‹ De la place de l'homme dans la natureChapitre 27 sur 49 · I.KS ANTHROPOÏDES ET LES HOMMES · texte numérisé non relu

I.KS ANTHROPOÏDES ET LES HOMMES

(‘elle (lislance augnienlera. Ainsi que l’a l'ail remarquer M. Sliaaffliauscn : « Non-seulement les races humaines au plus bas de rcîchelle, qui présenlenl dans leur organisation mainls rapporls avec les formes animales, finissent par s’(ileindre, mais aussi les singes supérieurs qui luuchenl de |»lus près à riiomme deviennent de plus en plus râpes, cl dans quelques siècles ils auront peul-èlre enlièremenl disparu. >>

S’il en est ainsi — et les faits conlemporains le prouvent suffisamment — l’existence de formes fossiles transitoires, encore inconnues, acquiert un degré en quelque sorte mathématique de probabilité. On IHMil les chercher dans les cavernes avec un espoir aussi bien fondé que celui de raslronomc, que les jxTlurbalions des mouvements célestes dirigent veis l’espace inconnu. La mâchoire de la N’aulelle, évidemment pilhécüïde, est, selon M. Broca, si réservé dans toutes les questions qui louchent à la transformation des espèces, « le premier fait qui fournisse un argument anatomique aux darwinisles (1). » M. Prunerhey lui-même, et, selon lui, quelques cràniologisles de premier ordre, furent frappés, en conlcnqdanl ce maxillaire, de ses caractères tout à fait exceptionnels. Mais renvoyons, pour la question anatomique, au second et au troisième des Essais de M. Huxley, et,

(I) Voir, sur celto uücLoirc, la discussion qui a eu lieu à la Société d'anthropologie (Bulklins, 1866, p, 584}.

INTRODUCTION

pour clore celte Inlroduction, disons quelques mots sur la physiologie comparée, et, en particulier, sur les phénomènes intellectuels, dont M. Uuxley n’a point traité.

L’anatomie, qui jusqu’ici a été notre seule base d’examen, n’est en effet que l’un des procédés de la connaissance, cl, parmi ceux-ci n’occupe le premier rang que grâce à la démonstration universellement et constamment véritiable iju’il comporte. L’observation physiologique, et, en particulier, celle des facultés intellectuelles et morales, va plus loin; l»lus compliquée, elle est soumise à des chances plus nombreuses d’erreur, mais elle devance toutes les démonstrations anatomiques. Nous n’avons pas besoin d’ossements intermédiaires entre les types pour être assurés que l’intellect humain et celui des animaux sont diversement taillés dans la même étoffe, et que pas une des aptitudes dont se largue notre orgueil n’est pas absolument étrangère aux animaux.

Mais pour rendre fructueuse une comparaison de celle nature, il ne faut pas prendre les termes extrêmes cl les comparer, comme l’ont fait nombre d’écrivains de i>arli piâs, qui se sont amusés à mettre en regard un Newton et un chimpanzé. Tout homme qui, par goût ou par profession, a été à même d’observer rigoureusement ses semblables, possède un certain nombre de cas qui lui ont laissé penser, sous de fraîches impres-

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sions, que somenl parmi les Occidentaux les plus avancés dans le développement mental, et chez des individus ayant toutes les apparences d’une bonne conformation, les facultés intellectuelles ne s’élevaient pas, dans les actes en apparence les plus élevés, au delà de l’imitation et de l’obéissance. C. Vogt, observateur minutieux et très-logique, a môme retrouvé, chez les idiots microcéphales, tous les caractères psychologiques des singes ; et, sans se soucier de l’objection superficielle tirée de l’état maladif, il a vu, dans ces cas, nous l’avons déjà indiqué, des laits d’atavisme.

11 n’est cependant pas nécessaire de recourir aux microcéphales et aux faibles d’esprit pour établir des transitions de cet ordre. On pourraitobjecter justement que les cas individuels ne peuvent faire loi et établir la moyenne de l’intellect des races civilisées- pour déterminer la valeur d’un type abstrait, l’homme ; ici encore on trouverait un terme extrême. Mais si l’on étudie avec les voyageurs les habitants de quelques parties du nouveau continent et même de l’ancien, on trouve des groupes humains dont l’existence collective n’est que d’une nuance au-dessus de celle des primates ou des carnassiers. Sir J. Lubbock a résumé, dans son magnifique ouvrage sur les temps préhistoriques, la plupart des documents que nous possédons sur les sauvages modernes, et il suppute en terminant, les voles des naturalistes et des voyageurs en faveur de

