‹ De la ploutocratieChapitre 39 sur 72 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

te mécanisme importé d’Angleterre n’esislc plus réellement

Nous venons de démontrer jusqu’à l’évidence que I imitation /aile ai France de la Constitution d'Angleterre est fausse par sa base.

Le Jégisliiteui Louis X\III, ou ses secrétaires ont mal appliqué le principe essentiel du gouvernement anglais, la pondération des forces * et ils n ont pas su voir les vrais éléments que fournissait la France pour un gouvernement d antagonisme. Us odl fait comme font les copistes sans génie, qui prennent les choses à

la lettre. Mais, dit l’Evangile, la lettre tue et l’esprit vivifie.

Or, s’ils se sont ainsi trompés, c’est que leuv cœur n était pas droit et pur. Partisans

avoués de la Féodalité et de l’ancienne Mo-

nai ciiie, c est la féodalité et l’ancienne Monat chie qu ils voulaient, comme nour l’avons 4*1» reconstruire en France, sous le voile du Parlementarisme anglais. La manière dont la instauration a fini l’a prouvé sans réplique.

* ■’ ' machine mal construite ne saurait Bien fonctionner. Nous avons, je le répète, tous les inconvénients du gouvernement d’anlagonisine, sans en avoir les avantages. Depuis

trente ans bientôt que ce gouvernement fot !c , tionrie chez nous, il fonctionne mal. v * *u

l’anarchie politique où nous sommes auionr d’hui tombés. "*

Théoriquement, comme en fait, il est l)i {iï certain que la chute de la Restauration a en* core accru cette anarchie. Sous la Resta uraîhhi, la tentative de régénérer la Féodalité faisait qu’il y avait, au moins fictivement , trois pouvoirs, comme en Angleterre, savoir : | a Royauté, la Noblesse, et la Bourgeoisie. Il est vrai que la Noblesse n’avait qu’une valeur d’emprunt; l’insurrection de juillet, comme on rappelle maintenant, l’a bien fait voir. La Royauté a changé de personnel, la Bourgeoisie est restée debout, mais la Noblesse a disparu. Estce que la Chambre des Pairs aujourd’hui représente autre chose que la Chambre des Députés? L’acte par lequel la Chambre des Députés de 1 S 30 a décimé a Chambre des Pairs est mr acte à jamais significatif dans ;e livre de histoire. Non seulement on l’a décimée, cette Chambre; mais en lui ôtant l’hérédité, on lui a ôté son caractère. J’en atteste les lamentations de ceux mêmes qui accomplirent ce sacrilège.

Casunir Périer pleurait en l’accomplissant. Le perspicace M. Tliiers ne retrouvait plus, disaitil, son gouvernement pondéré. Mais la Bourgeoisie fut implacable. Son duel avec la Noblesse durait depuis trop longtemps : elle fit passer le niveau de l'égalité sur ce fantôme, et l’amputa à la hauteur de sa propre tête, Que

faite d nne superfluité? On a fait ae cette Chambre des Pairs une espèce de tribunal arbitre entre l’esprit de cour et l’intérêt bourgeois; on en a fait aussi une cour de justice-, la police correctionnelle des crimes démocratiques. Mais ce tribunal, sous toutes ses attributions, ne saurait représenter ce qui n’existe I I s n France, et ce que représente la Chambre ilaute en Angleterre, une aristocratie nobd Mire, une puissance dans la nation et dans

1 Ltat. ; «£

Nous n’avons donc plus aujourd’hui trois pouvoirs ; car le troisième àe ces pouvons n existe plus , meme au degré de fiction où if existait sous la Restauration (1). Nous n’avons

f m f n, * * fc * * J • ^ |

Iis atijou rd’Iinï dans un journal :

« Quand la Chambre des Pairs s’est réunie dans scs bu* » féaux pour nommer la commission chargée de proposer » I Q<lopl,oi, dé la loi de régence, qnelques membres ont si!

I F„T n; C T IUe i. Une ,e départ d e presque tous

* j® s P e P u ^'S. Ils ont dit que, depuis douze ans, le gouverne-

» me, montre peu d'faMi pnnr la Chambre des Paire* » qu on ne ldi marque quelque déférence que lorsqu’on veut

* en obtenir des arrêts; que le zèle dynastique dont la Pairie » a tait preuve en diverses circonstances, et le rang que lui

* assigne la Charte, exigeaient que la loi de régence lui fïit » d abord présentée, tandis que, dans l’étal des choses, ella e , n ° r ? u à , vo!e J r Purement et simplement le projet adopté par

* la Chambre des Députés, h procéder à la formule de Peurc,

* gistrement,

. » A cesdemiers mots, un jeune membre a été interrompt* s par un des confidents du Château. On lui a dit que la pru- » dence avait exigé qu’on agit comme on i’a fait; que M. Pas-

* guter avait été consulté, et qu’il avait pensé que, pour ne », pas blesser les susceptibilités de la Chambre des Députés, et' » atm de ne pas exposer un projet voté par la Chambre des

que (leux pouvoirs , la Royauté et la Bourgeoisie. Or je répète qu’une Constitution de pondération avec deux pouvoirs seulement est une absurdité. Qu’arrive-t-il donc? Lorsque ces deux pouvoirs sont seuls en scène, sans rien qui les inquiète du dehors, ils se mettent h l’instant aux prises. C’est alors qu’on discute, dans le Parlement et dans la Presse , si le roi

