‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 186 sur 273 · Il est d'usage, en Argentine, d'évaluer le loyer par mois · texte numérisé non relu

Il est d'usage, en Argentine, d'évaluer le loyer par mois

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65 francs, une femme de chambre, de 45 à 55 francs. En général, les ménages moyens, comme le nôtre, n’ont pas moins de trois domestiques, plus un petit valet qui se tient en permanence à la porte d'entrée

pour recevoir les fournisseurs, le facteur et les

visites.

« Une coutume assez répandue dans les provinces du Nord consiste, pour les chefs de familles métisses nombreuses, à céder gratuitement une ou plu-

sieurs de leurs filles à des gens de position aisée

qui s'engagent à leur apprendre à lire, écrire, compter et servir. Vers dix-sept ou dix-huit ans, quelquefois avant, elles s’en vont. Des orphelins

sont ainsi donnés en tutelle par le juge à des parti- culiers honorables, avec tous les droits et devoirs des

parenis.

« La vie matérielle est aussi moins chère que dans la capitale. Pour 1 fr. 10, nous avons un kilo de jambon, de filet de bœuf ou de gigot. Les autres morceaux se vendent 79 et 89 centimes le kilo. Les fruits abondent pendant la saison, un cent de pêche vaut alors 1 franc.

— Ce qui coûte le moins cher, me dit malicieusement la jeune femme du professeur, 1c1 comme à Buenos-Aires, c’est l'éducation des Jeunes files.

Rosario, grâce à son magnifique port est en pleine prospérité. Les prix des restaurants en témoignent. Dans un établissement tenu par un de nos compa-

triotes, j'ai payé un œuf cocotte, qu’on appelle ici

œuf Rossini, 2 fr. 85; quelques petits pois, À fr. 99; deux douzaines de haricots verts, { fr. 80; un bout de fromage de Hollande, 1 fr. 10. Une boisson qui s’inti-

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tule chablis me fut vendue 13 fr. 20 et une autre mixture baptisée mâcon atteignit le prix de 8 fr. 80 la bouteille. Le chianti ne monte guère plus haut que 9 fr. 50. L'eau de Vichy, que j'ai trouvée jusque dans les Andes, ne se vend à Rosario que 3 fr. 30: le champagne ordinaire, 26 fr. 40.

À l'hôtel, on me fait payer 55 francs par jour une chambre à deux lits, pension comprise, le bain en sus, les repas sans vin, naturellement, et les chaussures non cirées ! C’est à moi de chercher un lustrador, et de le payer.

H y a une petite saison d’opéra de quinze représentations à Rosario, un peu moins chère qu’à Buenos- Aires. La loge de quatre places se paye, à l’abonnement, 100 piastres par soirée, ou 220 francs.

Gela fait tout de même 55 francs la place!

Fous les prix dont je viens de donner des exemples n'intéressent que les citadins, car la population campagnarde, celle des ouvriers agricoles et des gauchos, est nourrie par l’estanciero. La cuisine des péones

le majordome et les hauts employés, qui ont une maison particulière. On y voit les Italiens, engagés pour les travaux de la terre, les Galiciens, gardeurs de troupeaux, les jardiniers, français, les gauchos, créoles. Autour de l’asado, ils boivent le maté fourni par le maître, ils devisent sur les événements de l’eslancia, plaisantent ou dansent et jouent de la QuIlare. Leur menu se compose surtout de viande, celle

naturellement du nombreux troupeau de la pro-

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réunit, aux heures des repas, tout le personnel, sauf

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priété. Selon les besoins du personnel, on tue chaque semaine une vache et plusieurs moutons que lon sarde à la boucherie.

Les colons isolés s’approvisionnent aux almacenes épars dans la pampa, où ils trouvent la viande, le maté, la galleta (pain dur) et les conserves, qui font la base de leur alimentation. Les légumes, je l’ai dit déjà, leur sont presque inconnus. La vie du campo est donc très bon marché.

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L’estancia mixte : à Ernestina. — M. Ricardo Pérez. — Régime de l’estancia. — Visite du domaine. — Comment s'exploitent 10,000 hectares de terre, avec 20,000 moutons et 3,500 vaches. — Le tonte des brebis. — Tondeuses mécaniques et moteur à pétrole. — Le marché de l’estanciero. — Bénéfices de l’estan- Cia. — Une terre achetée 15,000 francs il y a quarante ans, rapporte 420,000 francs par an.

Le marché des laines ct peaux. — Les toisons réunies de trois millions de brebis. — Spectacle extraordinaire, — Le commerce de la France, de PAngleterre, de la Belgique, de l'Allemagne. — Le trafic français domine encore. — [’activité de Roubaix.

