SÉRIE ANIMALE
Il n’esl venu à la j)enséo de personne de contester que les ôlres oi-ganisés ont des caractères communs ; que lesanimaux, par une lente gradation de propriétés, se distinguent des végétaux, qu’ils offrent le tableau d’une succession de formes de plus en plus parfaites équivalant à une division de plus en plus grande du travail organique. C’est là ce qu’on a ap|)elé la chaîne animale — l’échelle des êtres — cl, plus récemment, la série animale.
Aussi longtemps que l’on n’a vu là qu'un fait, nul no l’a contesté. Maisdu jour où l’on a cru que ce fait pouvait servir d'appui, à la théorie des transformations organiques, on a cherché à en contester l’exactitude, et l’on a établi une distinction subtile entre la série abstraite et la série réelle. Oui, il existe une série, diton, mais entre les types idéaux et non entre les individus (1), et cette notion n’implique ni l’idée d’un perfectionnement graduel, chaque animal étant parfait en soi et pour sa destination, ni surtout l’idée d’un passage organique (jui résulterait d’une lente transformation. Les quatre embranchements du règne animal,
(1) Ciraliolcl, BidUtins de la Soc. d'onlhr., 1865, ji. 14 cl scq.
SfiRIR AMMALK.
les (leux classes du règne végélal coèxislenl dans leurs genres et dans leurs espèces, celles-ci isolées, et représentant plnWt les rayons d’une circonférence que les anneaux d’une chaîne, et même que les branches et les rameaux d’un arbre.
11 faut avouer qu’une telle manière de voir, si l’on se borne aux faits d’observation dans le monde vivant, a pour elle une sorte de justification; car examinant l’ensemble des êtres à l’état adulte, on ne saisit pas bien comment un poisson serait inférieur à un reptile ; comment un reptile, à un oiseau ; comment un oiseau, à un mammifère. Moins enœre on se rend compte du passage des invfM tébrés aux vertébrés, et les innombrables lacunes dans l’apparence des formes, leurs inégalités organicpies semblent protester contre toute gradation régulière. Aussi l’idéed’une série organique ne peut-elle recevoir sa démonstration que si, à l’étude des formes actuelles et individuelles, on joint celle des espèces éteintes et celle du développement, abstraction faite des individus.
Le développement peut s’étudier sons deux aspects princi|)aux : sous celui du développement des tissus élémentaires, et sous celui du développement des organes. Or, à aucun de ces points de vue, l’existence d’une série dé plus en plus compliquée n’est contestable; chez les animaux des ordres inférieurs, les tissus sont simples et presque homogènes ; tels sontils, par exemple, chez les acéphalocystes, chez les vi-
brioniens, chez les moiiadaires, cIc.; cie ce poiiil de départ, il est aisé d’ari iver aux vertébrés, eu montrant dans chaque classe, ainsi que l’a établi M. Is. GeoflVoy Saint-llilaire, une subdivision de |)lus en plus grande du travail organique et des appareils qui l’accomplissent. 11 n’y a là pour l’anatomie générale ni diflicultés ni lacunes. Les grandes fonctions, la digestion, la circulation, la respiration, l’innervation, la génération , apparaissent successivement avec des caractères d’un ordre déplus en plus élevé, subordonné au développement des systèmes inuscniaircs, vasculaires, osseux, nerveux, etc.
Ce ne peut être notre tâche de tracer ici les détails de ce vaste tableau organique si bien décrit par Blainville, Geolfroy Saint-Hilaire et Lamarck. Rappelons cependant que l’embryogénie est venue ouvrir un nouvel horizon aux vues sériaires, en montrant que, dans la presque totalité, les embryons parcourent des phases idenliques chez les animaux des mêmes classes, cl qu’ils ne dilïèrenlù l’état adulte que par le dévelojvpement de quelqu’une des parties de l’animal ; tel est le cas, selon van Baer (1), pour les mammifères, les oiseaux, les lézards et les serpents, en sorte que la succession des êtres semble pouvoir être considérée comme un prolongement de leur évolution embryonnaire pcndanl la durée de laquelle des inodilicalious st*
P) Cité par Darwin, Origine des esiières. 2' éd., p. nSn.
SKHII;, AMMALL.
Ai.
produiraient dans le développenient. Dans toutes ces modifications, ce qui frappe c’est l’adaptation à des fonctions diverses d’orpanes primitivement analogues. C’est ainsi qu’à l’état adulte on retrouve le même type fondamental sous les apparences les plus diverseAi : les nageoires, les pieds, les mains, les ailes, sont le même membre; le cœur embryonnaire des vertébrés re|)roduil assez exactement le cœur délinitif des invertébrés; la cavité branchiale du manteau des gastéropodes est l’analogue des villosités branchiales du eborion des mammifères, les formes transitoires des batraciens représentent les formes définitives d’un grand nombre d’espèces inférieures, et si l’on poursuit ces analogies, on retrouvera, selon l’expression de l’illustre M. Serres, « dans les formes fugitives et passagères de l’embryogénie de l’homme et des vertébrés, les formes arrêtées et permanentes des organismes des invertébrés. » Je n’ignore pas que von Baer et Milne Edwards, J. Mueller et Longet ont, à maintes reprises, contesté la théorie si magnifiquement développée par Meckel et M. Serres (1). Mais une étude attentive et réitérée des faits convaincra que, bien loin de ne pouvoir supporter leur contrôle, la théorie de l’évolution progressive, ou, selon l’expression de Darwin , la théorie de la descendance modifiée, conséquence naturelle, est la seule qui
(I) Serres, Anatomie transcendante appliquée à la physiologie. Piiris,
tt.