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procession solennelle. Le reste du temps, elle doit se
contenter des bijoux faux qui la préservent des
voleurs. Le Dominicain qui nous fit les honneurs de l’église nous montra encore quelques drapeaux anglais pris par Liniers en 1806, lors de l'attaque de Buenos- Aires, et son bâton de commandement envoyé en
offrande à la Vierge après son abdication.
L'Université de Gordoba est, avec celle de Lima, au Pérou, la plus vieille de l'Amérique du Sud. Get ancien collège de San Carlos, fondé en 1605, par l’évêque de Tucuman, confié ensuite aux Jésuites, rivalise avec l’Université de Buenos-Aires. 950 étudiants y suivent les cours des facultés de droit, de médecine et de sciences, celle de théologie, jadis la plus importante ayant disparu durant le mouvement libéral qui coïncida avec la première présidence du général Roca. On veut aujourd’hui la rétablir. Mais
c’est difficile. Selon les règlements ecclésiastiques, le
professeur doit être nommé par Pévêque. De son côté, le gouvernement prétend que lui seul a autorité pour désigner les professeurs. L’évêque ne veut rien entendre. Il est donc probable que cette querelle des investitures durera longtemps encore.
La faculté de sciences fut fondée par les Allemands que le président Sarmiento appela en Argentine, vers 1873, par l'intermédiaire de Burmeister, le fameux contempteur de la Pampa, organisateur du Musée National de La Plata. Aujourd’hui encore les professeurs d'histoire naturelle, de biologie et de botanique sont Allemands.
— Cependant, me disait un Cordobais, professeur à l'Université, nous n’avons pas une très grande sym-
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pathie pour le Germain. Ces professeurs ne forment pas de disciples. Leur méthode trop pédantesque rebute nos intelligences latines. Leur influence demeure pourtant et même se stabilise. On projette de développer considérablement l’Université et de construire des bâtiments nouveaux qui coûteront sept millions de piastres. Il est question de fonder une École normale de professeurs de l’enseignement secondaire, une École industrielle, une École de chimie, et d appeler des Allemands pour occuper les chaires nouvelles,
€ Et c'est dommage. IT nous faudrait ici quelques Français de valeur, de haute intelligence et de vaste culture qui créeraient une tradition ef développeraient l'influence française. Chose inexplicable, nous lisons le français avant l’espagnol ; intellectuellement, nous sommes Français, la plupart de nos livres d'études sont français, et cependant les rapports d'intérêts matériels entre nos deux pays n'existent pour ainsi dire pas. La République Argentine est fille de l'Espagne par le sang, de la France par l’intellisence; mais ce sont les Italiens, les Anglais, les Belges, qui tirent profit de notre prospérité, ainsi que les Allemands, dont nous n’aimons pas la lourdeur et le pédantisme, dont nous ignorons la langue et que nous ne lisons qu'à travers les traductions françaises ou espagnoles. »
J'ai visité la bibliothèque de l’Université qui possède 30,000 volumes et de beaux manuscrits. Beaucoup, autrefois, collectionnés par les Jésuites, sont aujourd'hui à Buenos-Aires. Elle est fort bien installée, ainsi que les salles de conférences, de cours, de réceptions, autour d’un patio central avec galerie
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et arcades en plein cintre. C’est ici que le 8 décembre,
les mères et les sœurs d'étudiants viennent assister 1 la distribution solennelle des récompenses, grande cérémonie universitaire et mondaine. Elle a lieu à neut heures du soir, car c’est le plein été et les journées sont chaudes. Les discours prononcés, un souper est servi par petites tables. Après quoi, on se promène dans l'établissement. De Buenos- Aires et de toutes les provinces, les parents viennent assister à cette fêle traditionnelle qui date des Jésuites, et ne réunit pas moins de deux à trois mille
personnes.
Admirables organisateurs que ces Pères de la Uompagnie ! Eux faisaient défiler par la ville des processions de professeurs, d'étudiants à cheval et costumés. Quand le cortège passait devant une église, les eloches carillonnaient. Tous les gradués en droit canon et en théologie étaient reconduits en grande pompe jusqu'à leur demeure. Cérémonial bien fait pour frapper les esprits, flatter les vanités, un des secrets de leur domination.
Cordoba et ses environs exercent un charme indiscutable sur les habitants de Buenos-Aires. Jesus- Maria, Cosquin, Capilla-del-Monte, au cœur de la Sierra, sont les centres chaque jour plus fréquentés de cette « Suisse Argentine » comme on se plaît à l’appeler ici. On y vient non seulement de la capitale, mais de toutes les provinces environnantes. Les malades, les phtisiques y trouvent un climat sec. Des
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hançailles s'y nouent, presque autant qu’à Mar-del- Plata et à Palermo. Les attendrissements de cœur dans la Sierra sont bien connus. On pleure toujours un peu quand on se sépare, à Cosquin et à la Falda.
