‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 140 sur 273 · PATTES, = SAIT · texte numérisé non relu

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ou sept heures tous les dédales, en une lente ascen- . qui devait nous conduire à une première étape

de 3,000 mètres d'altitude, jusqu’ à Las Cuevas, dernière station du chemin de fer.

Les arbres disparaissent. Nous les quittons avec un

dernier regard d'adieu, comme ces amis mélancoliques qui nous accompagnent € jusqu'au prochain tournant » les jours des grands départs. À présent, plus rien que des buissons et des toufles d'herbe sèche, éparses dans les éboulis des cailloux. À quarante kilomètres de la capitale, après avoir gravi les ie du Paramillo, en remontant sur sa rive droite le cours du Rio Mendoza, le train s'arrête à Cacheuta, célèbre dans le pays pour la vertu de ses eaux thermales.

Dans toute cette région, l’eau chaude jaillit en

abondance à 46 degrés, sur les rives du torrent, à 26 degrés un peu plus loin. Le gouvernement de Mendoza a décidé la construction de bains thermaux modernes, pour remplacer les installations de fortune. Mais les Argentins y viendront sans plaisir. Le paysage manque de charme. En face de la gare, sur la rive gauche du torrent, couverte de galets, s’alignent des maisons basses, faites d’un magnifique grès bleu, sans relief sur le fond également bleuté des rocs d'alentour. Aucune trace de végétation.

[test 6 heures du matin; une bise aigre soufile, soulevant une fine poussière blanche. Quelques voyageurs anglais, descendus du train, font les cent pas sur le quai, enveloppés d’épais carricks, leurs femmes sans chapeau, les cheveux entourés de voiles; les hommes, coiffés de casquettes, fument déjà leur courte pipe de bois.

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Le train reprit sa marche lente et sinueuse entre des monts grillés que ne rafraichit nulle part le moindre filet d'eau. Aussi rien ne pousse sur ces rocs altérés, pas même un buisson malingre, un arbuste souffreteux, ni cette pauvre végétation de cactus qui, vers la Bolivie, donnait aux montagnes une apparence de vie. Quelques ponts jetés sur le rio et plusieurs tunnels franchis, nous atteignons, à 1,850 mètres, la vallée d'Uspallata. Après une traversée de trois heures dans cette pierre, une surprise vous ravit. De la garè, on aperçoit une perspective verdoyante de prés naturels où des vaches paissent. Allons-nous trouver enfin un vallon alpestre ou une quebrada couverte d’arbres et de pâturages? Ici, le Rio Uspallata et l’arroyo de los Chacayos, en venant se jeter dans le Rio Mendoza, ont transformé le roc stérile en un riant campo où les arbres fruitiers, les fourrages et les céréales poussent parfaitement. Mais l'enchantement dure peu et ne se renouvellera pas. Maintenant le paysage se morfond davantage encore. Par instants s’ouvrent des échappées sur les vallées des rios Picheuta, Blanco-et Amarillo, où l’on espère découvrir autre chose que des rocs dénudés et des cailloux roulés; mais toutes ont l'aspect désertiqu de celle du Rio Mendoza que nous suivons. À partir d'El Caleton, le train monte avec la crémaillère; nous ne marcherons plus qu’à quinze kilomètres à l'heure,

Alors se précise l'espèce d'angoisse qui vous Opprime depuis le départ. Cette solitude, la monotonie du paysage, cette succession de cirques qui 20,

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paraissent sans issue et vous emprisonnent dans leurs hautes murailles, le silence que rompent seulement le halètement de la locomotive et le roulement du train, l'absence totale d'arbres et d'animaux, surtout l’uniformité de cette désolation vous hypnotisent et vous plongent dans une sorte de torpeur. Elle s'augmente du malaise physique que provoquent le mouvement du train et l'altitude croissante.

Allongé sur la banquette, je regarde les arêtes vives des monts, leurs cassures nettes comme taillées au sabre se dessiner sur le ciel dur, leurs sommets arrondis en tours erénelées, ou affilés en aiguilles et en flèches. Ici, près des clochers d’une cathédrale en ruines, un amas de rocs bizarrement seulptés a l'air d’une théorie de pénitents agenouillés, gravissant la montagne. Sur un versant dénudé des eubes énormes de grès restent suspendus on ne sait comment, menhirs et dolmens, poudingues géants empâtés dans une masse d'argile brunâtre. Quelquelois, sur les crêtes se découpent des profils humains qui semblent contempler le ciel, comme ces dieux de granit rose endormis dans les sables dorés des déserts nubiens, ou bien ce sont de gigantesques pachydermes pétrifiés, à la peau grise et craquelée, ou des sphinx colossaux regardant, dans leurs postures immortelles, défiler au fond de la vallée le jouet minuscule qu'est notre train.

Quand les pentes deviennent plus abruptes, des crevasses profondes font des trous d'ombre sur Îles masses de grès rose ou jaune. Dans leurs stratifications, le vent, la poussière et les neiges scutptèrent plus loin de grandes colonnes à tambours et des jeux d’orgues prodigieux. [ct et là, une avalanche de

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cailloux roulés dégringole d’un sommet et vient s’'éparpiller en un vaste delta dans la vallée. Quelquefois, ces cailloux, au lieu d’être ronds et polis, sont brisés aussi nettement que ceux qui servent à macadamiser nos chemins, comme si des légions de casseurs de pierres avaient taillé là de quoi empierrer toutes les routes de la planète : ce ne sont que des pierrailles usées par le vent, la neige, la grêle, car sur ces hauteurs, la pluie est inconnue. Lorsque la roche est plus friable, le travail des éléments devient plus minutieux encore : des blocs de schistes lamelleux, ici superposés en feuilletis épais et noirs, sont, plus loin, finement concassés, et la montagne parait faite avec les débris d’une ardoisière.

Toute cette pierre, masses agrégées, blocs disjoints, moignons détachés des colosses, dégringolades de galets, d’écornures et d’écaillures, miettes et poussières de pierres, finit par vous attrister d’une tristesse inconnue qui en même temps vous inquiète. Nous ne sommes pas faits pour vivre dans une telle désolation.

Ceux qui connaissent la Vallée des Rois que les Pharaons choisirent dans le désert africain pour y créer leur demeure éternelle peuvent imaginer, en la centuplant, l'impression produite sur le voyageur par ce côté de la Cordillère,

Eh bien, de tant d’aridité et de sécheresse, de cette solitude farouche et de ce léthargique silence naît pourtant une affreuse et grandiose beauté. L’âme attristée et comme exilée par l'absence de tout ce qui lui est cher se laisse peu à peu subjuguer par lhorreur sereine des monts taciturnes et misérables.

Par contraste, j'évoquai la vision de quelque

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