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mènent suivies de leur progéniture et d’une « china » en cheveux, portant le benjamin, un poupon d’un an à peine. Des marmots de cinq à six ans vont et viennent, serrant dans leurs menottes le jouet de Noël qu’on vient de leur acheter.
Je pense aux noëls campagnards de France, à la sereine gravité des noëls allemands, aux voix émouvantes des enfants autour du sapin illuminé et couvert de givre, à la joie pacifiante des réunions familales, à l'exaltation candide des petits. Tout cela ne paraïtrait-1l pas, d'ailleurs, anachronique par une nuit de 50 degrés de chaleur?
Ici, nous sommes au spectacle. L'église toute dorée a vraiment l'air d’une salle de fête. Et, en effet, au moment où les prêtres apparaissent, les lustres électriques en cristal taillé s’allument un à un, ménageant l'effet. Dans les niches, des ampoules électriques rayonnent, faisant rutiler l’or et les faux joyaux de la Vierge et des saints. Des parfums d’encens montent aux voûtes. Les femmes s’éventent.
Les prêtres font 161 l'atmosphère par leur nombre et leur influence sur la vie totale de la province. Cordoba, pour 70,000 habitants, n’a pas moins de trente églises; les curés et les moines ne s’y comptent plus. Tous les professeurs de l’Üniversité vont régulièrement à la messe, sauf ceux de la Faculté des sciences, en grande partie étrangers et protestants allemands. Beaucoup font des neuvaines. Quant aux femmes, elles entendent la messe quotidiennement, les vieilles et les jeunes filles du moins. La proportion des abstentions est insignifiante.
— Quand Frégoli vint ici, me dit un de nos compatriotes depuis longtemps installé à Cordoba, :l
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parut sur la scène habillé en danseuse et décolleté. On cria à l’indécence, à limmoralité. Il fut obligé de partir. |
Et l’on me cite ce fait incroyable d’une jeune fille expulsée d’une confrérie pour avoir vu Jouer Faust.
Mais ce rigorisme passera. Avec la richesse vient le goût des voyages. Sortis de chez eux, tant d'étroitesse paraîtra ridicule aux Cordobaïs, gens intelligents et fins.
La toute-puissance des prêtres et des moines, napolitains el galiciens pour la plupart, égale presque celle du clergé en Espagne. Les lournées de moinesmendiants existent encore dans les campagnes. En ville, la générosité naturelle des gens du pays ne se lasse pas d'envoyer aux bons moines des paniers bourrés de volailles, de friandises, de fruits magnifiques : c’est le moyen âge.
Les Cordobais sont fiers de leurs églises. La cathédrale, construite par les Jésuites à la fin du xvu° siècle, est un des plus vieux monuments de l'Argentine. D'un style très composite, tout ce qu’elle avait de bien, c'était sa patine, ses tons Jaunes et roses, d’un joli effet sous le ciel toujours bleu. En ce moment, on la badigeonne à la chaux. À l'intérieur, on nous montre quatre tableaux représentant la légende de Notre-Dame des Neiges, et de magnifiques chapes du temps du vice-roi Sobremonte, en épaisse brocatelle d’or et d'argent surbrodée d'or.
Cordoba fut longtemps le centre des établissements des Jésuites dans tout le bassin de la Plata. L’Université actuelle leur appartenait ainsi que l’église de la Compagnie qui lui est contiguë. Pauvre extérieurement, sans parvis, sans décoration aucune, elle
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