celle de la transformation des eslièces, se prêtent à la vérification. D’ailleurs, pour ce qui est des modifications organiques, M. de Mortilict a fait remarquer que nous sommes k la durée des époques géologiques ce ipie l'éphémère est à notre existence, et que, si l’éphémère raisonnait, il se dirait assurément ; ■ De mémoire d’éphémère, en remontant aux plus anciennes traditions, on a toujours vu les memes hommes imberbes, les mêmes hommes barbus et vigoureux, les inéiiics hommes décrépits et à cheveux blancs ; donc les caractères sont constants cl invariables cliea les mêmes individus. » Jl. Sanson, il est vrai, se retranche derrière les faits; il prétend que l’on n’a jamais vu depuis les temps historiques donner naissance à un autre type, • même partiellement et si peu que ce fût. • A cela on peut l éiiondre par des faits, et nous en donnerons plus loin, cl par un argument dont M. Sanson appréciera la portée ; si les types organiques actuels ne dérivent pas des types anciens, d'oii dérivent-ils? Ils ont donc clé créés de toute pièce à l’état adulte? J’entends M. Sanson se récrier cl dire qu’il ne s’occupe pas des questions d’origine. Soit. D’autres s’en occuperont.
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semblables entre eux qui sont descendus ou qui peuvent être regardés comme descetulius d’une paire primitive unique par une succession ininterrompue de familles (1). » Enfin, d’après l'admirable Dictionnaire de MM, Littré et Robin, l’espèce biologique doit être entendue dans le sens suivant, qui est déjà 'plus large que le précédent : « Collection d’individus descendant d’êtres vivants ou ayant vécu, qui se ressemblent plus entre eux qu’ils ne ressemblent à tous les autres, et susceptibles de se reproduire d'une numière continue cnlvc eux on isolément, suivant que les sexes sont réunis ou séparés, ou n’existent pas (2). »
Allons plus loin, agrandissons encore la notion de l’espèce et de Buiïonà Etienne Geoffroy, à Lamarck et à Darwin, il n’y a plus que des nuances. Buffon fait intervenir la notion de temps, il dit que l’espèce ne peut être saisie par l’iiomme que « dans l’instant de son siècle; » Etienne Geoffroy introduit la variabilité par l’action des milieux; Lamarck voulait la modification organique par la fonction, et Darwin établit la création de l’es|>èce, tou jours transitoire, par la reproduction sélective de la variété. Dès lors, il n’y a plus que des individus, et nous pouvons reconnaître, avec M. Georges Pouchet dans son excellent fera .sur la pluralité des races humaines que « l’espèce est une collection ou suite d’individus caractérisés par un
(I) UtiM (If l'fsiiéce humaine, 1861, p. 54.
(‘i) Liltrc et Kobin, Dictionnaire de médecine, 12'édiüon. l'aris, 1865.
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r.Ü INTRODUCTION,
ensemble de Iniils distinctifs dont la transmission s’accomplit nalnrcllemcnt, régulièrement et indéliniment, dans nn ordre donné de choses (i). »
On voit par ces exemples combien une môme expression peut entraîner de signilications distinctes, et combien, dans nno discussion qui ne serait pas extrêmement rigoureuse, on peut aisément glisser sur le plus ou tiinins de ressemblance des individus et sur le degré de fécondité qu’ils peuvent offrir. 11 faut donc être rigoureux ou renoncer à résoudre cette question des espèces qui domine toute la biologie; et si l’on |»eut montrer d’une part tpie les doux caractères de libation continue et de ressemblance au maximum n’ont rien de constant, d’une autre part, qu’entre les groupes spécifiques il n’y a pointd’abîme, ainsi qu’on le dit souvent, et que chaque jour tend à combler, par la découverte de documents paléontologiques, les différences réelles qui séparent les espèces contemporaines, on conviendra que dans son sens classique l’entité espèce, longtemps utile pour la description et la classification des corps organisés, est devenue dangereuse au progrès du savoir humain. I/C premier effort des hommes livrés à la culture de la science doit être, en ce cas, de briser cette barrière qui limite, plus que ne semble le comporter une question d’histoire naturelle, le développement mental de la société humaine.
^l) De la pluralité (les races humaines, |i. Kü*.