Ce charme de Cordoba, l'étranger qui voyage depuis quelques mois en Argentine le subit également. Les yeux remplis encore du spectacle monotone de Ja pampa, de l’uniformité extérieure des cités traversées, 1] éprouve une surprise heureuse en trouvant une ville un peu plus variée d’aspect et où persistent quelques souvenirs d'autrefois. Certes, Cordoba à aussi ses rues régulières, ses maisons basses groupées en « cuadras ». Mais voici une place ronde, une rue qui monte, phénomènes rares en ce pays. Cette avenue en pente douce mène au très joli parc Crisol, sur un plateau qui domine la ville de trente mètres, et d’où elle apparaît, avec ses dômes, ses clochetons, les flèches de ses chapelles, encerclée dans les nobles lignes de la Sierra. Toute proche, la Jolie vallée du Rio-Primero réjouit le voyageur par la fraicheur de ses sentiers ombreux, de ses ruisselels d'irrigation qui dégringolent de la montagne. Le vert mouillé des luzernes, les panaches des saules pleureurs et la molle élégance des poivriers, toute cette verdure et cette humidité sous l’azur immaculé du ciel l’enchantent.
Mais surtout Cordoba a pour elle l'attrait du passé, d'un passé pas très éloigné encore, il est vrai, et assez pauvre en somme, mais dont l’évocation suffit à vous faire échapper un moment au présent. Car seuls, le présent et l’avenir vous possèdent impérileusement en ce pays ardent, plein de jeunesse et
de confiance. Le passé compte à peine. Ce besoin
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qu'éprouvent parfois les individus de vieilles races et 2 de vieilles civilisations de revivre dans l’histoire, de |
4 = s'évader de l'heure commerciale et de l’atmosphère | 2 industrielle, n’existe pour ainsi dire pas ici. Il n’aurait | h pas, d’ailleurs, de quoi se satisfaire, car l'Espagne | “: ne laissa rien qui soit digne du culte des hommes. | .| Et ne peut-on voir dans ce néant une revanche de £ É: la destinée contre son avidité et son égoïsme féroces? | vil Le respect des vieilles coutumes, la survivance î d’une Université, de couvents et d’églises qui datent 4 de deux siècles maintiennent ici une atmosphère à {| demi « coloniale ». | di — Avec le Cordoba d'aujourd'hui, me dit-on, vous || pouvez imaginer le Buenos-Aires d’il y asoixante ans. 4 L’immigration cosmopolite qui,en un quart de siècle, 1 transforma les villes du littoral atlantique et du 4 Paraua, ne nous a pas atteints. Et nous en sommes | L:. fiers. Je sais que notre province compte aujourd’hui | É 100,000 étrangers, alors qu’en 1870, il y en avait D 1,900 à peine, y compris les Espagnols. Mais l’in- È fluence reste aux vieilles familles créoles, à une ; L: société très fermée, qui ne s’ouvre pas aux nouveaux : Fi venus, bien moins encore aux métis. à Li « Cordoba, station intermédiaire entre le Pérou et Buenos-Aires, ne fut pas créée par des aventuriers | assoiffés d’or. Son fondateur, Cabrera, était de vieille k&.
noblesse espagnole. Ses compagnons aussi. Quand ils arrivèrent, la période des conquêtes cruelles était passée; le Pérou organisé possédait déjà une cour. Ils venaient coloniser pour leur roi, non piller et tuer. Nos annales ne connaissent ni les crimes, ni les exactions. Ces familles de vieille et noble race se fixèrent ici. J'en pourrais citer les descendants. Il y a
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quelques années encore elles vous auraient pu mon- Fs rer leurs blasons. Le démocratisme égalitaire exige | qu’elles les cachent maintenant. Certaines familles | s’illustrèrent plus lard, pendant la guerre de l’Indé- | pendance, les unes prenant parti pour l’Espagne, les autres pour les libérateurs. Eiles forment une aris- + tocratie moins ancienne, mais très fière de son rôle dans l’histoire du pays. »
| Pour ces Cordobais, Salta et Cordoba sont les deux seules villes aristocratiques de l'Argentine. Plus réfractaires que les Porteños et les Tucumanos aux influences extérieures, et plus conservateurs, ils montrent, de leur réputation de ville universitaire, un peu de suffisance.
— [ls achètent des livres, me disait un Porteño, mais 1ls ne les lisent pas!
Et s'ils les lisent, 1l faut croire que la lecture | n'élargit pas beaucoup les idées, car les clients ne | saluent pas leur libraire, ni leur bijoutier, avec qui ils sont pourtant en rapports fréquents.
La vérité esi qu’on a conservé, comme en Espagne dans tous les pays méridionaux, le mépris du négoce.
Leur éloignement pour létranger n’est pas moins visible. [1 faut l’attribuer en partie au fait que les plus mauvais émigrants de Buenos-Aires, ceux qui n y avaient pas réussi, venaient autrefois chercher fortune à Cordoba. Toujours est:1l qu'ici, comme dans le reste de l'Argentine d’ailleurs, les Français >. sont des « gringos » et les Italiens des « grino0s batchichas » f.
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1. « Gringo » est un péjoratif intraduisible qui sert à désigner les étrangers en général et spécialement les Français. Personne n’a pu
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