‹ De la ploutocratieChapitre 16 sur 72 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

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Je sens que le lecteur peu habitué aux calculs de la statistique recule encore devant ces résultats, tout certains qu’ils soient. Quoi! dit-il, tant de pauvres, tant de mendiants, tant de misérables ! Sommes-nous donc bientôt à l’état tie l’Angleterre? Nous n’y sommes pas encore; mais, dans la voie où nous marchons à la suite de cette Angleterre, nous y arriverons immanquablement, et vite.

Il s’agit du paupérisme dans les villes et du paupérisme dans les campagnes.

Pour les villes, i es statisticiens ont une manière, non pas de le calculer, mais de le près-

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sentir, qui est on ne peut plus exacte, du moins quant aux supputations qu’elle fournit. C’est de prendre, lorsqu’ils peuvent l’obtenir de l’administration, le nombre des morts dans Jes hôpitaux et dans les prisons, et de le comparer à la totalité des décès.

À Paris, en moyenne, sur 25,000 décès, il y en a 10,000 dans les hôpitaux, dans les prisons, et à la Morgue*

J’ouvre Y Annuaire du Bureau des longi- Indes pour 1831, et j’y vois (page 87) que dans la ville de Paris le nombre des décès à domicile s’est élevé en 1830 à . . 15,064

et dans les hôpitaux, dans les prisons, et à la Morgue, à • . « . 12,202

Total des décès. * . 27,866

Le rapport entre les 12,202 décès et l’ensemble de la mortalité est quarante-quatre et demi sur cent .

Il est vrai que dans ce résultat les hôpitaux militaires se trouvent confondus avec les hôpitaux civils; et d’ailleurs l’année de la révolution des trois jours peut paraître une année exceptionnelle. Prenons en d’autres.

En 1833, les hôpitaux civils seuls, sans compter ni les prisons, ni la Morgue, ni les hôpitaux militaires, ont donné 10,916 décès.

En 1826, ces mêmes hôpitaux civils ont donné 9,034 décès sur un ensemble de mortalité de 24,000.

En 1838, sur 25,797 décès, on compte

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8,2/5 décès aux hôpitaux civils, 109 dans les prisons, 2/1 à la Morgue, 1,384 dans les hôpitaux militaires. Voilà une année plus bénigne pour le paupérisme que les autres. Eh bien > quel résultat donne-t-elle? Défalcation faite des morts appartenant aux hôpitaux militaires d e donne S, 655 décès dans les hôpitaux c l vils, es prisons, et à la Morgue, sur un ensemble de mortalité montant à 24,413. Le rap-

P ,)l es 2,82. Au compte de cette année bénigne, sur 282 habitants de Paris, 100 meun

à rhôpital; ou, approximativement, plus du

tiers des habitants de Paris finissent ainsi leurs jours.

L année 1839 a donné une proportion

un peu pius forte : 8,600 décès à l’hôpital sur 24,248.

L’année 1840 a donné une proportion encore plus forte : 9,807 sur 27,026.

Il n en est pas sans doute des autres villes et bourgs comme de Paris. Mais, quelle que soit la düférence, la totalité de la population urbaine présente une effrayante proportion de morts à l’hôpital. Eugène Buret a calculé cette proportion d’après les documents du rapport de M. de Gasparin ; et il est arrivé à ce résultat que, sur neuf individus habitant les villes et bourgs au-dessus de cinq mille âmes , il y en a un destiné à mourir à Y hôpital ( L).

. 0) Vo;\ son ouvrage, Iiv. I, cliap. ii. Le rapport qu’il établit est même plus fort f ce rapport est de 1 ; 8,, 94*

CO

Or, si sur trois habitants do Paris et sur neuf membres de la population urbaine en général, ii y en a un destiné à mourir à rhôpilai, il me semble qPil faudrait être plus qu’incrédule pour ne pas. admettre que su r neuf Français, en général, ii y en a un condamné à la mendicité. Car, après le tribut de I îôpita! prélevé sur dix ou douze millions tout au plus, il reste vingt-trois ou vingt-quatre millions en dehors des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance.