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Si, en elVot, l’on peut démonlrcr (pio les espèces sont permaiionfes, et qu’aussi loi» que nous remontions dans le cours des âges, les mêmes Cormes organiques se retrouvent identiques; qu’aucune des conditions de milieu, de croisement, de destruction et de naissance n’ont pu, ne peuvent et vraisemblablement ne pourront donner lieu à' des êtres nouveaux, sans ancêtres identiques dans le passé, toute autre thèse est superflue, et du même coup toute explication naturelle est condamnée. Si, d’un autre côté, l’on peut établir que, même dans les temps Irès-rapprocbés, le tableau de la vie à la surface de la terre a offert d’incessantes variations; que les règnes organiques n’ont pas toujours coexisté, que les formes des êtres vivants se sonlçà et là modifiées, que certaines espèces ont complètement disparu et que chaque jour semble marquer fa fin de quelqu’une d’entre elles; que des formes nouvelles ont apparu dans le passé et jusque dans les temps historiques; que les bairihes infranchissables ont été franchies, que la fécondité éterneUahs. espèces a trouvé des millions de fois des limites et que la fécondité bornée a pu donner naissance à des espèces fécondes elles-mêmes, jusque-là inconnues..., on reconnaîtra que cette notion est purement subjective et transitoire, qu’il n’y a dans la réalité que des individus, et que la science n’en est plus au temps où Cabanis pouvait dire justement ; « Le genre humain n’a pu se procurer aucun renseignement exact touchant l’époque
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primitive de sou existence; il ne lui est pas plus donné d’avoir des notions précises relativement aux circonstances de sa formation qu’à chaque individu en paj liculier de conserver le souvenir de celles de sa propre naissance, et il a bien fallu invoquer le secours d’une lumière surnaturelle pour persuader aux hommes ce que l’on devait croire à cet égard (1). »
Or, les points que je viens d’indi(juer’ sont aussi l)Ositifs que l’un quelconque des faits d’histoire naturelle : il est certain qu’il s’esl produit à la surface de la terre une succession d’ôlres organisés différents les uns des autres, non-seulement dans le même temps, mais dans la suite des temps; en sorte que peu à peu le monde organique a olïert une série multiple d’êtres organisés selon l’ordre d’une complication croissante. Il n’est pas moins certain qu’un nombre énorme de ces types ont disparu : leur permanence est donc une fiction, et leur reproduction indéfinie dans le même type, ou, selon l’expression de M. Flourens, leur éternité, une erreur.
Examinons ces deux points : M. Broca, dans ses célèbres liechevches sur l'hybridité, a pris les chiens domestiques pour base de ses arguments : « Malgré la diversité excessive de leur taille, de leur pelage, de leurs formes, de leurs instincts, dit-il, tous peuvent se croiser et se mélanger indéfiniment. On admet donc
(1) Caliuiiis, Jîapp. du pht/i. et du moral, iluiimc Mémoire, § 2. 8' édition |iar L. Pcihso. l’aris, I8ii, |i. 177.
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qu’ils ne fomienl qu’une seule espèce el qu’ils pioviennent tous d’une souche commune. » Voilà donc un gmupe qui est espèce par l’un des caractères, la fécondité, et qui ne l’est plus par un autre caractère, la ressemblance entre les individus, car nul ne contestera qu’il y a plus de différence entre un teirier et un lévrier qu’entre un cheval et un hémione qui sont d’espèces différentes. Que si, pour échapper à celle objection, on suppose à l’origine plusieurs types, c’est-à-dire plusieurs espèces de chiens — l’espèce qui tout à l’heure se prouvait par la 'fécondité continue, perd celle dernière caraclérislique, et dès lors la notion espèce peut s’appliquer dans le même type au mélange de deux ou de plusieurs espèces.
On a cru échapper à celle objection en supposant que tous les chiens étaient issus d’un couple primitif et que les variations qu’ils offraient aujourd’hui étaient acquises par les croisements el par la domesticité. Celle hypothèse, professée tout d’abord par Guldenstaëll, adoptée par Cuvier, Is. Geoffroy Sainl-Uilaire, M. de Qualrefages, et corroborée par plusieurs expériences de M. Flourens, d’apparence concluante, raltache le chien au chacal ; elle expliciuerail en effet la fécondité continue de l’espèce chien (i). Mais ici se présente une nouvelle objection : comment une même es|)ècc a-t-elle
(1) Vo\ci sur ce point ilc Ou 3 tri’faïi'>, i'iiilé de l’espèce humaine, p. lOà, cl Brocii, Sur t' hybridtle , p. üi3.