» Pairs à (les amendements et à des critiques propres à fa s discréditer, il avait d'abord fallu saisir Ja Chambre élective, » — En ce cas, aurait dit le jeune membre, ce n’est pas la » peine de discuter ici. Nous n'avons pas le pouvoir de tou. » clu*r aux œuvres de la Chambre des Députés; et cette » Chambre, après nous avoir ôte l'hérédité, 2 pris un tel as* » rendant dans les affaires publiques, que si nous prétendons » jouer le rôli qui nous appartient, elle nous frappe d'interdit, » en mutifam on en modifiant une mesure adoptée par nous;

> et s’il s'élevait un coi.llit, nous serions contraints de céder, » On rappelait ces paroles à M. Pasquier, qui aurait ré*

t pondu : — En ce moment , il ne s’ajii pa* de la Chambre » des Pairs, mais bien de foriifrr une dynastie ébranlée. En

> laissant les choses suive* le cours qu’elles oui pris, on fait » prouve de sagesse; car la Chambre des Députés accorde » tout ce qu’on lui demande. Si on lu bhssait, et qu’elle re*

* a usât quelque chose, tout pourrait être coi promis. La révo- » ïulion dé juillet nous a imposé bien îles sacrifices au dedans » et au dehors, H iïtj a plus de Pairie proprement dite. Les

* principes d’ordre tl de stabilité ont été remis en question; » nulle situation extérieure est tris embi oui liée. Il faut bien*

» s'accommoder à ccl étal de choses; et tant que la Chambra ri des Pairs sera sage, elle fera des sacrifices d'amour-propre. » ( Gazette de France , du 27 août 1842.)

Lisez maintenant De Loi me sur les privilèges, de ta Pairie :

a Comme les Nobles, qui forment le second ordre après la b Loyauté, se trouvent n’avoir, et quant au poids réel, et » quant au nombre, aucune proportion avec la totalité du » Peuple, ils ont, d'un autre côté, reçu tout l’éclat des bon— 9 neurs personnels et d’un litre héréditaire. De plus, l’étiquette

règne ?nns> gouverner, ou s'il règne et gouverne à la fois. La Royauté et FÔmnipotence parlementaire sont en lutte; la Monarchie et la Bourgeoisie sont en guerre. Mais il y a on France, comme nous l’avons montré, sur trente-cinq mi liions d babil an ts, terne— quatre millions d’âmes exclues, non seulement du dioit politique, maie du droit économique.

» donne à leur corps une grande supériorité sur celui des re- » présenta fs du Peuple. Ils sont Ju Maison Haute, ei ceux-ci » sont la Ma 'son fiasse. Jls sont censés plus particulièrement a le conseil du -ol f et c’est dans le lieu de leur assemblée » qu’est on rône. Lorsque le roi vient en parlement, c’est » de a Jiambre les Lords qu il fait citer les Communes* et b elles y comparaissent à la banc, pour entendre sa déclara p lion. C’est encore auprès des Lords, comme devant leurs p juges, | ue les Communes lorlcnl leurs diverses accusations . Lorsqu 'ayant passé un VJ1, elles le leur envoyant pour de! » mander eur concours, dles députent toujours un certain t 'ombre de leurs membres; nais 1rs Lords se contentent » d envoyer leurs hi'ls par quelques-uns des ssistanls de leur » Chiunbi e, soit parmi les douze juges, ;>ii parmi les mailres s de la chancellerie. Lorsque les modifications que l’une des e Chambres désire apporter à un lui) Présenté par l’autre ren- » dent une conférence nécessaire, les députés des Communes » au commit tee formé alors des mcmh-‘*s des deux Chambres, p doivent y êlre découverts. Enfin les bills, quelque part qu ils » aient reçu leur dernière •anctiou, doivent rester dans fa » Chambre Haute, pour y attendre la sanction royale. Da ■ plus, les Lords, étant membres de la législation en vertu » d un droit inhérent k leur personne et pour le soutien de p leurs intérêts propres, ont le privilège de donner leur suf- » fi âge par procuration, et celui d enregistrer un protêt contre p les résolutions de leur Chambre. En un mol, cette partie de

* la puissance législative -élanl destinée à balancer souvent le » pouvoir du Peuple, ce que ce corps il a pu recevoir en » force réelle, il I a reçu en splendeur et grandeur extern 1 ; et

* <! i il ne peut résister par sou poids, il impose par sou

* volume, p [Constitution de l’Angleterre, liv. Il , ch. 3.)

Le revenu net de la France est concentré, comme Je droit politique, dans les mains de 196,000 individus. Ces trente- quatre millions d'àmes, c’était là le troisième pouvoir qui aurait dû figurer dans la Constitution. If n’y figure pas. Que doit-il en résulter? N'est-il pas évident que ce troisième pouvoir, bien réel dans son essence , quoique complètement nié dans sa manifestation, doit, sous toutes sortes d’apparences, venir heurter aux portes de la cité, tantôt pleurer, tantôt menacer, et rouler incessamment ses flots tumultueux au-

tour de ces hautes murailles où la Royauté et la bourgeoisie font leurs demeures? C’est ce qui arrive. Alors, au moindre cri d’alarme .

|n ’ JP

Ja Royauté et la Bourgeoisie cessent leurs querelles, et rédigent de concert des lois draconiennes (1) contre le troisième pouvoir exclu de la Constitution.

U est évident qu’il n’y a, au bout d’une pareille situation , que la ruine de la France, si la réforme parlementaire ne fait pas entrer dans Ja cité cette France qui en est exclue, cette France de trente-quatre millions d’âmes sur trente-cinq millions.

Mais comment doit-elle y entrer, et est-ce seulement d’une réforme parlementaire , ou bien est-ce d’une réforme constituante qu’il

0 ) M. Guizot, 'homme par excellence de cette époque 0 «tique, les appelle des luis impitoyables ,

s’agit? Ce n’est pas là ce qui doit m’occuper ici ; je ne suis encore qu’à la critique.

Page 1