‹ De la place de l'homme dans la natureChapitre 34 sur 49 · DISCUSSION SUR L.\ STRUCTURK CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR L.\ STRUCTURK CÉRÉBRALE

riE l’iiomiie et des singes

Jusqu'en 1S57, Imis les anatomistes de quelque autorité, qui s’étaieni occupés de la structuiv cérébrale des singes — CuYier, Tiedemann, Sandifort. Vrûlik, Isidore GeolTroy Saint-llilaire, Schrœder van der Kolk, Gratiolel (1), étaient d'accord que le cerveau des singes possédait un lobe poslérieur.

En 1821, Tiedemann a représenté et reconnu la corne posUneiire du ventricule latéral chez les singes, non-seulement sous le titre de scrubicului: parvu.i loco comu posterions, ce que l’on a fait valoir excessivement, inaLs comme « cornu posterius (2) • circonstance qui a été réléguée au dernier plan.

Cuvier (3) dit ; < les ventricules latéraux ou antérieurs possèdent une cavité digitale [postcrior cornu), mais seulement chez l'homme et les singes... Sa présence dépend de celle des lobes postérieurs. »

Schrœder van der Kolk, Vriilik et Gratiolet ont aussi représenté et décrit la corne postérieure chez dilîérenls singes. Quant au petit hippocampe, Tièdemann a erronément affirmé son absence chez les singes. Mais Schrœder van der Kolk et Vrolik ont signalé l'existence de ce qu'ils considéraient comme un petit hippocampe rudimentaire chez le chimpanzé, et Gratiolet a qxprcssi''ment affirmé son existence chez ces animaux. Tel était l'état de la science sur ce sujet en 185t(.

Cependant, en 1857, le professeur Owen, soit par ignorance de ces faits si bien connus, ou les supprimant sans aucune justification , a soumis à la Soit) Icuret et Gratiolet, Anatomie comparée du syttème nerveux. Paris, 1857, t. II, avec pl.

(2) Tiedemann, /cônes, p. hi. — Anatomie du cerveau, trad. par Jourdan. Paris,

(5) Cuvier, leçon* d’anatomie comparée, t. III, p. 10.3.

UK LMIOMIIK KT UKS ANIMAUX.

ciété linnéenne un travail intitulé ; < Sur les airactércs, tes principes de la classification des mammifères. » Ce travail(l) contient le passage suivant : < Chei Uliomme, le cerveau offre un degré d'élévation dans le développement, plus important et pins profondément marqué que celui par lequel la sous-classe précédente se distingue de son inférieure. Non-seulement les hémisphères cérébraux recouvrent les lobes olfactifs et le cervelet, mais ils débordent les premiers en avant et les seconds en arrèire. Le développement postérieur est si marqué, que les anatomistes lui ont assigné le caractère d’un troisième lobe. Cela est propre an genre homme : la corne postérieure et le petit hippocampe {ou ergot de Morand), qui caractérisent le lobe postérieur de chaque hémisphère, sont également propres à l’homme.

Comme le travail danslequcl figure cette citation ne prétendait II rien moins qu'à remanier la classification des mammifères, on peut supposer que son auteur l'a écrit .sous le sentiment d’une responsabilité spéciale, et qu'il a vérifié avec un soin tout particulier les assertions qu'il veut promulguer. Si même c'est là trop demander, ni la hâte, ni l'absence de temps pour la réflexion, ne peuvent, dans tous les cas, être données comme circonstances atténuantes, car les propositions citées ont été répétées deux ans après dans les Heade Lectures faites en ISbO devant une corporation aussi sérieuse que l'Université de Cambridge.

Quand les assertions reproduites ci-dc.ssusen lettres italiques vinrent à ma connaissance, je ne fus pas peu surpris d’une opinion tellement contradictoire avec les doctrines admises par les anatumisti s au courant de la science ; niais imaginant naturellement que les assertions réitérées d’une personne responsable devaient avoir quelque fondement dans les faits, je crus qu'il était de mon devoir d'étudier de nouveau la question avant réporpie à laquelle je devais faire mes leçons sur ce sujet. Le résultat de mon enquête fut de prouver que les trois assertions de M. Owen « que le troisième lobe, la corne postérieure du ventricule latéral et le petit hippocampe sont particuliers au genre homme, t sont contraires aux faits les |ilus évidents. Je communiquai cette conclusion aux étudiants de mon cours, et n'ayant alors aucun désir d'entrer dans une controverse qui n'eùt point été à l'honneur de la science’ britannique, quelle qu'eut été sa fin, je revins à des études qui m'étaient plus familières.

