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— (Ce n’est pas la peine de discuter pour si peu de chose !
A Montevideo, j'ai payé moi-même trois piastres (la piastre urugayenne est de 9 francs) pour une course qui dura vingt minutes. Il faut dire que c'était un dimanche, et que ce jour-là le tarif est moitié plus élevé qu'en semaine. Le tramway coûte 40 centimes. Un porteur de bagages exige, au prix du tarif, 9 fr. 50 pour porter une valise du bateau à la douane (cinquante mètres).
La moindre course en voiture à Buenos-Aires est de 2 fr. 20, pourboire compris. Si la voiture a les roues caoutchoutées, le prix s'élève à 3 fr. 30. J'a payé 6 fr.60 pour aller du centre dans un quartier de Buenos-Aires, comme qui dirait Passy. L’automobile se paie 7, 8 et 10 piastres l’heure (15 francs, 47 francs ou 22 francs), selon l'humeur du chauffeur.
A Bahia-Blanca, si vous voulez respirer à la brune et que vous faites tomber la capote, le tarif double! Jai demandé la raison de cette singulière mesure. Les cochers l’exigèrent, sous menace de grève, prétextant queles gens en promenade doivent payer plus cher que ceux qui vont à leurs affaires. Or, il est d'usage que ceux-ci aillent à leur bureau capote baissée. Aussi ne voit-on de voitures découvertes, à Bahia-Blanca, que le dimanche, à l'heure du corso.
Les vêtements coûtent deux fois plus qu’en France. Je parle de la confection pour ouvriers et bourgeois
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vendue dans de « grands magasins » aussi vastes que les nôtres. Quant à la toilette de luxe, elle peut atteindre des prix fantastiques, les droits de douane étant fort élevés. Cependant les modistes et les cou-. turières de la rue Florida étalent à chaque saison les derniers modèles de la rue de la Paix, et avec une rapidité déconcertante, les élégantes de Palermo sont au même ton que celles de notre Avenue du Bois.
Les plus favorisées profitent de leurs séjours à Paris pour bourrer leur garde-robe. Tout leur paraît si bon marché! En revenant au pays, elles sont toujours chargées de nombreux achats pour leurs parentes et amies de Buenos-Aires.
Le luxe de la chaussure, si répandu ici, peut se satisfaire facilement; les bottines d'Amérique du Nord et celles fabriquées dans le pays ne coûtent pas plus cher que chez nous, mais les gants valent le double.
Le luxe du théâtre est très couteux,
Au théâtre Colon, le Grand Opéra de Buenos- Aires, une loge de six places pour la saison, qui dure trois mois et comprend une soixantaine de représentations, se paye 10,000 piastres, soit 22,000 francs. Pour ce prix, on a la libre disposition de la loge et quatre entrées. Si l’on vient à six personnes — bizarre anomalie —il faut payer en plus deux entrées. à 11 francs chacune, soit 99 franes en plus par représentation, soit, au total, 23,320 francs pour Îa
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saison. C’est donc, en somme, une loge qui revient à 65 francs par place et par représentation*.
Une dame argentine me dit :
— Nous dépensons trop d'argent, beaucoup trop, et si mal!
— Mais à quoi? lui demandai-je, car, en somme, vous recevez peu, vous ne voyagez guère chez vous, vous habitez une partie de l’année à l’estancia où la vie est bon marché. |
— (est vrai. Mais vous oubliez la loge à l'Opéra, l'automobile, les voitures, les robes et les chapeaux”. Sans compter ce que coûtent à nos fils « ces dames », de plus en plus exigeantes au fur et à mesure que le pays progresse. Savez-vous, lit-elle sur un ton de confidence stupéfaite, qu’elles ne se contentent plus de colliers de perles, et qu’il leur faut à présent des terrains à Buenos-Aires, des maisons de rapport et même des estancias!
J'en connais même une qui n'accepte plus que des terrains irrigués.
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Ces prix exagérés de la vie expliquent que des gens
4. À l'Opéra de Paris, une première loge de face de six personnes coûte, par abonnement pour 52 représentations, 5,928 francs, soit 19 francs par personne et par soirée.
Le prix de la place dans une première loge est de 14 francs à l'Opéra de Vienne, 33 francs à Covent Garden, 18 fr. 15 à Opéra Royal de Berlin.
9. Une robe de soie paie 250 francs de droits de douane, un chapeau 19 francs.
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riches, j'entends ceux qui ont de 60,000 à FF 100,000 francs de rentes, ne pouvant tenir à Buenos- n. : Aires un rang suffisant, vont vivre en Europe où ces revenus leur permettent une vie assez brillante, même à Paris.
Des villes de province, j’ai rapporté des notes où Je trouve quelques prix amusants :
À Mendoza, la demi-bouteille d’Apollinaris coûte 2 fr. 69, ce qui met la bouteille à 5 fr. 30. On a, chez nous, de bon bordeaux pour ce prix-lâ!
Je demande à un médecin de Cordoba le prix de ses visites. À domicile, il fait payer 14 francs pendant la journée, et 55 francs la nuit. Une opération coûte de 10,000 à 20,000 francs :
— L'honoraire le plus fort que j'aie jamais touché s'élevait à 33,000 francs et me fut payé par un ouvrier anglais gagnant 280 francs par mois. J'avais opéré un de ses parents dont il hérita 44 millions quelque temps après l'opération.
Dans cette même ville de Cordoba, M. X..., professeur à l'Université, paye 135 piastres, soit 297 francs par mois”, c'est-à-dire 3,564 francs par an pour son loyer.
— Îl y à dix ans, me dit-il, les prix étaient de moitié moins élevés. Un loyer de 100 piastres était inconnu ICI.
« Nos domestiques sont moins exigeants qu'à Buenos-Aires. Une cuisinière se contente de 55 ou