CHAPITRE XIX
Quatre millions de salarirs sans aucun titre de propriété
quelconque.
Laissons Fe Constitutionnel et son candide optimisme. Passons aux ouvriers ou salariés qui ne meurent pas à l’hôpital et ne vivent pas dans la mendicité.
Il n’y a non plus aucune exagération à porter à quatre millions le nombre des .ouvriers ou salariés sous divers titres, hommes, femmes, enfants, employés soit au travail des manufactures, soi f au travail agricole, soit au commerce, soit à l'administration et aux divers services de l’Etat, dans toute Pélendue de la France, qui , sans être réduits ni à l’indigence,
ni a la mendicité, ne vivent absolument que de salaires.
Avant la Révolution on portait à un peu plus de deux millions le nombre de salariés , sans aucune piopriété, employés dans l’industrie, c est-a-diie dans ce qu’on appelait alors les métiers et les manufactures (1). Depuis 1789,
1 industiie, il est vrai, a pris, un immense développement; mais les huit millions de mendiants et d’indigents que nous avons déjà classés sont, pour ainsi dire, le caput mort mini
de celte industi ie véritablement féroce dans son aveuglement, puisque, sujette à des crises toujours répétées, elle crée des hommes, et les abandonne sans pitié et sans remords ù un dessin inévitable. Il faut considérer aussi que les machines sont intervenues, et ont largement fait leur part. D’un côté, donc, les machines, de
l auüe, la mendicité et l’indigence, expliquent
co ni h mut on peut encore aujourd’hui ne porter qu’a deux millions le nombre des employés de T indu strie manufacturière ou commerciale vivant régulièrement de salaires.
Mais l’industrie agricole fournit à son tour au moins un demi-million de prolétaires jouissant de a même condition, indépendamment de ce qu’elle compte aussi de mendiants et d’indigents, qui participent irrégulièrement aux. travaux de la campagne, le nombre, dis-je, de prolétaires agricoles sans aucune propriété, ni
fl) Voyez le tableau dressé par Lavoisier en 1790, et le Mémoire sur le commerce et les colonies de la France cité dans la Statistique d’ H erbia.
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par eux-mêmes ni par leurs familles, ne saurait être moindre. En effet* tout le midi de la France est encore sous le système du métayage ; le fermage y est inconnu ; et le fermage d’ailleurs, employé des valets et de simples manœuvres.
On porte à cinq ou six millions le nombre total des aides de l'agriculture ; mais la plupart appartiennent à des familles qui possèdent en propriété soit une cabane, soit une parcelle de terre, et qui figurent a ce titre sur les registres de Timpôt foncier. Nous ne nous en occupons pas ici ; car nous ne supputons ici que les familles vivant uniquement de salaires. Mais on ne peut pas supposer que sur ces six millions d’aides de l’agriculture , il n’y en ait pas au moins un demi-million dans ce cas.
Les professions dites libérales, la classe des fonctionnaires publics, le clergé, l’armée, la marine, la domesticité dans les villes, ne peuvent pas, à leur tour, donner moins d’un milj lion et demi de salariés placés absolument dans la même condition , c’est-à-dire n’avant au-
** mil
cime propriété foncière , aucun capital, et ne vivant que d’un salaire, qui , à la vérité , est assuré, et les exempte de l’indigence.
: Nous ne croyons donc pas exagérer en portant à quatre millions le nombre des prolétaires salariés qui ne possèdent aucune propriété, sans être pour cela ni mendiants ni indigents.
Voilà donc déjà un ensemble de douze mil—
Jions, composés de mendiants, d’indigents, et de salarier.
de la PLOUTOCRATIE. Zt
Maintenant nous allons prendre les registres de l'impôt foncier, pour le surplus de la population , c’est-à-dire pour les vingt-deux millions de propriétaires de M. de lia mb liteau.