‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 18 sur 273 · MES · texte numérisé non relu

MES

du désaccord possible des caractères, Pamour persiste presque toujours dans ces âmes féminines ardentes et continue à les posséder. C’est pourquoi leur réstgnation n’est point accompagnée de rancune, de haine jalouse et de représailles. Leur déception touche 3 fond leur sensibilité, elles ne peuvent chercher ailleurs un adoucissement à leur misère. Que feraientelles de leur indépendance? Elles pleurent dans le silence, ayant souvent la force de paraître tout ignorer et sacritiant le bonheur à ce qu'elles croient être la dignité du foyer.

Je me souviens d’une discussion que nous eümes un soir, à l'hôtel Plaza, à la suite d’un diner qui réunissait-quelques personnalités de la société argentine. Je n'avais pas caché, dans des discussions précédentes, mon étonnement profond de voir qu'après cent ans d'indépendance et de République, la femme argentine n’avait pas plus de hberté que l'Espagnole. Quelques-unes m’approuvaient et l’une d'elles répéta plusieurs fois d’un ton calme qui me frappa:

— Qui, Monsieur, vous avez parfaitement raison, nous sommes des esclaves et, qui plus est, des esclaves stupidement honnêtes. |

Mais la plupart discutaient avec une énergie passionnée, déclarant leur liberté égale à celle des femmes européennes. Et je perçus à ce moment la lutte entre les idéals qui sont offerts aux femmes de ce pays sans cesse tiraillées entre l'influence de la tradition et de la religion d’une part, celle du modernisme d'autre part. De ces femmes qui discutaientavec une égale ardeur, les unes étaient persuadées quetous les devoirs de la femme ettout son bonheur consistent dans le sacrifice éternel et le respect des traditions.

1 £ je + Le Le oénes cobrs oh drones ere vu de mi rennes VE me tm ' or sereine créer "| ae : nr ED ; Eur < 28.1 :

Les autres, déjà libérées d'esprit, portées par leur culture ou le contact des civilisations étrangères à la conscience de leur personnalité, voulaient se délivrer, bien timidement encore, du poids des conventions et d’un respect humain excessif. Du même coup, je comprenais les sévérités et les intransigeances ainsi que les velléités de révolte qui, tout d’ abord, laissent l’étranger indécis dans son jugementsurla femme argentine.

— Enfin, dis-je à l’une des plus combatives, est-il vrai que nous sommes dans un pays où les hommes ne peuvent rendre visite aux femmes? Ce seul fait suffirait à mesurer l’étendue de vos libertés.

— C'est qu'ils ne le veulent pas, déclara-t-elle avec véhémence. Personne n’y trouverait à redire.

— Oui, pour une fois, objecta avec un malicieux sourire une dame originaire de l'Amérique du Nord et qui habite depuis plusieurs années l'Argentine. Mais si la visite se renouvelait seulement trois fois, il faudrait voir l'œil des bonnes amies! D’abord, la dame en question, par sa froideur, aurait vite fait comprendre son indiscrélion à l'importun. Ensuite, le mari, à la première rencontre, ferait à l’intrus une tête si expressive que celui-ci nerecommencerait plus. Enfin, si, par impossible, la dame voulait trouver ces visites naturelles et les supportait, ses amies peu

à peu se détacheraient d’elle, le vide se ferait autour

de ce déshonneur. Et voilà une femme au ban! N’estce pas vrai? fit-elle, s'adressant aux dames argentines. Celles-ci ripostèrent en criant à l’exagération, puis, poussées dans leurs derniers retranchements, l’une d'elles reprit la parole, approuva et exalta même cette soumission et cet esclavage volontaires.

