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Vers le même temps (en 1854), le général Urquiza créatt dans la province d’Entre-Rios, avec le concours +. de paysans français, la première colonie agricole de # la République. La pacification étant achevée, l'immi- … : gration française se développa. Limitée jusque-là aux 2 Basques, elle tente, à partir de 480. des Français de “4
toutes les provinces, Gascons, Auvergnats, Poitevins, à Savoyards, qui apportent un contingent d'artisans, d'ouvriers habiles, d'ingénieurs, d'architectes, de médecins, d’industriels, d'agriculteurs, de vignerons, d'artisans et d'ouvriers habiles, tel ce Limousin + d'Hileret, ouvrier sellier, puis ouvrier maçon, puis EE » industriel et créateur de la plus forte sucrerie de l’Ar- + gentine, ou ce dégraisseur Prat, qui eut l'idée de +. 3 mettre de la benzine en bouteilles et peu à peu agrandit = | 1 ses affaires jusqu’à fonder une immense teinturerie +. 4 devenue l’une des principales industries de Buenos- +. Aires; des domestiques aussi, comme ce Laborde dont on me raconte l’histoire détaillée que voici :
À neuf ans, las des taloches paternelles et du reproche chaque jour répété de n’être bon à rien, il =: abandonna la maison familiale sise dans un village du } Béarn, non loin d’Oloron, et vint à Marseille, partie { en diligence, partie à pied. 1 va droit au port et + demande à des matelots :
— Où est le bateau qui s'en va le plus loin?
L’un des matelots lui répond :
— Moi, je vais 4 Montevideo.
— Moi, je vais à Buenos-Aires, dit un autre.
Le gamin suit son idée :
— Mais lequel va le plus loin?
— Moi, dit celui de Buenos- Aires.
— Alors, c’est avec vous que Je pars.
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N'ayant pas d’argent, il s’offrit comme mousse. Les sens du bord, au courant de son histoire, l’interrogealent sur ses projets :
— Je leur apprendrai à travailler, là-bas, faisait-il avec outrecuidance,
— Mais encore, à quoi travailleras-tu?
— À n'importe quoi.
C'est le bon état d’esprit pour réussir dans tous les pays du monde. La plupart des biographies des milliardaires américains, des Australiens, des colons enrichis aux quatre coins de la terre, commencent à peu près ainsi.
Le jeune Laborde débarqua à Buenos-Aires, en face de la Casa Rosa, avec quatre francs pour toute fortune. [l se promena à travers la ville, au milieu de la rue, les deux mains dans ses poches, lisant les enseignes. 1 vit un nom basque au-dessus d’une boutique de boulanger, entra, demanda de l'ouvrage :
— Que sais-tu faire?
— N'importe quoi. Mais j'ai étéapprenti boulanger.
(I avait vu faire le pain dans son village.)
On l’engage. Quelques mois après, 11 va dans une auberge, comme garçon; puis son patron, frappé de ses qualités, se l’associe; puis il achète un hôtel qu'il dirige seul. Finalement, il acquiert des terrains, fait bâtir des maisons qu’il loue à des petits commerçants, à des bureaux. [l mourut il y a huit ans, riche de cinq à six millions, laissant trois filles, dont l’une est mariée à un professeur distingué de la Faculté de médecine, le docteur P...
Les émigrations françaises d’aujourd’hui se font différemment, et sont d’une autre qualité. Certes, il part encore tous les ans des rives de France 3,000 Bas-
ques, Béarnais, Auvergnais, hommes de la terre, ouvriers parisiens et de la province, modistes, couturières, actrices sans théâtre, femmes sans profession. Mais une autre catégorie d'émigrants est apparue depuis quelques années, et a ouvert la voie à de nombreux pionniers du même ordre qui vont changer dans quelques années la qualité de nos rapports avec l'Argentine.
Je veux parler de ces fils de riches familles bourseoises ou d’aristocrates de bon aloi, allant là-bas non plus en rupture de conseil judiciaire pour chercher l’héritière ou pour escroquer la confiance d'amis trop crédules — comme ce fut malheureusement parfois le cas — mais, au contraire, avec l'acquiescement de leur famille et munis de Capitaux, pour tenter une exploitation agricole, ou se lancer dans l'élevage en grand. Depuis que j’ai commencé à écrire ce livre, j'ai reçu une quantité incroyable de lettres qui me montrent la préoccupation actuelle des jeunes générations, leur répulsion devant Îles vieilles carrières encombrées, classées et hiérarchisées, en même temps que leur goût grandissant pour la vie active et libre des pays neufs.
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Parmi les Français qui s’exilèrent au Rio de la Plata depuis trois quarts de siècle, les uns se fixérent à Buenos-Aires, s’occupèrent surtout de commerce de détail, d’autres créèrent de petites industries, des minoteries, des fabriques d’huile de lin, d'olive, d'arachides, de colza, de produits alimentaires, une
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brasserie, la Quilmès, qui demeure la plus fameuse du pays, etc. Mais une grande partie se répandit en province.
Le nom de l'ingénieur Ringuelet de la Compagmie anglaise des chemins de fer de l'Ouest est resté célèbre dans le pays, de même que celui de M. Bœuf, directeur de l'observatoire de Cordoba et créateur de celui de la Plata; et c’est à deux Français, les ingé-
nieurs Dumesnil et Cassafouth, que l’on doit le fameux
barrage de San-Roque, qui distribue la richesse à tout un district de la province de Cordoba.
J'ai déjà dit ce que, dans le domaine de lagriculture, l'Argentine devait aux Français, Si tous les champs des pampas sont aujourd’hui labourés par les ftaliens, ce sont les colons français de l’Entre- Rios appelés par Urquiza qui initièrent les créoles à la culture du blé; ce sont encore des Français, des Auvergnats, qui plus tard linnovèrent dans le sud de la province de Buenos-Aires, jusque-là considéré comme impropre à la production des céréales. Au nord, dans la province de Tucuman, nos compatriotes reprenalent et perfectionnaient la culture de la canne à sucre inaugurée par les Pères Jésuites et créaient les grandes sucreries de la région. Les Nouguës, les Rougès doivent leur fortune à leur audace de pionniers dont la tradition s’est gardée jusqu’à nos jours, puisque les plus grosses sucreries de la région appartiennent à la famille Hileret dont j'ai conté par ailleurs l’histoire. À Mendoza, les vignerons «et les maitres de chais bordelais et bourguignons implantèrent les cépages français qui font aujourd’hui la fortune de la province.
Dans le domaine de l’élevage, les Français furent
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