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la pampa pour acheter des animaux, de la laine et des cuirs. Puis, un estanciero de ses voisins, qui le voit un jour faire des plantations d’arbres dans son champ, lui propose un contrat, qu'il accepte. Voici les conditions de ce contrat, célèbre dans le pays. Luro planterait autant d'arbres qu'il voudrait sur les deux cents hectares que lui livrait le propriétaire et celui-ci lui païerait quatre centimes par arbre ordinaire, et vingt-cinq centimes par arbre fruitier à noyau. Pedro Luro appelle quelques compatriotes qui l’aident, et au bout de cinq ans il y avait tant d'arbres sur les deux cents hectares, que le propriétaire lui devait une somme dépassant la valeur non seulement des 200 hectares plantés, mais des 5,000 hectares composant Ia superficie totale de l’estancia! (La terre se vendait alors en cet endroit 5,000 francs la lieue.) Le voisin ne voulut pas payer. Un procès eut lieu que le rusé Basque gagna : ïl était propriétaire des 9,000 hectares du voisin.
Vers 1840, le sud de la province de Buenos-Aires était encore presque désert, et les terres n’y avaient pas grande valeur. C'était le temps de la tyrannie de Rosas et des révolutions incessantes. Autour des estancias abandonnées, les chiens redevenaient sauvages, de même que les vaches qui erraient librement par troupeaux considérables à travers ces immenses espaces. Pedro Luro assiste au traquement de ce bétail atlolé par le lasso et les coups de faucille au jarret: il réfléchit à la valeur de toute cette viande, de toute cette graisse perdués (car, la peau enlevée, on abandonnait généralement le cadavre de l’animal), etil a une idée. I va trouver le propriétaire d’une estancia de Castelli, lui propose de lui acheter toutes ses bêtes
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à cornes à raison de 10 piastres de l’ancienne monnaie, ce qui équivaut à peu près à 2 francs de la monnaie 2 actuelle. Le propriétaire se moque un peu de Luro : à
— Je veux bien! lui dit-il en riant, mais croyez- | vous faire une bonne affaire ?
G'est qu’en effet avec le seul système de capture . connu des gauchos, c’est-à-dire le lasso et les bolas, 5 il eût fallu des mois et un personnel extrêmement à nombreux pour ramener seulement quelques milliers = de vaches aux saladeros, et en quel triste état!
Luro, froidement, insista. Le contrat fut Signé.
Voici la tactique qu'avait imaginée l'intelligent Basque.
Il commença par interdire aux gauchos leurs chevauchées dans le campo. Pendant trois mois, deux hommes à cheval sortaient au pas, faisaient le tour des champs où paissaient les animaux. Ceux-ci peu à peu S'habituërent à eux et ne fuirent plus à leur
approche. Lorsque quelques centaines de vaches furent ainsi apprivoisées, on les mena plus loin, vers L leurs sœurs sauvages qui, à leur tour, et par leur 4 exemple, s’apprivoisèrent. f
Il les menait par troupes de 500, de 1,000, à À Buenos-Aires, et les revendait 45, 20, 25 et même À 90 francs aux saladeros. +
Au bout d'un an, Pedro Luro avait capturé | 39,000 vaches et taureaux. Il était riche, et le pro- 4 priétaire qui touchait du coup 70,000 francs, gain
: inespéré pour lui, était ravi. |
E En 1862, Pedro Luro poussa au delà de Bahia- | Blanca, dont le fort constituait alors la frontière | contre les Indiens. Il arriva sur les bords du Rio Colorado, y amena des chevaux que les Indiens lui
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