À ibn & D . . : + : D . : mn Ÿ ro À »?/1Là

« : ù : Ê Fo 1H

{ | À / 8 1 \ : ‘ LE MALTE ASS! À it ‘ V 3 à } « : Aug A 4 08 | y Vrais A: à .: ” ] SAR 4 x MA ON \ ire ÿ si Y & EURAUT ï sô à VRP 2 #1) : \ À De À £ ATOUT l là Lai duo Un. LU vi ‘ Lu LEA NAS DA id ERP POINT ail TER S ; M Ab: L7 L \ No El à, . sir ‘À UT T DL AUS PONT 184 AÉQANS LT 2 SR IC SU: PT tte eve hs UC DS LS SE RÉ A 0 Sd dé Sat | TN RE PE ee CU ON Ne: à ON CNP de ; ; ” ha: GE RES NEA Sade ES ETS EEE" HARRIS NET RE ce , » maman , Fe £ ae 3 de + DÉS = ‘ s — A 1 gp :uÿtr-f or fc ES TIR Licovars GRR ù md

— C'est le devoir de la femme, c’est sa noblesse et sa beauté que ce sacritice perpétuel au mari et aux enfants. Si le mari ne fait pas son devoir, elle, fait le sien, elle donne à ses enfants l'éducation qui en fera des hommes d’honneur et de droiture, animés de l’orgueil espagnol, du fier honneur espagnol.

« Si elle ne va pas au théâtre en l’absence de son mari, ce n’est pas que celui-ci le lui défende ou qu’elle craigne le blâme et la critique, c’est que, sans lui, elle n’y aurait aucun plaisir. Si elle ne sort pas, si elle se cantonne chez elle, c’est que tel est son gout, »

Je ne veux pas ici discuter la valeur de ce sentiment de sacrifice, mais je dois dire qu’en ce pays neuf, où la facilité de s'enrichir, le luxe croissant, le besoin de paraître, créent une atmosphère souvent déprimante, cette honnêteté foncière de la femme est un des aspects les plus sympathiques, les plus sains et les plus respectables du caractère argentin.

Étant donnée cetie conception de la vie de la femme, 1l était bien difficile aux Argentines de se libérer intellectuellement et moralement. Le féminisme, l’ibsénisme, le suffragisme auront fort à faire pour s’acclimater ici,

Elles sont intelligentes, certes, d’esprit vif et compréhensif, apte à saisir vite les nuances des choses. Beaucoup ont le don de l'expression brillante, pittoresque, spirituelle même, et leur sens critique tou-

. pm “pme mnT LS

Luis a — SRE Poser. — — PRE DO RS PR té me mn RER = D PTE p 4 ne

jours en éveil les incline à l'ironie. Mais, promptes à l'attaque et à la riposte, elles se contentent trop souvent d'exercer ce don précieux de critiquer dans les babils malicieux de la gazette mondaine, dans les futilités des parlotes de salon, entre deux parties de bridge. La plupart des conversations portent sur les personnes et ne s élèvent que par exception jusqu'aux idées sérieuses.

Il est rare de rencontrer chez ces femmes réellement douées, le vrai orgueil de leur intelligence, cette personnalité, ce goût des idées propres que donne une culture de choix ou l’expérience réfléchie de la vie. Sous le charme réel de leur langage, on devine vite le flottement des idées. [mitatrices par éducation, dociles aux conventions mondaines, la majorité d’entre elles ne semble agir que selon un code d'idées reçues. Leur spontanéité heureuse, comprimée par ce despotisme des conventions, disparaît peu à peu. De là cette uniformité qui semble avoir moulé toutes les femmes sur le même modèle.

La plupart ne lisent pas, ou si peu!

Elles sont donc une proie toute prête à l'influence cléricale qui agit fortement sur ces esprits dociles et ces âmes sensibles, privées de toute nourriture intellectuelle copieuse et vivifiante. Il en résulte, pour beaucoup d’entre elles, une atonie de la pensée, une mesquinerle de jugement et parfois une intolérance active dont les effets se firent sentir, il y a peu de temps encore, lors de la proposition à la Chambre d'une loi sur le divorce.

