‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 142 sur 273 · PEN · texte numérisé non relu

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C'est au milieu de cette nature hargneuse que le train atteint la station de Puente de Las Vacas. Nous sommes à 2,890 mètres. Entre deux crêtes apparaît le volcan Tupungato, au cône couvert de neiges éternelles, et de l'autre côté celui de lAconcagua. Bientôt on nous signale l'approche du Puente del Inca, où une partie des voyageurs du Transandin s'arrête. Ge pont de l’Inca, l’une des curiosités de la iraversée des Andes, est une voûte de 20 mètres de long sur 15 de large et 8 d'épaisseur, sous laquelle le Rio Mendoza s’est frayé un chemin. Des sources d’eau chaude jaillissent en bouillonnant, à une température de 54 degrés, au pied même de ce banc calcaire et forment sous celte arche naturelle, d’une blancheur d'albâtre, de magnifiques stalactites.

À midi, nous arrivâmes à Las Cuevas, où finit le chemin de fer du Pacifique. Ici, se trouve la station de mules et de voitures de la Compagnie Villalonga qui transporte les voyageurs de l’autre côté des Andes, car, heureusement, le tunnel transandin n’était pas encore percé, et nous allions pouvoir passer au Chili par le chemin classique de la Cumbre. On est déjà à 5,150 mètres d'altitude, et l’on sent autour du front comme un étau de fer, en même temps qu'une sensation de pesanteur dans la poitrine. Je songe aux plages où s’ébattit mon enfance et où l’on respire si bien. Mais il faut monter encore un millier de mètres pour trouver le col (la cumbre}, par où nous descendrons dans les vallées chiliennes.

Au fond de ce cirque désolé, qu'un joyeux soleil éclaire, la bise souffle tristement, soulevant des

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nuages de poussière qui fouette la peau du visage comme des lanières. Une trentaine de tapissrères stalionnent devant le quai. Elles sont fermées à l'avant par une cloison de bois dans laquelle s’enchàsse une petite vitre, afin que les quatre voyageurs de lintérieur soient protégés contre la poussière, le vent ou Péclai fatigant de la lumière. Par une sorte d'instinct, les gens réduisent leurs mouvements au MINIMUM ; point de cris, de courses ni d'appels; ehacun s’installe tranguillement dans les voitures, en attendant le départ du convoi. Ils ont tous l’air de malades ou de gens aitristés par un deuil récent. Il faut charger les gros bagages, équiper aussi cette tropilla de mules qu’entourent des muletiers chiliens, métis d'Indiens aux pommettes saillantes, aux cheveux noirs, drus et épais, à la moustache rare et tombante comme celle des Japonais, auxquels ils me font penser plus d’une fois. Leur tête est serrée par une bande de cuir ou un mouchoir de couleur et coilfée d'un large chapeau de feutre. [ls portent des bottes rouges et jaunes, garnies d’éperons à larges molettes d'argent. L'un d’eux se carre dans un poncho de peluche eramoisi, un autre dans une étoffe noire, à dessins verts, mais la plupart ont des ponchos loqueteux, rapiécés, effiloqués, aux rayures multicolores, détrempés par les intempéries, tombant jusqu'à mijambe, comme une dalmatique. D'un mouvement preste, ils se dévêtent de teur poncho et en enveloppeni la tête des mules qui, ainsi aveuglées, se laissent charger sans ruade. Elles porteront tous les petits bagages et le courrier du Chili qui est là, sur les cailloux, dans des sacs plombés où s'inscrivent les noms de pays lointains.

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