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ont élé combinées. Un jour, à Palermo, descendue de voiture, elle voit le jeune homme près d'elle, qui salue, s'arrête, échange quelques mots, demande à la mère la permission d'accompagner sa fille. Les jeunes gens marchent devant, la mère, discrètement, se tient derrière. Les voici fiancés. Les accordailles ont eu lieu en plein jour, sous les yeux de tous, à l'ombre maigre des palmiers de l'Avenue Sarmiento. Tout Buenos-Aires, dès le lendemain, le sait. Le jeune homme, autorisé à faire sa cour, vient chaque soir dans la famille de sa fiancée qui l’accueille comme un fils. [ls se rencontreront au bal, plusieurs fois et sans que les commérages puissent les toucher, ils pourront se montrer en public, et flirter sous l'œil maternel. Mais déjà la jeune fille ne prendra plaisir que là où est son fiancé, elle n’acceptera d'invitation que si elle est sûre de le voir et, dans un bal, ne dansera qu'avec lui. L'été, les deux familles se donneront rendez-vous à l’estancia, dans leurs villas du Tigre ou de Mar-del-Plata, dans un hôtel de la Sierra de Cordoba, et, grâce à l'abandon et à l'intimité de la vie familiale, les jeunes gens achèveront de se connaitre.
Pas une seule fois les questions d'intérêt n'ont été abordées. Ainsi le veut la tradition. La dot n’existant pas, on ignore ici les marchandages honteux, préliminaires de tant de nos mariages. Cependant, la « société » argentine étant restreinte, la situation de fortune et le rang social des fiancés sont parfaitement connus des futurs alliés. Et, s'il est vrai que l’inchnation naturelle rapproche avant tout les jeunes gens, on ne saurait affirmer que les préoccupations de rang etdefortunesoientabsolumentétrangères à leur choix.
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Il est entendu que le mari, si jeune soit-il, fait seul la situation du ménage. Cela aussi est dans la tradition. Il mettra donc son honneur à ne pas soulever la question d'argent. Aujourd’hui encore, en province surtout, où les traditions sont plus intactes, celui qui reçoit de l'argent de ses beauxparents est assez mal vu. De son côté, la jeune fille riche, élevée dans le luxe, sait très bien que, par le mariage, le train de son existence peut changer du jour au lendemain. Elle avait, chez son père, chevaux, voitures, automobiles, loge au Colon, toilettes et bijoux. Son mari ne peut lui donner tout cela. Peu importe. Elle consent vaillamment à cette diminution de luxe qu’elle sait, d’ailleurs, provisoire, la fortune étant derrière. Elle garde les mêmes relations de famille et d'amitié que par le passé et le prestige de
sa situation mondaine reste par conséquent le même.
Au surplus, cette fierté et cette intransigeance orgueilleuse de la part des jeunes époux deviennent plus rares qu’autrefois. Si, en principe, la dot n’exisie pas, en fait, beaucoup de parents riches donnent à leurs filles, sous forme de cadeaux, une maison ouun mobilier. Les générations nouvelles, plus préoccupées qu'autrefois d'intérêts pratiques, songent au prix croissant de la vie, aux exigences de plus en plus impérieuses du luxe. Si le mariage d'amour se maintient encore sous l'influence de la tradition, les parents, par raison et prudence, songent aussi au bien-être de leurs enfants et pensent à allier des fortunes. Autrefois, dans cette vie coloniale simple et patriarcale, étroite et resserrée sur elle-même, qui faisait de la petite société argentine une grande famille, on pouvait se laisser aller plus facilement
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qu'aujourd'hui à son instinct et à son inclination véritables. Les familles se connaissaient parfaitement, le rang social était le même, les fortunes équivalentes, la vie facile; avec quelques milliers de piastres on montait une maison. Mais les temps chansent, et l’on commence à parler des avantages de la dot: les mères s’affligent de voir les luttes et les difficultés des premières années du mariage sans pouvoir aider leurs enfants, elles souffrent des différences, souvent disproportionnées, dans la situation des frères et des sœurs; et, insensiblement, les mœurs se transforment.
En général, les hommes étant aussitôt repris par leurs affaires, on ne fait pas de voyage de noces, ef c’est sans transition que la jeune fille passe de sa vie d’enfant gâtée et choyée aux graves soucis de la vie conjugale et familiale.
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