Un groupe de femmes, soutenu par le clergé, cria à la désorganisation sociale et à l’immoralité, lança des pétitions, rallia tous les réactionnaires et ce groupe

Se re É L æ RE 2 RÉ RE AT ÉER, SUP - RER > - SE TT er Dr - — —. 7e nt - * —

we UK y LCA" Te NA \ Fe SERNERE ITS PORT ENT Di re er Nrte Ù ROUE | \ NU ri Xà \ CAE AO { ' e Uyt j j { ; : UC CRU: VAN ; its CM CN COR UE + vi: LE * 1 1e er , , 4 iù : : RE + “ «1 { ee A à 1 ta 641$ y à: #4; #; ca : CEA E" } LE ; 5 1 OR #4" AN ne ç v L REULENT À { > n « *) L PRISE 4) : h l'os Ai t L à OUR ENT CPS Mira Panel À nie Le, ROUEN, 1 EUI DOUX APPART RAT à ASE ORPN TON SR 4 ORNE TR RO DETTE al J\ù M NS E < Les dé à MUR ET PORT RÉ RSS EL 7 Z1N ha LR FL | A : eu DS BA X | je TA d US Lau bb: de = : É | AA : A UT 4 QUE ?! VEINE: MESNIL en) je Ù we “cn \ ] LATE : x . k A Le + VU. DE & 1.4 FM à ÿ a | | * à 13 SAP Te 4 ROSES ON LV RL OU V RATES ANNEE 1 \ CNY LA RL GEO EE re NÉE "4 D \l 7: HOTELS A} £ Le NON TR CA { è u s se IP RER AA < ér | r : =: 78 SAUT AE PURE Ra | gas DAT alt coté dant le. AI Tr EE . > ANRT STE a dE = M: RSC 00 at - E 2 È

RL à An :

hd TE a UE Î AS :

{ RCE, : : Pres

D qi enr Dh Ni PASS A H \

< nent re TS SN TR Le NS er . en TT ET D Etre RER ET IRE ar y

petit, mais serré, l’emporta sur l'indifférence générale. La loi ne fut pas votée.

En une occasion moins grave, lorsqu'on annonça à Buenos-Aires les représentations de Salomé, une opposition analogue s'organisa, dirigée toujours par ces femmes bien pensantes. Elles crièrent tant au scandale et à l’infamie, menacèrent si bien de bovcoiter le théâtre qu'elles empêchèrent la représentation, malgré les engagements signés et les cent mille francs de décors dépensés. Sans doute, elles étaient de celles qui envoyèrent une lettre au directeur. de la scène sur laquelle Suzanne Desprès représentait la Robe rouge, en le priant, sous menace de boycottage toujours, de supprimer cette phrase: « Cet enfant que J'ai porté dans mon ventre... »

Il y a des exceptions, certes, et assez nombreuses, mais comment les juge-t-on? Quelques femmes essayent timidement, comme ayant peur de dépasser la mesure, de parler entre elles d’art et de littérature. Vite on les traite de bas-bleus. D’autres qui s’abonnent à des revues d’art, qui discutent d’éducation à propos de leurs enfants, sontaussitôt taxées de pédantisme. Mais déjà, des esprits libérés, bravant opinion, se moquent de ces critiques puériles et l’on à parfois la surprise heureuse de rencontrer, en contraste avec cette apathie intellectuelle, telle femme d’une rare intelligence, discutant histoire, philosophie, sociologie, avec la rectitude, la claire logique et la subtilité des fines intelligences latines.

Il suffit d'une telle constatation pour se garder de préjuger de l'avenir et d’imiter tant d'étrangers dans leur sévérité excessive vis-à-vis des femmes argentines. Il y a dans leur rigueur, surtout chez les

er ges 2 PR RE >

A fe. Ye

> Ou EE se SRI TT NT ANT SR. HA 2 # rl

ARR à 2 rperre t h tt 0 eo Ds = M 0 à à CU D mb pari er A RS amer rte D RP ot

Anglaises et les Américaines, si différentes d’elles par tempérament, une insuffisance de sens eritique, dont je fus maintes fois frappé. Elles font l'erreur de comparer la moyenne argentine avec l'élite de la nation anglaise ou française, une civilisation de plusieurs siècles avec une société qui date d'hier. Cela n’est pas juste, et je crois que si lon comparait les meilleures d'ici et les meilleures de 1à4bas, on trouverait entre elles plus d’un point de contact, plus d’une raison de s’estimer et de se comprendre parfaitement. Quant aux perruches oiseuses, quant aux commères ridicules ou méchantes, il en est en tous pays.

Page 1