Bientôt vint un temps où persister dans cette réserve m'aurait engagé dans un indigne compromis avec la vérité.

A la réunion de l'Association Britannique à Oxford en 1800, le professeur Owen répéta ces assertions devant moi et, comme de raison, je leur donnai un démenti direct et sans réserve, m’engageant à justifier ailleurs ce procédé exceptionnel. Je remplis cet engagement en publiant un mémoire (3) dans

I) Orren, Jourii. of tlie Proc, of lhe lÀnnean Soc., vol. 11, p. 19.

Huxley. Saturai Uistory Review, numéro de janvier 1861 .

han’Ohts anatomiquks

lequel je démontrai complètement l'exactitude des trois propositions suiranles;

1 . (Jiic le troisième lobe n’est pas caractéristique de l'homme et ne lui est pas exclusivement propre, mais qu’il existe chez tous les quadrumanes élevés.

2. Que la corne postérieure du ventricule latéral n’est point caractéi btique de l'homme, puisqu’elle existe également chez les quadrumanes élevés.

3. Que le petit hippocampe n’est point exclusivement propre li l'honime et ne peut lui servir de canictéristiquc, puisqu’il existe chez un certain nombre de quadrumanes élevés.

Ce mémoire contenait en outre le passage suivant : > Et cutin, Schrœder van der Kolk et Vrolik(l), bien qu'ils notent particuliérement que île ventricule latéral se distingue de celui de riiomine par le peu de développement de la corne postérieure où l'on ne peut voir qu'une raie comme trace du peht hippocampe, > cependant la bg. \ do leur seconde planche montre que cette corne postérieure est un organe parraitement distinct et sur lequel on ne peut se tromper, aussi volumineux qu'il l’est souvent chez l'homme même. Il est d'autant plus surprenant que le professeur Uwen ait négligé les assertions explicites et les planches de ces auteurs, que, bien évidemment, sa planche du cerveau d'un chimpanzé est une copie réduite de la seconde ligure de la première planche de MM Sclirceder van der Kolk et Vrolik (2).

Cependant Gratiolet a pris soin de faire remarquer que ■ malheureusement le cerveau qui leur a servi de modèle était profondément affaissé, aussi la forme générale du cerveau est- elle rendue dans leurs planches d'une manière tout à fait fausse. > Il est d'ailleurs parfaitement évident, si l'on compare une section de crène de chimpanzé avec ces planches, que l’opinion de Gratiolet est parfaitement exacte, et l’on doit vivement regretter qu'un dessin aussi imparfait ait été pris comme une représentation typique du cerveau du chimpanzé.

Depuis ce moment, l'impossibilité de conserver son attitude, aurait dû être aussi apparente pour le professeur Uwen que pour n'importe qui ; mais bien loin de rétracter les erreurs graves dans lesquelles il était tombé, le professeur Oweu y a persisté et les a répétées ; premièrement, dans une leçon faite devant l'Institution Itoyale le l'J mars 18IÎ1 , leçon que son auteur a reconnué exactement reproduite dans \' Alhcnxuni du 23 du même mois, par une lettre adressée à ce journal le 30. Le compte rendu de V Athenxum était accompagné d’un diagramme qui était censé représenter le cerveau d'un gorille, mais qui était si extraordinairement inexact que le professeur Oweu, dans la lettre en question, le désavoua en substance, mais non explicitement. En reconnaissant cette erreur, toutefois, M. Owen tomba dans une autre erreur, beaucoup |>lus importante; sa communication se termine par le paragraphe suivant : « Pour la propoi tiuu exacte selon laquelle le cerveau recouvre le cervelet chez les singes supérieurs, il faut se reporter à la ligure qui

,1) Vrolik, üp. cil., p. 271.

12) Vrolik, /azc. cil., p. 18.

IIE L'HOMME ET DES A.MMAUX. 2ô5

reprêsonte le cerveau non disséqué du chimpanzé dans mes Rende Lectures on the classificalion of Mammalia, 1859, p. 25, fig. 7. »

Il est incroyable, mais malheureusement vrai, que cette figure à laquelle le public confiant est renvoyé sans un mot d'eiplication « pour les proportions exactes selon lesquelles le cerveau recouvre le cervelet chez les singes supérieurs » est précisément cette copie désavouée de Schrœder van der Kolk et Vrolik, dont la complète inexactitude avait été signalée plusieurs années auparavant par Gratiolet, et avait été portée à la connaissance du professeur Ovven par le passage cité plus haut de mon article publié dans le Naliiral History Review (1).