Qui ne comprend que si la condition de ces vingt-quatre millions ne payait pas aussi son tribut proportionnel à la misère, les pauvres gens des villes émigreraient bien vite aux champs, et déserteraient ces villes où tant d'hommes meurent de misère à l'hôpital 1

;hapitee xvip

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Les naissances dans les hôpitaux fournissent encore aux statisticiens une silhouette de cet horrible fléau du paupérisme , si difficile à embrasser, à cause de son étendue et de ses formes multiples. Car ils remarquent que si le tiers de ceux qui meurent à Paris meurent dans les hôpitaux, le quart de ceux qui y nuis-

sent naissent dans ces memes hôpitaux (Tu

Le nombre toujours croissant des enfants trouvés est pour eux un autre indice. De 50,000 qu'il était annuellement en 1789 , ce nombre s'est élevé à plus de 140,000. Quand ïes gouvernants de la France, effrayés de ceue multiplication, ont créé des entraves à l’abandon des enfants , au risque de multiplier 1rs infanticides ( ce qui est arrivé , quoi qu’ils en disent ), quand ils ont pris Malthus peur saint, au lieu de Vincent-de-Paule, une des raisons qu’ils ont alléguées, c'est que « on voit souvent t> dzs femmes mariées apporter leur enfant fa * nuit, et se représenter ensuite le lendemain » pour le reprendre comme nourrices, afin de » recevoir l’indemnité de 8 fr. par mois qui est ® allouée à celles-ci. » Ces grands hommes d’Etat ont supprimé la fraude : ont-ils supprimé l’horrible misère qui portait ces mères a commettre cette fraude ? Ces mères garderont leurs enfants , sans indemnité. Mais le compte se retrouvera toujours, et peut-être au double, au budget du paupérisme.

« La réunion des chiffres qui composent ce » budget du paupérisme, dit un écrivain , est » vraiment effrayante, puisque sans parler des

» dépenses de justice et de police, des aumônes

1 ^ m 1 m ' ■ 1 I rr .1 ,

(4) Naissances îx domicile en 1&30. . • . 23,065. Naissances aux hôpitaux ,5,522.

Total .,»« 28,587,

» particulières, des fonds consacrés aux salles » d’asile , des écoles gratuites , etc., eile prés sente un total de près de quatre-vingt-dix j millions , qui se subdivise ainsi :

» Hôpitaux et hospices. . . 53,000,000

» Bureaux de bienfaisance. 4 (',316,000

» Enfants trouvés 1!),250,0 <m>

. Prisons 13,000,000

b Total. . . . 80,566,000(1)

Mais il faut toujours se souvenir que ces quatre-vingt-dix millions du budget du paupérisme fournis tant parles revenus fixes des hôpitaux que par des subventions locales et départementales, ou par les fonds généraux du budget (2), vont se perdre, sans le remplir au^ cunement (3) , dans le gouffre du paupérisme

des villes.

(1) Blûiiqui aîné, Leçons d’économie industrielle , tome II, page 150.

(2! Les revenus fîtes des hôpitaux , qui étaient en 1780 de J 8 ù 20 millions de francs, s'élèvent aujourd’hui , par suite des donations, à 33 millions. Les hôpitaux reçoivent en outre 18 à 20 millions de subventions locales et département laies. Les bureaux de bienfaisance ont reçu, de 4814 à 1825, environ 24 millions de donations. Les enfants trouvés sont à la charge dos départements, en dehors du budget. Les prisons

sont entretenues par ic budget, sur les fonds dits départetu en tenu.

, ( 1 * 3 ) Lf, s secours que les bureaux de bienfaisance distribuent n excèdent pas vu moyenne, pour toute la population urbaine <jui ) prend part, dix francs par personne secourue. N'esl-il pis évident qu'un grand nombre d’indigents aussi pauvres

oi plus pauvres que les indigents secourus doivent négliger Celle aumône?

Les vingt-quatre millions de Français qui sont en dehors de celte population urbaine ont pour compensation la mendicité.

Napoléon écrivit un jour à son ministre de l’iniérieur : « 11 ne faut point passer sur cette

51 1 * sans laisser des iraces qui recomman— » dent notre mémoire à la postérité (1).» Et il lui ordonnait de préparer l’abolition de la mendicité. Il fut obéi ; c’est-à-dire qu’on lit une loi, qu on ffxa une pénalité, et qu’on ouvrit cinquante dépôts de travail qui dégénérèrent bientôt en maisons de peine. La Restauration vint, et ! œuvre de Napoléon fut détruite. Mais la mendicité a continué; elle s’est accrue, comme tout le reste de la misère publique ; et il y a

aujourd’hui eu France quatre millions de mendiant s.

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