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celle de ces races qui a le plus de droit au titre « inenviable » d'être au plus bas de l’échelle. Les Fuégiens ont pour eux dans ce concours Cook, Darwin, Fitzroy et Wallis. Mais les Buscbmen, les Australiens et les Tasmaniens, les Andamanites et quelques tribus du Nord-Amérique comptent « en leur faveur » d’illustres autorités ; il semblerait, qu’après avoir été témoins du degré d’infériorité de ces races, chacun des voyageurs se soit dit : On ne peut aller plus bas ! Nus, sans abris qui soient incontestablement mieux construits que ceux des chimpanzés et des orangs, sans métaux, sans poteries, quelquefois sans nxôme avoir l’idée de cuire leurs aliments, sans aucuns soins de propreté personnelle, livrés à une promiscuité complète, parfois sans animauxdomestiquesniagricullure d’aucune sorte, sans aucune notion de devoirs, même envers les enfants, les malades et les vieillards, — ce ne serait qu’un jeu d’oisif de prendre la peine de prouver que sur bien des points eertains animaux sont plus développés que ces peuplades, mentalement et moralement. Kl, si dans cette énumération nous n’avons pas parlé du cannibalisme, c’est que quelques auteurs, trop pénétrés de l’idée que « l’homme » est d’une autre essence que les animaux, et sachant que les loups « se mangent entre eux » pins rarement cpieles hommes, ont été jusqu’à noter là une marque de la supériorité du règne humain ! Pour ce qui est du feu. d’une part, quehpics voyageurs ont affirmé

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que certains singes du nouveau monde en connaissaient l’usage; d’autre pari, on a avancé à différentes reprises que les Tasmanicns, tout en possédant le feu, devaient l'entretenir constamment, car ils ne savaient comment le rallumer, et que les habitants de certaines îles océaniennes n’en avaient jamais vu avant l’arrivée des Européens; mais, à mon avis, on a attaché trop d’importance à l’une elàl’autrede ces assertions. Il est certain que quelques singes ont des bâtons, et qu’ils se servent de pierres non-seulement comme armes de défense, mais encore comme outils pour briser les noix, et cela nous suffit : « Assurément, dit Lubbock, un très-petit pas nous conduirait de celle application à celle d’une pierre tranchante destinée à couper (1). » Mais nous devons laisser là ce parallèle, ou plutôt cette série, dont les termes sont si étroitement rapprochés. Cependant Lyell, Wilson et Lubbock, Spring, Garrigou, etc. , ont rendu tellement complète l’élude de l’archéologie préhistorique (2), qu’il serait bien sédui-

(1) J. Lubbock, Pre-hi.tlorir Times as illustraled hy nneieni Pemoins. London, 1865, p. 473.

(2) Citons ici, comme l'un des faits les plus heureux pour l'aTancemenl de cette partie delà science de l'homme, la création du musée de Saint- Germain-cn-Laye, unique au monde, où, dans les salles restaurées du vieux château, se trouvent réunis, rigoureusement classés, la plus belle collection de documents préhistoriques et celtiques que l'on possède, sous la direction de M. A. Bertrand et d'un comité de savants spéciaux. La fondation du recueil périodique intitulé Nale'riauj' pour ThLstoire positive et philosophique (le l'homme, oeuvre toute de dévouement, entreprise par M. G. de Mortillet, il y a déjà trois années, a aussi répondu à un véritable lie.soiii. Ou peut voir en effet, par le nondire des trailiiclious faites en France ,sur la

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sanl d’esquisser un rapprocliemenl entre les hommes fossiles du sol européen et les sauvages modernes. Car si le grand problème de l’origine de l’êlre humain a sans nul doute reçu dans ces dernières années une solution voisine de la démonstration, les points particuliers de la question restent tout à fait obscurs. Sommes-nous les descendants généalogiques des hommes de Moulin-Quignon, de Chartres, d’Engis, du Périgord, de l’Ardèche et des Pyrénées (1), ou bien ces anciens possesseurs de notre sol auraient-ils entièrement disparu, vaincus par une race qui à son tour aurait cédé la place aux conquérants asiatiques? L’avenir nous l’apprendra. Ce qui est dès à présent certain, c’est que les races humaines contemporaines nous offrent des inégalités singulières dans leur aptitude au développement civilisateur, les unes s’y montrant absolument réfractaires, les autres, au contraire, offrant l’image d’une civilisation spontanée ou provo-

science de l'homme, que nous sommes forl en arril^re des autres nations sur ce point, bien fpie la plupart des grandes découvertes paléontologiques et anthropologiques, telles que l'homme d'Abbeville et celui de Saint-Presl, le singe de Sansan, etc., aient été faites en France. Sans la fondation de la Société d’anthropologie, ces études, qui sont de premier ordre, n'auraient parmi nous pour adeptes qu’un tris-petit nondjre de savants spéciaux, et l'ignorance de leurs enseignements se ferait encore plus péniblement sentir chez les psychologistes et chez les historiens.

(1) On trouvera très-compicis, sur toutes les questions qui se rattachent A Yhowme foxsilc, les documents originaux dans Vappendicc à l'ouvrage de Ch. l.yell, Paris, 186A. Indiquons aussi le beau mémoire de M.M. F. Garrigou et H. Filhol, Age de ht pierre polie dnna lex cavernes des Pyrénées nriégeoiscs; Paris et Toulouse, 1864, avec 9 pl., et en général les nombreux travaux de M. Garrigou.

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