(1) Nous reproduisons ici les figures que Gratiolet a fait graver dans les Plis cérébraux de l'homme et des primates, à c6té des deux figures incorrectes (et reconnues telles par leurs auteurs, ainsi qu'on le verra fig. tO et 41) de MM. Schrœ-

Kio. — Cerveau d’un chimpanzé, vu par sa fart* supérieure cl déformé au point ih; rendre faussement les rapports (voir p. 5.V1) (d’après Sclira'dcr van der Kolk et Vrolik). — A, Hémisphère gauche, — 11, Hémisphère droit. — C, Cervelol ramène en arrière.

Kir,. SS. — Le mèine, vu de cété (d’apres Srlirn-dcr vau der Kolk cl Vrolik), moiilraiit en e la valeur de ce déplacement relatif du cervelet en arrière du cerveau d.

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L>54 llAI'l’OItTS ANATOMIyüKS

J'attinii de nouveau l'attention du publie »ur ce fait dans ma réplique au professeur Owen (1) ; mais cette figure condamnée fut une fois de plus reproduite par le professeur Owen, sans la plus légère allusion à son inexactitude (2).

C'en était trop pour la patience des premiers auteurs de ce dessin, MM. Schrosler van der Kolk et Vrolik; dans une note adressée b l'Académie des sciences d'Amsterdam, dont ces savants sont membres, tout en s'avouant adversaires résolus de toutes les formes possibles de ta doctrine du développement progressif, ils dé'claraieut qu'avant tout ils voulaient la vérité, et que.

der van der Kutk et Vrolik. Gralioict a représenté corredcniciil un cerveau de chimpanzé vu par sa face suptîrieure cl latérale, et un cei'vcau humain [fig. 43)

Fil.. FO. — Vue liilérale oxaele iFuu eerveau de ctiiiiipanzé (d'apré, Graliolet, pl- VF lip. 3), mouU'aut l.i pri'jeclion du Ci'rvcau en d an delà du ecrvelel c. — fj, Sci»ui.de Sxlviu-.

Fui. 11. — Vue exacte do la .urface siip rieure d'un cerveau do chnnpaulc (il'aiHsis Oia liolel). te cerveau recouvre et caclie le cervelet,

(1) Orveit, Alhaueum, 13 avril 18(11.

(2) Orven, Annal» of tialuritl Itislory, juin 1861.

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DE L’IlOMME ET UES AM.M.U X.

au risque du paraître appuyer des vues qu'ils réprouvaient, ils rruyaieiit de leur devoir de saisir l'occasion de répudier publiquement l'abus que faisait lu professeur Owen de leurs noms.

Dans celle note ils admettaient franchement la justesse des critiques de •M. Graliolet, mentionnées plus haut, et ils démontraient, par des planches nouvelles et soigneusement tracées , la présence du lobe |K>stéricur, de la corne postérieure et du petit hippocampe de l'orang. Ayant en outre démontré ces organes A l’une des séances de l'Académie, ils ajoutent; v La présence des parties contestées y a été universellement reconnue par tous les anatomistes présents A la séance. Le seul doute qui suit resté se rapporte au pei hippocampi minor... A l'état frais, l'indice du jwlit piud d'hippocampe était plus prononcé que maintenant. •

Le professeur Owen répéta ses assertions erronées au meeting de l'Association Britannique eu 18lil ; une fois de plus, sans aucune nécessité apparente, sans ajouter un seul fait ou aucun argument nouveau, sans être en état de contester en quoi que ce soit les témoignages éclatants fournis dans l'intervalle A la suite île dissections faites sur de nombreux cerveaux de singes par le professeur Itolleston (1), M, Uarsiiall (3), M. Flower (3), Al, Turner (A)

— Les cinq figures ci-jointes, de Ô8 à 42, sont i la moitié de la grandeur iialurclle. iTrari )

t'iii, 42.^ Vue latérale d'uii cerveatf Jiuinaüi d'apré» Gratinlcl; c'est celui de b femme ‘ sauvage appelée la Vénus luiUenloté. — A, Hémisphère gauche. — C. Cervelet. — ^ f, , Sri-sure de Sjlvius. -,

(1) Sur les afiinilés du cerveau de l’orang {fiai. Uut. tleview, avril lUül).