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pu engendrer dos types tellement (lislincls, cl, en c^is d’explication satisfaisante, que devient l’immulabililé morpliologique de l’espèce?
Evidemment il ne peut être ici question de croisement : un croisement suppose des éléments hétérogènes ou, si l’on veut, des espèces distinctes. 11 faudra donc admettre que sous les influences des milieux, les chiens ont pu acquérir les traits si profondément spécifiques qu’ils offrent aujourd’hui et qui {wrlent sur les organes les plus stables de l’économie, sur ses appareils les plus caractéristiques, — le crâne, le squelette, le nombre des doigts et celui des vertèbres, celui des mamelles, etc., aussi bien que par le pelage, les oreilles, le nez, etc. ?
Dans ce cas, l’iiu des traits, la ressemblance, doit être sacrifié à l’autre.
Il ne reste donc que l'hypothèse de la multiplicité originelle des espèces de chiens, et à coup sûr, quand on a sous les yeux des types aussi distincts que le limier, lehoule-dogue, lelévrieretlc terrier, on est bien forcé, de prime abord, à admettre que leurs dissemblances sont assez considérables pour qu’à ce point de vue, ils ne puissent être de la même espèce; mais comme leurs croisements sont fertiles, on suppose par pétition de principe qu’ils sont de la même espèce.
Quoique ce raisonnement ne puisse s’apj)liquer avec la même justesse qu’aux espèces dotnesliques et fort illégalement, il conserve toute sa valeur à l’égard des
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moulons cl des chèvres, des chevaux et des poules, des canards et des lapins.
M. Di irwin, dans son célèbre ouvrage sur l’origine des espèces, s’esl surtout attaché à décrire les différences qu’offrent cntie elles les races de pigeons, et l’on connaît son opinion fondamentale, partagée par tous les naturalistes, sur l’origine commune de toutes leurs variétés, fécondes entre elles, et cependant assez distinctes par leur forme pour qu’on les puisse prendre pour autant d’espèces; en généralisant la question on en est d’ailleurs arrivé à reconnaître que la grande majorité des espèces domestiques est d’origine inconnue, en sorte qu’il faut bien admettre que ce sont là des produits artificiels dont le type primitif a complètement disparu, et qui, pour la plupart, ne sauraient subsister à l’élat sauvage.
On conçoit que ce ne saurait être notre projet de traiter ici dans tous scs développements la question de l’espèce qui a donné lieu à tant de travaux récents de premier ordre, parmi lesquels ceux de M. Broca, de ,M. Godron (1) eide M.Naudin, écrits dans des opinions différentes, méritent une élude toute spéciale. Mais si l’on tient compte de tous les faits, on reconnaîtra que, même pour « un ordre de choses donné, » des excej)lions très-nombreuses peuvent être produites à la règle qui assure la reproduction par des individus
(1) Cioilron, lie VRupère rl dex rares dans 1rs Hrrs onianist's. P;iris. 1R.V*.
iNTnnnucTioN.
doül les lormes sont analogues, hien plus sûrement | que par ceux dont les formes sont distinctes. Ce serait là en effet le dernier mol de la question de l’espèce, abstraction faite des lois imposées à la nature par les classifications. D’ailleurs la question de l’hybridité est en quelque sorte toute récente, et nul ne peut dire à quels résultats l’on pourrait arriver si l’on poursuivait pendant pendant un grand nombre d’années des expériences méthodiques sur la fécondité des métis et des hybrides. J’ajouterai que nul ne |)eut dire comment, chez les mollusques, chez les insectes, chez les reptiles, se créent les variétés, et que nul n’a jamais I tenté, d’une manière suivie, d’obtenir des hybrides I chez les invertébrés en général, et de s’assurer de leur ' degré de fécondité. Concluons donc avec M. Brocaque i « l'opinion classique de la permanence des espèces I ne reste plus dans la science que comme une hypothèse (1). »
Mais à mesure que se déroule la question de l’espèce, des points de vue nouveaux suivissent; l’un des plus intéressants et peut-être des plus décisifs, est peut-être le problème des métamorphoses des animaux non-seulement pendant la période embryonnaire, mais encore pendant l’étal adulte ; c’est sur celte donnée qu’est fondée la Ihéorie de M. Baumgarlner, à laquelle s’estrattachéM. Kolliker, sur le perfectionne- !
