‹ De la Plata à la Cordillère des AndesChapitre 197 sur 273 · ER RE · texte numérisé non relu

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lamentent sur la cherté des vivres. Vous êtes un des pays qui consomment le moins de viande (78 livres par tête), alors que l'Allemand en mange 115, l'Anglais 421, l'Américain du Nord 185, et l'Australien 262 livres. Dans vos abattoirs on n’abat pas moins annuellement de 72,000 chevaux, mulets et ânes qui représentent près de 45 millions de kilogrammes mangés par le peuple de Paris, les statistiques de la municipalité de Paris le prouvent. Est-ce que vos ouvriers n'auraient pas avantage à consommer, COMME leurs voisins les ouvriers anglais, nos viandes saines et nourrissantes qui, débitées, ne reviennent pas à plus de 0 fr. 60 le kilogramme ?

M. Carlos À. Tornquist, l'actif et intelligent financier, mêlé à la plupart des grandes affaires argentines et qui préside, entre autres, la Société des Frigorifiques Sansinena, me disait :

— Comme les hommes savent mal s'arranger sur la terre ! Nous vivons dans un temps où, par bonheur, les pauvres des pays civilisés pourraient encore manger de la viande saine à bon marché. L’Argentine nourrit l'Angleterre, elle pourrait nourrir encore les Français, les Allemands, les Russes, les Scandinaves, les Espagnols et les Italiens. Et, par une aberration sans excuse, on dresse des barrières douanières infranchissables à l'abondance que nous offrons à si bon compte.

— Vous oubliez un gros argument, fis-Je. Vous nous offrez de la viande à bon marché parce que vous avez à redouter la concurrence de notre viande nationale:; mais si nous écoutions vos tentantes propositions, si nous laissions nos marchés ouverts à VOS

produits, nos bœufsqui coûtent plus cher à élever que se

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les vôtres pour toutes les raisons que vous savez, finiraient par disparaître, ettrès vite. Qui vous empêcherait alors de doubler, de tripler et de quadrupler vos prix? Et à quoi les pauvres seraient-ils avancés, alors ? Après avoir mangé de la viande à volonté pendant quelques années, ils s’en trouveraient privés soudain ? Entre temps que deviendraient les éleveurs français, leurs 414 millions de bovidés et leurs 49 millions de moutons? Une richesse nationale anéantie, ruinée ?

— Je ne crois pas à ces conséquences, répondit le jeune financier argentin. Il ne s’agit pas, en effet, de remplacer la viande de bœuf français par la viande de bœuf argentin, mais de permettre de manger d'excellente viande argentine à ceux quin’en mangent pas du tout. Nos viandes frigorifiques ne peuvent pas jutter avec vos viandes fraîches. Vos éleveurs continueraient donc à fournir les classes aisées de leur viande choisie, mais le peuple parisien, au lieu de manger tous les ans 72,000 chevaux, ânes et mulets fatigués et intoxiqués, mangerait la viande saine des bœufs de la pampa. Quant au peuple de la province, qui, parce qu'il n’est pas riche, ne consomme que 39 kilos de viande par an —ce qui en fait un des plus maigres mangeurs de viande du monde, —il pourrait sans dépenser plus d'argent en manger deux et trois fois plus. La santé des travailleurs n’en souffrirait pas, je pense.

« Les arguments protectionnistes ne valent donc rien. La vérité c'est qu’on a intérêt à supprimer la concurrence étrangère pour maintenir très haut la valeur de la viande. Et pensez-vous que ce soient les paysans et les grands éleveurs français qui profitent

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de cette exagération des prix? La prohibition ne sert qu’à enrichir un tas d’intermédiaires inutiles

— J'insiste là-dessus, répétait M. Tornquist :

« Vous ne nourrissez pas assez votre main-d'œuvre, Si vos ouvriers mangealent plus de viande, ils boiraient moins d'alcool, car le fait est prouvé par l'observation des savants. C’est l'illusion que l'alcool le soutient, qui, au début, pousse l’ouvrier fatigué à boire. Nourrissez la race française, et bientôt elle n'aura rien à envier à la race anglo-saxonne! Je ne vous parle pas de nos gauchos qui absorbent facilement leurs 5 kilos de viande par jour. Quand ils se mettent à deux sur un agneau, il n’en reste pas grand’ chose... C’est trop. Mais de ces 5 kilos aux cent grammes que mangent les Français, il y a de la marge! »

L'importance prise en ces dix dernières années par l’industrie des viandes congelées, le nombre croissant des établissements concurrents, a fait penser déjà à la possibilité d’un trust et d’une mainmise des capitaux de l’Amérique du Nord sur cette florissante industrie argentine. Mais une tentative faite encesens a échoué. Les Argentins ne se laisseront pas faire. Je ne crois d’ailleurs pas que les Yankees puissent lutter de finesse avec eux.

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Smalas en voyage. — Comment on tiraversait autrefois les fleuves. — Pourquoi les briques sont pâles. — Sociabilité simplifiée. — Une réclame originale. — Le corso à la gare, — Les bottes vernies du pompier. — N'oublions pas notre vache ! — Pourquoi on fait les grèves. — Un curé occupé. — Dictons argentins. — Quelles sont les professions des immigrants ? — Par [à — Cosmopolitisme.

Mme (CG... de Buenos-Aires, me parle de ses voyages en Europe :

— Oui, nous voyageons avec plaisir, dit-elle, quoique vraiment les hôtels européens soient bien peu faits pour les familles argentines... Quand nous arrivâmes à Londres, il y a quelques années, nous ne pümes trouver à nous loger nulle part. On nous refusait partout...

— Est-ce possible?

— 1 faut vous dire que nous étions dix-neuf per-

sonnes de la même famille, plus les domestiques,

et qu'il nous fallait une trentaine de chambres au

moins. Il fallut nous séparer. C’est bien désagréable. — Pourquoi ne louez-vous pas un hôtel privé?

— Nous le faisons à présent. Mais c’est une autre

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