(2) Sur le cerveau d'un jeune cliinipanxe (/Wd., juillet tSfit).

(3) .Sur les lobes (loslérieurs du cerveau des quadrumanes {Philot. Tram., 1 (l) Sur les rapports anatomiques des surfaces de la lente du cerveau et du

IIAITOUÏS AiNAT().MinUi:S

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et moi-iiiéine (1), il rcprodui.<it son travail li la réunion de cette inèir>e association tenue h Cambridge en 1862. Mécontent de l'accueil désapprobateur <]Ue ce procédé sans précédents avait reçu dans la section D de ce meeting, le profes.seur Owen approuva la publication d’une version de scs assertions, accompagnée d'une analyse étrangement incorrecte des miennes (ainsi qu'on peut le voir par la comparaison des comptes rendus donnés par le Timn (2). J'insère ici les conclusions de ma réponse insérées dans le même journal du 25 octobre.

< S'il s'agi.ssait ici d'une opinion, ou de l'interprétation d'un fait ou d'un terme — si même il n’était question que d’uu fait d'observation dans lequel le seul témoignage de mes sens fût en lutte contre celui d'une autre personne, je prendrais un autre Ion en discutant ce sujet, l'admettrais en toute humilité la vraisemblance d’une erreur dans mon jugement , d’une lacune dans mes connaissances ; je serais môme disposé à supposer que je suis aveuglé par quelque préjugé.

« Mais personne ne peut croire que le débat roule sur une opinion ou sur des mots. Bien que quelques-unes des définitions proposées par le professeur Owen soient nouvelles et sans autorité, on peut les accepter sans modifier les grandes lignes de la question. Depuis lors, d'ailleurs, des recherches sjaViales ont été entreprises en vue de l'éclairer pendant les deux dernièreannées par MM. Allen, Thomson, Rolleston, Marshall et Flower, tous, ainsi qu’on le sait, anatomistes renommés en Angleterre, et sur le continent par les professeurs Scbrœder van der Rolk et Vrolik (que le professeur Owen a malailroitement e-sayé d’enrôler li son service), observateurs habiles et consciencieux, qui ont d'un commun accord affirmé l'exactitude des faits que j’ai avancés et le défaut absolu de base des assertions du professeur Owen. Le vénérable Kodolphc Wagner lui-même, que personne ne peut accuser de tendances progressionnistes, a élevé sa voix de notre côté, tandis que pas un seul anatomiste, célèbre ou obscur, n'a donné son appui au professeur Owen .

« Je n’ai pas l'intention de suggérer ici (|ue les différends scientifiques doivent être jugés par le suffrage universel ; mais je crois qu’à des preuves solides on doit opposer qiiel(|ue chose de plus que des assertions creuses et sans fondement Or, }K>ndant les deux années à travers lesquelles cette absurde controverse a traîné ses fatigantes longueurs, le professeur Owen n’a meme patenté de produire une seule préparation à l'appui de ses assertions souvent réitérées. ,

« En sorte que la question se présente sous la forme suivante ; non-seu-

vdel cUc* riionimc et les mamniifères inft' rieurs [l'roceed. of the Soc. 0 / Fdinburgli, Mars 1862).

(1) Sur le ccncau de l’Atoles [Prccced. of ihe iool. Soc. 1861).

^2) Tim€6 du 11 octobre 1862.

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letnenl cc (|ue j’ai avann'" est d’accord avec les doctrines des savants anciens les plus célèbres et avec celles des anatomistes les plus récents, ninis je suis tout prêt à le démontrer sur le premier singe venu, tandis ipie les assertions du professeur Owen sont nOn-seulemcnt diamétralement opposées à toutes les autorités, anciennes cl nouvelles, mais elles n’ont été, et j’ajoute, ne peuvent être appuyées par une seule préparation qui les justide.

a Je laisserai là ce sujet pour le moment. Pour l'honneur de ma profe.ssion, je serais heureux de n’avoir plus jamais à le traiter. Mais mallieureusemcnt (!’est là une (juestion sur la(|uellc, après tout cc qui s'est passé, ni erreur, ni confusion de termes n'est possible — et en afiirmant que le lobe postérieur, la corne postérieure et le petit hippocampe existent chez certains singes, j’avance ce qui est la vérité ou cc que je dois croire faux. Le problème est devenu de la sorte une question de véracité personnelle. Je n’accepte, pour moi, point d'autre solution — si grave qu’elle soit — à la controverse que j’ai relatée. i>

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