(I) Broca, liico cil., p. 4t0.
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ment de la vie organique par la transformation régulière et progressive des germes. On consultera sur ce fx)int les travaux de F. Mueller sur le développement larvaire des crevettes, qui parcourent différents états, dont les analogues à l’étal adulte constituent autant de genres (1 ) . La transmission des particularités physiologiques, l’atavisme, les organes rudimentaires ou atrophiés, constituent autant d’éléments de modifications qui font sortir un individu de son espèce, et même de son genre. Mais nous reviendrons sur ces points quand nous parlerons des [irocédés de transformations organiques.
.\ppli(piée à l’homme, la notion de l’espèce, dans ses deux caractères, a donné lieu aux débats les plus singuliers; il s’est trouvé, en définitive, que les partisans de la descendance par un seul couple primitif doivent accepter, comme un résultat de l’action des milieux, la diversité caractéristique des différentes races d’hommes; or, comme cette diversité est assez profonde pour grouper les hommes en espèces, il s’ensuit que l’on est du même coup monogénisle et partisan de la création des espèces par variations. On dit, il est vrai, que les groupes humains constituent des variétés ou des mees et non des espèces, mais
(1) .M. do Qualrfl'agcs (l’hysioloyie coiii/jan’e : ilt'lanwrphoses de riiumme et des animaux. Paris, 1S65) a esposo, dans le langage le plus chair et le plus élégant, toul ce qui concerne les idées modernes sur les transfoi uwlions larvaires et embryonnaires.
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■ es „„a„ces, ,1 „c rosie, on râlilo, qu’mi seul jure du ce qui est espèce ou race, c’csl la lllialiouconlinuc. .lais r, eu n'csl plus ilouleus que la léconililé iudélinic 'les I ifTereules races luiniaines. Les rechcrelics île .'IM. Ilroca cl Pci icr oui établi à cet égard des calégories ires-iiouibreuses, qui donnenl du croisemenl 'les races liumaincs une nolion forl analogue â celle
des croisemenls des dilTcremes espèces d’un nicnie genre (1).
Toulos ces consi.léralions le cèdeni peut-être en importance à celle de l’extinction de certaines espèces- *ci un coup décis, l’est porté à l’idée de leur perpétuité • d innoinbrahles lormes organiques existaient dans un passé ( OUI la date échappe à tout calcul, et ont amour- Imi disparu; quoi de plus naturel que de supposer que les formes spéciliques modernes, dont l’apparition est relativement récente, sont les descendantes, de meme qu elles sont les héritières des forces organiq.js que représentaient les groupes sans équivalents mdinducls dans la vie actuelle? D’où proviendraient en efiet, les especes nouvelles, si ce n’est des anciennes, graœ à un concours de circonstances sur les-
(1) Oulr .1 le travail dtj’à cite de M. Brora sur riiïliri.liM nuit, sur ce point, les trois Mêmoire.s de M plri,r nuBlirH'''"'
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quelles nous n’avons jusqu’à ce jour que des données incomplètes, quoiqu’elles soient suflisanles pour nous faire entrevoir les procédés naturels de l’évolution organique? Que diraient les physiciens et les chimistes si l’on avançait que les transformations de la planète sont non des métamorphoses, mais des créations successives d’éléments nouveaux? et pourquoi les manifestations d’ordre vital échap|)eraientelles aux lois d’indestructibililé constatées dans l’ordre inorganique?
Aussi longtemps que la biologie, subordonnée aux sciences géologiques, n’avait devant elle pour expliquer l’existence, qu’un petit nombre d’années, tel que celui que nous fournissent les livres hébraïques, l’esprit enfermé dans ce cercle étroit faisait appel aux forces surnaturelles à qui rien ne coûte; — aujourd’hui nous entrevoyons l’œuvre dans son lent accomplissement à travers des myriades de siècles; mais deux conditions doivent, outre la durée, se vérifier dans les faits; c’est, d’une part, l’apparition dans les temps successifs de formes de plus en plus parfaites; d’autre part, l’existence réelle d’une série animale qui nous montre encore dans l’espace les étapes graduelles du développement de la vie.
Or, ces deux conditions sont réalisées : il existe une série oi^aniquc dans le temps et dans l’espace; nous chercherons dans les pages qui suivent à en rappeler les traits principaux.
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