‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 153 sur 273 · EST CE r en · texte numérisé non relu

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AU LAC NAHUEL-HUAPI 271

côté des Andes. On me signale aussi quelques Parisiens établis un peu plus au nord, vers les lacs de Buenos-Aires et de San-Martin.

Cependant, un Bonairien, appartenant à l’une des premières familles de Ia capitale, a réussi à se faire donner gratuitement par le gouvernement, et à vie, la jouissance de la grande île Victoria, d’une superficie de 4,300 hectares, située au milieu du Nahuel- Huapi !, à la condition de la mettre en valeur, c’est-àdire d’y dépênser en dix ans, 440,000 francs. Mais, selon ses amis qui me la confièrent, son idée était d'y amener d'Europe des animaux et d’y faire un grand parc de chasse.

Le désir me vint de connaître cette fameuse île. Comme nous n’avions encore vu le lac que le soir, c'était une occasion de le parcourir en partie, et un matin nous partimes par le vapeur qui n’avaitrien à faire ce jour-là.

Un joli soleil éclatra netre promenade. Le lac offrait des lointains roses et bleus, comme aux beaux Jours le lac de Lugano qu’il rappelait par certains aspects gracieux, le joli dessin de ses monts, ses détours imprévus, ses anses nombreuses aux plages

arrondies, la pureté de ses eaux qui laissent voir les cailloux de son lit, ses rocs à demi stériles dont la moitié inférieure est couverte de forêts. Dans une autre partie, la variété et le désordre sauvage de ses lignes nous firent plus d’une fois penser à un lac de Lucerne qui n'aurait ni Righi ni Pilate, ni pics neigeux, ni clochers, n1 chalets, n1 vaches.

4. Le Nahuel-Huapi a 100 kilomètres dans sa plus grande longueur, et pour venir de Puerto-Blest à San-Carlos de Bariloche, nous en avons traversé la moitié, soit 50 kilomètres.

Je me réjouissais de visiter l’île Victoria où, d'après ce que m'avait dit à Paris un cousin du propriétaire, j'aurais pu chasser l’hippopotame et le rhinocéros. Au bout de deux heures et demie de voyage, nous arrivâmes. Quelques bûcherons coupaient des arbres sur la colline. Un petit bateau était en construction dans une anse. Mon guide me conduisit vers une maison de bois où demeurait le majordome allemand.

— Où sont les animaux sauvages que vous allez acclimater ici? lui demandai-je. Je suis venu pour voir le Paradis terrestre annoncé. Où est-1l?

Il sourit.

L'ile était peuplée des quelques vaches nécessaires à l'alimentation des insulaires. Quant à l’acclimatation d'animaux sauvages, elle se bornait à deux porcs-épics, dont l’un était mort en route, le second ayant attendu d’être débarqué pour rendre le dernier soupir.

À quoi s'occuper, dans cette solitude, quand n a fait le tour du lac, admiré son éau pure, les aspects variés de son cadre de montagnes, sinon à écouter parler les gens et se faire raconter des histoires?

Üngrand nombre des colons qui sonticise plaignent de n’avoir pas leurs titres de propriété. Ils y vinrent pourtant, envoyés par l’administration sur des terrains nettement désignés. [ls disent :

— Nous avons satisfait aux conditions de la 161, c’est-à-dire défriché la terre, bâti notre demeure,

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