Les viandes congelées et la carne seca. — Souvenir de l’Iguassu. — Les grands frigorifiques de Buenos-Aires. — Pourquoi la France refuse-t-elle la viande argentine ? — Du bœuf excellent à 60 centimes le kilogramme rendu en Europe. — Les Anglais carnivores. — Un trust raté.

Nous avons passé de longues journées dans les grands établissements d'élevage de la République; puis nous avons étudié les estancias de cuiture et le commerce des céréales. Pour connaître les trois orandes sources de la fortune argentine, il nous reste à étudier

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le commerce des laines et des peaux et celui des viandes frigorifiées.

Fidèle à notre méthode, nous suivrons la laine depuis la tonte du mouton jusqu'au Marché colossal de Buenos-Aires d’où on l’envoie en Europe.

Le printemps commençait, époque où l’estanciero éleveur de moutons commence à supputer le produit de ses laines. Alors les acheteurs récemment venus d'Europe, surveillent au Marché central de Buenos- Aires l’arrivage des milliers de toisons que leurs émissaires sont allés choisir dans les estancias de l’intérieur, aux lieux mêmes de production.

J'étais curieux de voir l’aspect d’une estancia argentine pendant cette période, et j’acceptai l'offre aimable qui me fut faite de visiter celle de San-José, appartenant à M. Ricardo Perez.

San-José est une propriété située dans la province de Buenos-Aires, à trois heures et demie de la capitale. Elle n’a rien de comparable, comme étendue, aux vastes latifundia dont je vous ai déjà parlé, puisque sa superficie n’est que de 10,000 hectares. Ce n'est pas davantage une estancia de luxe, ni une de ces cabañas fameuses dontse glorifie le pays. C’estle type de l'estancia moyenne et mixte, où l’on s'occupe à la fois d'agriculture et d'élevage, dont tous les produits sont destinés aux frigorifiques et à l'exportation européenne. En la visitant, nous aurons justement une idée de ce qu’est la grande majorité des estancias argentines.

De la station d'Ernestina, où s'arrête le chemin de fer du Sud, il faut une heure de voiture pour atteindre San-José. Un break attelé de deux chevaux, voiture classique des routes pampéennes avec le svelle et

rapide sulky, nous emmène par une route large de

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trente mètres vers un lointain rideau de verdure. Comme dans presque toute la province de Buenos- Aires, le sol est à peine ondulé; des bouquets d'eucalyptus entourent des chacras; l'horizon est tacheté de masses sombres largement espacées qui sont des bois entourant les demeures d’estancieros. L’herbe a partout reverdi et pousse, épaisse et drue. De hauts chardons à larges feuilles d’un vert cru, pointillé de jaune ou vert très pâle et découpées comme des acanthes, s’étalent en larges nappes et prouvent iei la fécondité de la terre. Point de village, ni de hameau, point de chaumière qu’entoure un rustique jardinet, point de haies vives. Tout à l'heure, près de la gare, quelques péones groupés à la porte de l’almacen regardaient s'éloigner le train. Leurs chevaux sellés les attendaient. Ils feront des lieues et des lieues pour regagner leur rancho après avoir dépensé leur argent dans ces bazars tentateurs où l’on trouve de tout, vivres et vêtements, selles et instruments aratoires, et de quoi boire aussi.

Chemin faisant, nous croisons des attelages de quinze et vingt chevaux trainant des chars débordant de ballots de laine. Leur passage sur ces routes sans pierres, creusées d'ornières profondes, défoncées par les lourdes charges, soulève des tourbillons de poussière sèche, extrêmement fine, quinous laissent dans un nuage terreux. Maimtenant, le break roule sur les chemins privés de la propriété. Le péon à cheval qui salope à nos côtés ouvre et ferme les portes des clôtures. Par groupes, des moutons déjà débarrassés de leur lourde pelisse fuientallégrementänotreapproche

les autres engoncés encore sous leur toison d'hiver,

les suivent de loin, se dandinant gauchement. Sur des

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mottes de terre, de petites chouettes grises nous regardent passer dans leur pose hiératique, l'œil fixe, immobiles et comme dédaigneuses de ce qui les entoure.

Je remarquais, tout le long de la voie, sur les pieux de québracho qui soutiennent les clôtures, des demisphères de boue, semblables à des nids renversés. Ce sont, en effet, des nids d'hornero (notre fournier), oiseau roussâtre de la taille du mertle. Ces nids ont deux compartiments. On en voit dans toute la campagne argentine. L’oiseau les pose sur les branches des arbres, quelquefois trois sur une même branche, et sur les poteaux télégraphiques, près des fils dont ils interrompent ainsi le fonctionnement. I! faut les voir bâtir leur nid pour savoir ce qu’un oiseau peut mettre de rapidité et d'adresse dans son métier de maçon.

