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Ces métis constituent partout, mdiscutablement, le fond de la population des campagnes. Je les ai trouvés depuis les frontières du Brésil et du Paraguay
jusqu’à celles de Bolivie et du Ghili, avec quelques
variantes, plus de finesse ici ou là selon la prédominance plus ou moins grande du sang caucasien, mais ayant conservé les caractéristiques des tribus indiennes qui s’unirent aux blancs.
Quant aux Indiens proprement dits, l'accès des villes leur était défendu par des ordonnances royales. is devaient vivre à part, groupés sous les ordres d'un « corregidor » ou d’un « encomedero ». Gette mesure avait été prise dans leur intérêt, afin que les Espagnols ne pussent les réduire en esclavage. En réalité, ils étaient des victimes dans les provinces où autorités, religieux, trafiquants et commerçants les exploitaient. Les lois étaient très bienveillantes aux Indiens, mais dans la pratique ils furent traités comme des bêtes de somme, surtout par les religieux qui avaient le devoir de leur enseigner la doctrine. Tous les auteurs sont d'accord là-dessus, y compris les auteurs jésuites. Aussi, la plus grande partie de ces Indiens disparut, s'enfuit au Sud ou se cacha au Chaco. D’autres périrent à la suite de mauvais traitements et une portion très restreinte vécut, se reproduisit et se mélangea à la race espagnole, créant ainsi ces types de métis qui forment le fond de la population pauvre des provinces.
Quand la période de colonisation succéda à celle de la conquête, des femmes arrivèrent d'Espagne, qui suivaient leurs maris fonctionnaires, artisans ou commercants. Ainsi se développa le type blanc qui devait prédominer dans la suite et constituer les classes,
riches et bourgeoises de la population des villes. Il se forma alors une sorte de caste, d’aristocratie fière Ê de la pureté de son sang, qui manifestait le plus is profond mépris pour les mélis, et aussi pour Îles < Indiens, en dépit des qualités physiques et morales de certaines tribus. Aujourd'hui, on désigne encore les métis sous le nom de Cholos dans le Nord, du côté des Andes et de la Bolivie, de Chinos dans les provinces du littoral atlantique et paranéen”.
Le même mépris englobait les métis de nègres et d’Indiens, ou « sambos », et aussi les mulâtres qu'on vit apparaître après l’introduction des nègres en Argentine, où ils demeurèrent jusqu’à lindépendance, dans un esclavage assez doux”.
Jusque-là aucune immigration étrangère à lEspagne n’avait touché l’Argentine. On sait avec quel | zèle cette mère farouche gardait ses colonies de l'imva- E à sion européenne. Une loi rigoureuse en interdisait | l'accès aux étrangers. Pour y entrer, il leur fallait + prouver qu'ils avaient habité l'Espagne pendant plu- À sieurs années ou épousé des Espagnoles. Geci dura jusqu’en 1810. Lorsque l'indépendance fut proclamée, le 25 mai de cette année, le gouvernement Se fit aussitôt appel à l’émigration étrangère. Un décret +
1. Ces désignations péjoratives font allusion sans doute à Ia ressemblance du type indien avec le chinois : mêmes yeux légèrement bridés, pommettes saillantes, cheveux noirs et raides.
2. En 1664, sur les 4,000 habitants de Buenos-Aires, il y avait 3,000 nègres et mulâtres.
En 1744, sur 11,108 habitants, 4,000 nègres et mulâires.
En 17178, sur 24,205 habitants, 7,300 nègres ou mulâtres. 4. En 1810, sur 46,000 habitants, 10,000 nègres ou mulâtres. | : 7
La proportion passa de 75 p, 100 à 35 p. 100, puis à 81 et 21 p. 100. Elle dut se maintenir jusqu’en 1852, car Rozas protégea les hommes de couleur. Aujourd’hui elle n’atteint pas 1 p. 100.
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de 4819 promettait protection aux émigrés, exonérait des droits de douane tous les outils et machines destinés au travail et à l’industrie afin de favoriser par tous les moyens possibles le développement de la vie économique.
De cette époque date l'essor de l'Argentine.
Aussi longtemps qu’elle fut sous la domination de l'Espagne et que la masse populaire fut composée presque exclusivement de métis d’Indiens, elle ne compta pas dans la balance du monde. A partir du jour où elle secoua le joug espagnol et ouvrit ses portes à l’émigration, on peut suivre, lentement d'abord, puis avec des secousses de plus en plus significatives, sa marche vers ses vraies destinées.
Depuis 1857, année où l’on commence à trouver des statistiques officielles à peu près sérieuses, Jjusqu’à l’année 1910, l'Argentine a reçu à peu près trois millions et demi d’immigrants d'Europe. Sur ce chiffre, environ un million retournèrent dans leurs patries. Il resta donc deux millions et demi d’ étrangers dans la République.
Si on leur attribue, en moyenne, chacun un rejeton, ce qui est peu, on arrive à un total de einq millions d'Européens ou de fils d'Européens à la première génération, sur un chiffre de six millions et demi d'habitants. Même, le mouvement immigratoire avait commencé dès 4820. Et dans la seule année 1849, l'Argentine avait reçu 14,000 Européens. On peut donc dire que, mise à part la population tout à fait
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pauvre des provinces, où le sang indien domine encore dans le métis, l’Argentine est composée en majorité d'élémentseuropéens émigrés depuis soixante à quatre-vingts ans‘. Nous nous trouvons, par conséquent, devant une nation européenne transplantée sous un autre climat, mélangée en partie infime à des autochtones indiens et dans laqueile l'éiément noir a totalement disparu, tué par la tuberculose ou fondu avec les métis d'Indiens.
Voici un navire qui arrive d'Italie avec sa cargaison d’émigrants. Tous sont [à le long du bordage, les uns gesticulant et criant vers ceux qui les attendent le long du quai, les autres, immobiles et rêveurs, les yeux fixés devant eux vers ce petit morceau de terre pavée où ils vont débarquer, au delà duquel ils cherchent déjà les champs infinis où vase jouer leur nouveau destin.
Combien parmi eux se seront trompés sur leurs vraies forces et iront finir à cet asile de la Recoleta où achèvent de mourir les épaves de l’immigration!
Îl en est sûrement parmi eux de ces illusionnistes qui se figurent que la fortune les attend au débarcadère et qui feront comme ce Galicien qui, voyant à
1. En 1657, le chiffre de la population totale s'élevait à { million 200,000 habitants, y compris 120,000 étrangers non naturalisés 20,000 nègres ou mulêtres, les Indiens civilisés et les métis d'Indiens, et d'Espagnols étant compris dans le chiffre général.