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dans les milieux les plus divers, critiques clairvoyantes ou indignées d'hommes intègres, critiques rageuses d’adversaires politiques, récits exagérés d'étrangers mal renseignés. Mais je sais aussi ce qui se passe aux Etats-Unis et même en Europe. Les employés malhonnêtes d'ici sont de simples petits chapardeurs en face des bandits nord-américains et des maîtres-chanteurs de chez nous. En Argentine, ces malversations se font pour ainsi dire au grand Jour, naïvement, avec l’adhésion de l’opinion et des mœurs. C’est que, je l’ai déjà dit, ici survécut longtemps la tradition coloniale des vouverneurs et fonctionnaires espagnols venus pour s’enrichir vite et s’en retourner après, exploitant, rançonnant, pillant, dans l'anarchie et le despotisme. De nos jours, les scrupules ne peuvent être apportés
d'Italie ou d’Espagne où la moralité civique laisse,
mème aujourd'hui, à désirer.
Concessions, vente d'influence, enrichissement des amis, telles furent, durant des années, les exigences de la Camarilla groupée autour des présidents et des couverneurs de province. Les plus honnêtes et les plus intègres durent, pour se maintenir, s'y soumettre.
Ges mœurs n’ont point disparu complètement.
Elles persistent, surtout dans les provinces éloignées
* Où 11 v aura beaucoup à faire et pendant longtemps
encore, pour créer une classe de citoyens désintéressés, aptes à gérer les biens de la communauté.
— Je ne nie pas les abus de notre régime politique, me disait un des Argentns les plus intègres que je
connaisse. Ils sont flagrants. Mais il ne faut pas les
exagérer, Au total, les mœurs actuelles sont en progrès sur celles des périodes précédentes remplies par
les révolutions et les guerres civiles, Si imparfaites
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qu’elles soient, peut- -être sont-elles la transition désirable vers un régime de hberté et d’honnêteté plus absolues. Les désordres administratifs s'expliquent par la jeunesse de ce pays. I est certain que, dans les provinces et les territoires éloignés, la justice est mal rendue, les impôts sont mal perçus, la police est mal exercée, que des illégalitésseproduisent souvent. Com-
\ missaires et juges de paix, à la solde des gouverneurs, sont démoralisés par la politique. Mais est-on en droit d'exiger d’eux capacité, indépendance, vertu civique, si l’on réfléchit aux conditions de leurs fonctions? Sans grand prestige et peu payés, ayant à rendre la justice dans une circonscription aussi vaste qu'un département français et à peine peuplée, devant se
7 mesurer tous les jours avec les voleurs de troupeaux
is souvent homicides, peuvent-ils toujours être des gen-
= tlemen et des docteurs en droit? Les candidats ne | pullulent pas parmi les gens cultivés, honnêtes, mo-
Ë raux, dé sintéressés, qui consentent à s’exiler au fond
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F de la pampa ou dans la Cordillère, et l'on prend ceux
= qu'on trouve.
É « La capitale souffre déjà beaucoup moins de tels . abus. 11 y a à Buenos-Aires trois mauvais juges, pas
un de plus. On les connait, on les nomme.
« Ne prenez pas davantage à la lettre, ajoutait mon interlocuteur, toutes les accusations de concussions et de tripotages dont notre presse se fait trop facdement l'écho. Réfléchissez à ceci, que le seul argument dont disposent chez nous les adversaires politiques, Û c’est l'accusation de vol, commencement et fin de toutes les luttes politiques. Et cela se comprend. On ne peut pas dire à un adversaire :
« Sale clérical!
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« Sale libre-penseur !
« Sale plébiscitaire!
« Sale socialiste!
« Puisque, vous le savez, Les partis n’ont aucune doctrine politique; =
« Quiconque détient une parcelle de pouvoir depuis le Président de la République et ses ministres jusqu'aux gouverneurs, juges, commissaires de police des provinces, devient la cible de l'opinion. Les accusations justifiées ou non atteignent celui-ci ou celurlà. On dit que le directeur des Postes a fait ceci, que le ministre de la Guerre a touché par là. On dit... Les hommes les plus intègres sont touchés par ces calomnies et leur nom est mêlé à ceux des concussionnaires les plus avérés.
« Cependant, et c’est une justice à rendre à notre nation si jeune encore, elle a su trouver souvent pour la gouverner, des hommes de la plus indiscutable moralité, de la conscience civique la plus haute. Et pourtant, n’a-t-on pas accusé Mitre, l'intègre Mitre, le Washington de l'Argentine, d’avoir été pendant sa présidence associé des fournisseurs de l’armée lors de la guerre du Paraguay? Ne disait-on pas que Sarmiento possédait au Tigre une île où il cachait mille choses volées à l'Etat? Qu’Avellaneda était associé aux constructeurs du chemin de fer de Tucuman ? Que Pellegrini était l’associé de Madeiro, l'entrepreneur du port de Buenos-Aires? Que Roca... Et que n’a-t-on pas reproché à Figueiroa Alcorta qui, dès son arrivée à la présidence, s'entourait pourtant de ministres choisis parmi l'élite des partis, qui quittait sans fortune le pouvoir, le passant, on peut dire volontairement, à un homme que l'univer-
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