San José est une estancia déjà vieille, bâtie par le père du propriétaire actuel. Une maison d'habitation très simple, sans étage, avec galerie à pillers donnant sur un vaste jardin planté de grands arbres, réunit chaque été une partie de la famille. Je dis : une partie, car ses huit ou dix chambres ne suffisent pas aux vingt. ou trente personnes, oncles, tantes el neveux, nièces et cousins, qui tous les ans s’y rencontrent, selon Îa coutume argentine. On a donc construit tout près de la maison des dormitorios avec salles de bains pour quelques ménages. Mais, aux heures des repas, la famille au completse réunit dans la salle à manger commune, Le majordome habite un peu plusloin une maison de même style, plus petite, toute badigeonnée de rose. Vis-à-vis, une rustique maisonnette à toit de jonc très-bas, sert de pied-à-terre d'hiver à l'estanciero

lors de ses courtes visites d’affaires. Une chapelle s'élève tout près, séparée de la maisonnette par une 4 allée de paraïsos en ce moment fleuris et qui répandent + leur parfum délicat, assez parent de celui du lilas auquel d’ailleurs leurs grappes mauves ressemblent à assez. Des fleurs dans les jardins, une profusion de fleurs, de roses surtout, mêlent leur parfum à l'odeur #* forte des eucalyptus rangés en une majestueuse allée et dont les baies jonchent le sol.

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Sur les 10,000 hectares que possède M. Ricardo Pérez, 2,000 sont cultivés en céréales, lin, avoine, maïs surtout, car la terre est trop riche pour le blé qui pousse extrêmement vite et tout en herbe, donnant peu de grains, ettrop compacte pour la luzerne qui préfère les terres légères. Les 8,000 hectares restants, divisés en trente prairies naturelles, sont livrés aux 20,000 moutons, aux 8,500 vaches et bœufs et aux 800 chevaux etjuments qui constituent le troupeau de l’estancia.

Le premier soir de notre visite, après avoir parcouru les prairies, longé les champs de maïs et de lin, quand un diner abondant et des vins généreux nous eurent reposés de nos faligues, je questionnai mon hôte sur l'exploitation de sa propriété.

— Ce qui compte ici, me dit-il, c’est le troupeau que vous avez vu tout à l'heure. Mes 3,500 vaches et mes 100 taureaux ne me donnent pas moins de 200 veaux annuellement que je vends 72 pesos par tête, (158 francs), à l’âge de trois ans. De plus, je vends en moyenne chaque année 250 à 300 vieilles vaches, en lot, à 59 pesos environ (77 francs).

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Comme tout estanciero dans le progrès, M: Pérez songe à l’amélioration de son troupeau, et cinq taureaux de pedigree, soignés dans des galpones spéciaux, servent 250 vaches fines, métissées, mais sans pedigree, dont les produits sont particulièrement appréciés des frigorifiques de la capitale.

— Combien, demandai-je, pouvez-vous mettre de têtes de bétail sur un hectare?

— Cela varie beaucoup suivant les saisons. Le printemps et l’élé, de novembre à avril, 500 vaches se contentent de 75 hectares. En moyenne, il faut compter 500 vaches par 300 hectares. Cette proportion change complètement pendant l'hiver. Ainsi, l'hiver dernier, en raison de l’extrême sécheresse, on ne pouvait mettre plus de 1,500 vaches sur 5,000 hectares. Autrement les bêtes mouraient de faim. Il fallut envoyer les autres dans des prairies de réserve. En moyenne, comptez que sur un hectare vous pouvez mettre dans cette région une vache et 7 à 8 moutons.

« Passons maintenant aux moutons. 120 béliers, 3,000 moutons, 17,000 brebis composent la bergerie. On les divise en troupeaux de 1,600 têtes. Un béher sert 440 brebis et l’on estime que le troupeau augmente de 30 p. 100 par an. 5 à 6,000 moutons et brebis sont vendus chaque année aux frigoriliques à raison de 19 francs pour les moutons et9 à 11 francs pour les brebis. Une fois tondus, ils engraissent rapidement, et la tonte coïncidant avec la période printanière où l’herbe est meilleure, leur engraissement est rapide.

Douze bergerssuffisent aux soins de ces 20,000 moutons, pour les faire boire, les baigner périodique-

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