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Le chef de notre caravane est un vigoureux Anglais, blond, haut en couleurs, la figure énergique brüiée par le soleil, la poussière et le vent. Avec son vêtement kaki, son Jarge chapeau de cow-boy, sa ceinture de cuir bourrée de revolvers et de cartouches, 1l a l’air d’un bandit des légendes du Far-West. Deux jeunes Anglais équipés comme lai l’accompagnent. [ls surveillent l’organisation du convoi, s’assurent du chargement des bagages, installent les voyageurs, recommandent une dernière fois la prudence aux conducteurs impassibles. Des gens s’effrayent... Que va-t-il leur arriver ?... On raconte qu'il y a un mois à peine, un Anglais périt pendant l'ascension, une mule ayant eu peur de l’ombrelle qu'une dame ouvrit, olissa dans un précipice, entrainant son cavalier. Aussi le chef de la caravane tient à nous rassurer. Les mules ont généralement le pied sûr. I faut seulement empêcher les conducteurs de les faire galoper trop vite aux tournants dangereux. Mais c’est leur sport. La frayeur des voyageurs les amuse.
Tout est prêt, la tropilla de mules chargées des bagages prend les devants par des sentiers de traverse. Sur un signal du chef, le cortège s’ébranie. On nous a recommandés à lui, et nous passons en tête, derrière les trois cavaliers qui règlent fa marche. Ainsi nous n’avalerons pas la poussière soulevée par les autres voitures. Assis les uns en face des autres, sur les banquettes de moleskine des tapissières fermées à l'arrière de rideaux claquant au vent, enveloppés de vêtements d’hiver,les gens ne se parlent pas beaucoup. Comme sur le pont d'un bateau, par mauvaise mer, les figures pâles se crispent ou s’endolorissent. Je vérifie pour la seconde fois que
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le mal des montagnes n’est pas un vain mot. Au fur
et à mesure que l’on s'élève, la pince de fer se res-
serre autour du front, les tempes battent plus fort. Il faut se distraire au spectacle des dermiers sommets
de la Cordillère dont nous approchons, et de la pit-
toresque caravane.
Déjà, au fond de l’immense cuvette que nous venons de quitter, la voie ferrée, la station, les hanoars, les ateliers et les travaux de percement du tunnel apparaissent minuscules; déjà les mules qui nous ont devancés s’aperçoivent là-haut, agrippées au flanc des monts couverts d'éboulis finement concassés, qui leur donnent un aspect net et régulier, comme s1 un gigantesque râteau les avait nettoyés et raclés. Deux couleurs dominent le paysage: le gris roux des pierres brülées et de la poussière, le bleu dur du ciel sans nuage. Pas un arbre, pas une herbe. Mais 1l arrive que la pierre change de couleur, elle devient brune et aussi verdâtre, et le jeu capricieux des ombres portées anime l’affreux désert minéral. Parfois aussi, le décor se transforme. Dans une échancrure des monts apparaît la masse du Tupungato ou de l’Aconcagua à la cime chenue, formidable, aux flancs cuirassés de glace, balafrés d’avalanches et de crevasses.
La route, construite en lacets, n’a que la largeur de deux voitures. Elle s'appuie à droite au corps de la montagne, tandis qu'à gauche elle côtoie sans cesse le précipice. Aucun travail de défense ne la protège, n1 barrière, ni amas de pierre, pas même une touffe végétale où se rattraper en cas d’accident. Les trois mules des attelages tirent courageusement, d’un pas sûr et régulier, accélérant leur marche aux
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